Friday, September 29, 2017

Pierre de Mareuil, aumônier du ciel

Retrouver un ami que l’on n’a pas vu depuis 20 ans après un vol Seattle/Paris de 9 heures est une leçon d’humilité.  Je sors toujours de ces vols pâle et fripée, avec cette fatigue qui donne l’impression qu’on flotte à l’intérieur de son propre corps… Et je n’ai pas rajeuni, évidemment, depuis la fin du siècle dernier, l’époque où j’étais étudiante avec Pierre à la faculté protestante de théologie de Paris.

Pierre est aumonier à l’aéroport Charles de Gaulles et il est étonnamment semblable à lui-même. Même sourire éclatant, même silhouette élancée pourvue de longues jambes qui lui permettent aujourd’hui d’accompagner les âmes égarées vers leur porte d’embarquement et/ou le rivage du réconfort spirituel. Nous nous étions donnés rendez-vous via la messagerie de Facebook.

-     Tu n’as pas du tout changé ! a-t-il déclaré, établissant d’une phrase qu’il était à la fois un gentleman plein de tact et un sacré menteur.

Nous nous sommes retrouvés devant un petit-déjeuner dans la vaste cafeteria du personnel où nous sommes entrés par une porte blanche sans aucun signe apparent.

Pierre parle anglais couramment. Irvin a expliqué son travail au sein de l’église presbytérienne où il soutient les églises Natives où qu’elles se trouvent aux USA, et Pierre nous a demandé si nous avions entendu parler des Indiens Toba.

Pierre a passé un an en Argentine pendant le cours de ses études et c’est là-bas qu’il a appris l’histoire de cette tribu Native qui a découvert l’Evangile grâce a un missionnaire itinérant qui a su communiquer avec eux sa passion pour Jésus.

Les missionnaires qui ont suivi et pensaient « tout leur apprendre » ont été accueillis avec des requêtes très précises. « Nous sommes déjà organisés en paroisses mais nous avons besoin d’en savoir plus sur la Bible ». 

« Ce sont les Tobas qui nous christianisent » a commenté l’un de ces missionnaires, impressionné.

Pierre a écrit son mémoire de maitrise sur les Toba, et en anglais ! Irvin et moi avons hâte de le lire.

Pierre n’est pas seul dans cet aéroport de 32 kilomètres de superficie. Un imam, un rabbin, un prêtre et plusieurs pasteurs veillent avec lui en bonne intelligence sur les voyageurs et ceux qui travaillent sur les lieux, n’hésitant pas à parcourir des kilomètres pour se trouver là où ils peuvent être utiles[1].

Savoir qu’ils sont présents tous les jours au milieu du stress, de l’inquiétude et des drames qui peuvent se produire est réconfortant…
  

Wednesday, September 27, 2017

Le vent du Nord et la couverture Pendleton

Etre le pasteur du mariage de votre nièce apporte des privilèges inouïs. Par exemple, vous avez l’occasion de présenter votre cadeau pendant la cérémonie même !

Bon, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

Il s'agit d'une tradition Native : une couverture Pendleton qui enveloppe le jeune couple, symbolisant le réconfort qu’ils s’apportent désormais.

Photo Doug Crawford
Irvin et moi les avons ensuite bénis avec une prière qu’Irvin a d’abord dite en anglais, tandis que je traduisais.


Now for you the North wind does not blow; You are shelter to one another.


Désormais le vent du Nord ne souffle plus ; vous êtes un abri l’un pour l’autre.


Now for you there is no hunger; each brings what the other needs.


Désormais, la faim ne vous atteindra plus ; chacun apporte ce dont l’autre a besoin.

Now for you there is no darkness; You have learned to see with the heart.


Désormais pour vous, il n’y a plus d’obscurité. Vous savez lire avec le cœur


Now for you there is no loneliness; Two have become one.


Désormais pour vous, il n’y a plus de solitude. Deux sont devenus un.


Photo Marie-Laure Mourier

La couverture est en laine épaisse. Avant notre départ, Julie et Quentin nous ont dit l’avoir étrennée et apprécié sa chaleur. « C’est vrai que le vent du Nord ne nous atteint plus, a commenté Quentin en riant. Nous avons la couverture ! » 

Sunday, September 24, 2017

J’étais en France.

J’étais en France.

La pluie menaçait, le mot “Inondation” avait même été prononcé, mais un rayon de soleil courageux transformait les visages et la lumière autour de nous.

Ma nièce se tenait devant moi – elle venait d’entrer avec son père – et elle me sourit. Les bancs du Temple protestant nous entouraient, et autour de nous, tous ces visages connus, sourires, quelques mouvements.

Un moment absolu, simple et si pur. La fraicheur du sourire d’un couple très jeune et plein de sagesse. 

J’étais vêtue de l’autorité pastorale, robe noire et étole rouge. J’ai réalisé deux choses. Je ne pourrais pas parler sans pleurer - mais ne pouvais rester silencieuse. 
Et aussi, je vivais un des moments les plus beaux de ma vie.

J’étais en France.

Mes racines, ma langue maternelle – et aussi le décalage de ne pas être « chez moi » - et pourtant chez moi, plus que jamais.

A Paris, en Bourgogne, en Champagne, dans la joie des retrouvailles, et me retrouvant moi-même, aussi.

J’étais en France.