Monday, January 6, 2014

J’ai des préjugés.


Il y a quelques années, Irvin et moi étions à Los Angeles pour une conférence. Nous avons visité le Musée de la Tolérance – un musée historique et un endroit de réflexion. 

Quand on commence la visite, on se retrouve devant deux larges portes et il faut choisir laquelle emprunter, selon que l’on a des préjugés ou pas.

Bien sur, la porte réservée aux personnes dénuées de tous préjugés n’ouvre sur rien. Chacun doit passer par l’autre, tant il est vrai que nous avons tous ces pensées spontanées et partiales d’une façon ou d’une autre.


Ce souvenir m’est revenu en tête le mois dernier, quand j’ai commencé à travailler pour University Place Presbyterian Church (UPPC), une église forte de 1400 membres située dans un quartier residentiel.

Comment se sent-on quand on appartient à une congrégation qui pourrait se suffire à elle-même et considerer qu’elle n’a besoin de personne ? Est-on tenté de rester parmi ses semblables en se détournant du monde extérieur ?

La réponse est non. Les membres de UPPC sont actifs dans de nombreux champs de mission, tant localement qu’internationalement. Durant le mois de décembre, cela m’a surpris. Surpris ? Je crois bien que j’avais des préjugés, mais cela n’a pas duré. Je suis passée de «surprise» à «impressionnée». Mes 6 mois dans ce poste devraient être intéressants. 

Saturday, January 4, 2014

Deux Noël en décembre avec Juliette

Travailler dans une église, tout en étant un membre actif (et la femme du pasteur) dans une autre congrégation, ça peut etre faire beaucoup, surtout au milieu des activités qui précèdent Noel : je suis passée de ventes de fry bread et artisanat à Indian Fellowship aux évènements annuels de UPPC. 

Physiquement, c’était épuisant, mais j’ai été récompensée par les rencontres et les découvertes qui ont accompagné ces journées si pleines.

Le 14 décembre, j’ai ainsi participé pour la première fois à la journée de Community Christmas à UPPC. 
Ce samedi là, de nombreuses familles en difficulté ont été accueillies à l’eglise. Les enfants étaient invités à se lancer dans la fabrication d'un cadeau artisanal pour leurs parents sous la direction de monitrices, tandis qu’ à l’étage du dessus, les parents choisissaient des cadeaux de Noël pour leur progéniture  ainsi qu’un choix de mets festifs. 

Je faisais partie de ceux qui accompagnaient les parents et ces rencontres impromptues et joyeuses ont été des moments chaleureux de partage. Sur la photo ci-dessous, je suis en bleu, au milieu de volontaires. Plutôt que de porter un bonnet rouge et blanc façon Père Noel dont je suspectais qu’il me tiendrait trop chaud, j’ai choisi une imitation (très stylisée) de bois tels qu’on en trouve sur la tête des  rênes  - allusion à ceux qui tirent le traineau du Père Noel.  

Pendant ce temps,  à Indian Fellowship, où la vente de fry bread et d’artisanat battait son plein, Juliette, une amie française de passage apprenait avec succès à manipuler la pate et a la déposer avec dextérité dans l’huile bouillante sous la direction d’Irvin. 

Je n’avais jamais rencontré Juliette auparavant : elle est la petite-fille de Marcel, le permanent de ma toute première eglise en France, le Centre Protestant de Rencontre. Quand j’y étais, Juliette devait avoir 4 ou 5 ans… Elle est a présent une étudiante en 6ème  année de médecine qui a visité les USA pendant deux mois. Nous avons sympathisé à grande vitesse pendant ce weekend épique.

Nous nous sommes retrouvées le soir, épuisées et les pieds douloureux, à nous raconter nos journées respectives. Un Noel Presbytérien à l’américaine, ça ne s’invente pas. 

Wednesday, January 1, 2014

La première page

«Demain est la première page blanche d’un livre qui en compte 365. Ecrivez-le bien !»

J’ai trouve cette citation sur facebook a l’approche de l’année nouvelle. Comparer la nouvelle année avec une page vierge est inspirant…



2013 fut une année tourmentée et pleine d’émotions. J’aimerais que 2014 apporte aussi un peu de sérénité et pourquoi pas, de nouvelles expériences. Douce folie, embrassades et création, suggère l’auteur Neil Gaiman. Ça me plait bien. Bonne année 2014 !

«Que l’annee nouvelle soit pleine de magie et de rêves et de folie douce. J’espère que vous lirez de bons livres et embrasserez quelqu’un qui vous trouve fantastique, et n’oubliez pas aussi de créer – écrivez ou dessinez ou construisez ou vivez comme vous seul pouvez le faire. Et j’espère, dans le courant de cette année, que vous vous surprendrez vous-même». 

Sunday, December 22, 2013

Par ailleurs, la vie continue


En relisant ce que j'ai écrit dernierement, j’ai réalisé à quel point le cancer a occupé mes pensées et ma vie cette année. Ce n’est pas anormal – c’était une expérience éprouvante, vécue avec effroi et une pointe de curiosité. J’ai beaucoup appris.

Mais la vie a aussi continué hors de la sphère de ma maladie. Ma residency (cet internat d’un an) ne s’est pas interrompue, grâce au soutien de mes superviseurs. Garrett, qui est aussi le manager du département, me l’a dit clairement au moment de mon diagnostic. «Dites-nous ce dont vous avez besoin. Nous le ferons».  Tout au long de ces mois, j’ai pu constater que ce n’était pas des paroles en l’air. Ce soutien m’a permis de continuer à travailler pendant le traitement. Je me souviens du sentiment libérateur, proche d’une impression de victoire, ressenti lorsque j’ai repris mes visites de chapelain après le début de la chimio.

La residency s’est achevée à la fin du mois d’août. La fin d’une residency, c’est toujours triste. C’est la fin d’une expérience profonde et intense – d’où mon acharnement à ne pas la quitter avant son terme. J’aurais aimé travailler plus longtemps avec Patty,  qui est arrivée deux moins avant la ligne d’arrivée – et qui m’a laissé entrevoir que j’avais encore tant à explorer sur moi-même. Devenir aumônier, dans le cadre de cette «clinical pastoral education» n’implique pas seulement d’apprendre à écouter et connaitre les processus de deuil et de résilience des patients. Il s’agit aussi d’une exploration de soi.

Une étudiante de notre petit groupe a été acceptée pour une nouvelle année de residency, qui commençait dès le premier jour de septembre. Je l’ai enviée. 

Et en même temps, j’ai savouré le repos qui s’offrait à moi tandis que je terminais mes 7 semaines de rayons.

Irvin, de son coté, a accepté en Juin le poste de  ‘Associate for Native American Congregational Support ‘, un poste rattaché au quartier général de l’église presbytérienne, à Louisville (Kentucky). Il est ainsi devenu le contact et le soutien de toutes les églises Natives américaines de notre dénomination.  

C’est un poste déployé, ce qui signifie qu’il travaille de chez nous, mais voyage beaucoup pour visiter les églises Natives aux quatre coins des USA. Il continue à être le pasteur de notre église  pour un quart de temps. Pour en savoir plus sur ses voyages et rencontres, n’hésitez pas à visiter sa page sur le site internet de l'eglise Presbyterienne ici ou la page facebook (« Native Ministries in the PCUSA »)  qu’il a créée. 

Et je viens aussi de trouver du travail. Pas un poste de chapelain, comme je le souhaitais – ils sont rares et aucun n’est disponible pour le moment dans nos environs. Mais une grosse église de Tacoma cherchait un «director of spiritual formation», un poste à mi-temps, pour 6 mois. L’occasion de connaitre le fonctionnement d’une congrégation forte de 1400 membres – et de sauter dans un tourbillon d’activités, puisque j’ai commencé le 2 décembre. 

L'Avent, les quatre semaines qui précèdent Noel, est un moment de préparation spirituelle avant la célébration de la naissance du Christ. C’est aussi  la période la plus intense de l’année dans la vie de toute église. 
De janvier à décembre, 2013 aura été une année d'émotions fortes. 

Sunday, December 1, 2013

Et Dieu dans tout ça ?

Tout au long de mon traitement, la question m’a été posée : par mon superviseur, les quatre autres chapelains (‘résidents’ comme moi) certains patients, des paroissiens. En veux-tu à Dieu pour ce cancer ? Non, vraiment pas. Cela me parait évident –vu la complexité du corps humain- que des cellules fassent sécession et chamboulent l’équilibre de l’ensemble. C’est une part indivisible de la destinée humaine et non une malveillance divine. Si je dois trouver des responsables, je dois me mettre en tête de liste. Gourmandise, sucre et coca-cola, j’ai préparé le terrain.

Et puis de quel droit m’estimerais-je protégée par ma foi ? J’ai côtoyé des patients, des êtres humains merveilleux, bien plus atteints que moi. Pourquoi aurais-je droit à un statut spécial ? 

Brenda Jarvis, aumônière a Seattle, a écrit un livre sur son expérience[1] – elle a eu un cancer du sein qui a nécessité une mastectomie. Elle raconte avec humour la presque incrédulité de certains patients, apprenant son diagnostic. 

Elle commente : «Je suis chrétienne, la religion qui ne parle que de la crucifixion de cet homme, que nous considérons comme le Fils de Dieu ! Voyons, si le Fils de Dieu n’est pas épargné, pourquoi le serais-je ? Je ne suis que le chapelain !» 

Etrangement, j’ai rencontré un certain scepticisme  – en particulier auprès de mes pairs. Ne censurais-je pas mes émotions quand j’affirmais cette absence de ressentiment ? se demandaient-ils.

Non. Je ne censurais rien. J’affirmais ce qui me semblait – me semble toujours – une évidence.

Pourtant… alors que je me préparais à écrire tout ceci dans mon blog en avril dernier, il s’est passé quelque chose. Une patiente et sa famille – elle, inconsciente et le teint cireux de ceux qui vont bientôt mourir. Ses enfants, de jeunes adultes, se préparant à l’inévitable. Son mari, fébrile à son chevet. «Prions pour un miracle, répétait-il. Un miracle est encore possible.» Nous avons prié. Il m’a raconté que trois ans auparavant, elle avait eu un cancer du sein. Comme moi. La tumeur avait été extraite, une chimiothérapie et radiothérapie avaient suivi. Comme moi.  On l’avait déclarée en rémission. Ce que j’espérais à l’issue du traitement. Et voila que trois ans plus tard, quand elle avait consulté pour des douleurs dorsales, il s’était avéré que le cancer était revenu, plus féroce que jamais. Trois semaines avaient suffi pour transformer cette jeune quinquagénaire en mourante. «Un miracle est encore possible» répétait son mari, en qui je pouvais imaginer Irvin à mon chevet.

Le même soir, j’eus une longue conversation avec une autre patiente, dont le cancer du sein s’était propagé. «Je sens le cancer se déplacer dans mon corps", me dit-elle avec calme. Un effroi glacé, l’impression d’une révélation imminente m’a traversée, tandis que je regardais ces femmes, mes ainées de quelques années, qui incarnaient si précisément mes pires craintes. J’étais sonnée. «Seigneur, as-tu quelque chose à me dire à travers ces patientes ?» 

Je n’étais pas en colère contre Dieu. Mais je ne pouvais plus écrire sur le sujet.

Et puis je me suis vue traversant cette tempête, comme les disciples affolés au milieu des vagues immenses. Jésus se réveille pour calmer la tempête d’un mot – et aussi mon agitation. La peur s’est éloignée. Je n’ai plus ressenti ce vertige lors de mon travail à l’hospice house.
Je n’en veux pas à Dieu. Je suis reconnaissante. Il m’accompagne – quelque soit l’issue de ma traversée.



[1]  It’s Not About the Hair, and Other Certainties of Life & Cancer, Sasquatch Books, Seattle, 2007.


                                                                                                                                       

Saturday, November 30, 2013

Mon corps est une maison hantée

Une de nos paroissiennes, au milieu d’une chimio pour venir a bout d’une tumeur au poumon, me confiait récemment : «Je suis de plus en plus fatiguée. Ça m’inquiète…»

J'ai souri. «C’est normal. Les effets de la chimio s’accumulent d’une fois sur l’autre. Je me trainais littéralement lors de mes trois derniers rounds.»

Cela avait été ma découverte, en avril – tout devenait plus difficile à
faire, comme si j’évoluais sur une planète dotée d’une gravité plus forte. 

L’assistante de la cancérologue a confirmé ce simple fait. «Oui, la fatigue s’accumule. Vous vous anémiez d’avantage… » Elle réfléchit un instant. «Peut-être que quatre chimios suffisent… » Je n’ai pas hésité. «Non, je veux faire les six. Je ne veux surtout pas de raccourci. Je veux faire tout le traitement. Je veux mettre tous les atouts de mon coté… Je visite des patients qui meurent de leur cancer tous les jours à l’hospice house.» Elle n’a pas insisté.

Le rythme des chimios est devenu prévisible. Le jour même, j’aimais bien me détendre dans le fauteuil confortable de la grande salle où des infirmières s’occupaient de mes perfusions et de celles de mes pairs. Je cherchais toujours le même gros pouf à roulette, que j’installais devant mon siège, près d’une prise – idéal pour installer l’ordinateur portable - et je me promenais quelques heures sur facebook et internet entre deux siestes.

Le soir, mon corps, telle une maison hantée, était traversé d’étranges courants d’air frais. Le lendemain, piqure pour booster mes globules blancs. Deux jours plus tard, douleurs sourdes dans les os et impression de grippe, suivi du soulagement de se sentir mieux dès le lendemain. Quelques jours de vie quasi normale. Puis une chape de fatigue les jours précédant la chimio suivante.


A la mi-juin, a l’issue du dernier cycle, j’espérais ressentir un contraste net – puisque j’en avais fini. En vain. Je guettais mon image dans le miroir et quinze jours plus tard, j’ai enfin aperçu ce que j’espérais y voir : une ombre le long de mon crane. Mes cheveux avaient recommencé à pousser. Le printemps faisait sa percée dans mon calendrier personnel. 


Thursday, November 28, 2013

La gratitude au menu

Comme toujours, le quatrième jeudi de novembre est l’occasion d’exprimer sa gratitude… et de se retrouver en famille, autour de mets traditionnels. 
J’ai eu l’occasion de raconter au fil des annees mes confrontations avec cette invitée obligatoire : la dinde.
La dinde et moi avons à présent une sorte d’entente cordiale. Je choisis une «petite» dinde (moins de 15 livres) fraiche et non congelée, et elle se laisse cuire sans caprice.

La gratitude est à l’ordre du jour. J’ai terminé mes traitements, chimio et rayons. Le scanner qui a suivi n’a détecté aucune tumeur. C’était bon à entendre !