Sunday, April 14, 2013

L’issue du troisième round


Voilà, je termine mon troisième cycle de chimio – mardi, j’entamerai la deuxième partie de ce voyage, avec la chimio numéro 4 – les deux dernières auront lieu en Mai. Ce round a été plus difficile que je ne l’avais prévu.  Je réalise qu’être bien est le résultat d’un équilibre fragile. Si des démangeaisons et des mains enflées s’y mettent,  avec des stéroïdes pour calmer la situation que je supporte mal, toutes sortes de désagréments s’ajoutent les uns aux autres et m’épuisent. Pourtant, à l’issue de cette semaine et de mes journées à l’Hospice house (où je travaille le weekend en Avril) je me sens sereine. D’abord, mes divers appendices ont retrouvé leur taille habituelle, toujours un soulagement. Et puis, comme toujours, me trouver au chevet des patients et de leur famille a l’hospice house donne du sens et une raison d’etre à ce parcours.

Ce soir, Irvin et moi avons vu le film «Life of Pi», où le naufragé lutte pour ne pas mourir de faim sur son radeau – et pour ne pas etre dévoré par l’autre naufragé, le tigre Richard Parker. «Richard Parker me sauve la vie, réalise le héros. Il me fait peur. Il m’oblige à rester éveillé et sur mes gardes. Il me pousse à survivre…»

Cette chimio est un peu comme le tigre Richard Parker, féroce et qui s’attaque à mes cellules de croissance sans discernement, mais va me sauver du cancer. Ce n’est pas une mauvaise façon de conclure cette semaine – et cette année de ma vie. Demain, j’aurai un an de plus. 

Sunday, April 7, 2013

Effets secondaires du weekend


Le doute n’est pas permis : ces deux crabes rouges sont solidement attachés à mes avant-bras. Ce sont donc bien mes mains, mais si bombées qu’elles sont cramoisies et presque dures. Elles ont commencé à enfler hier, pendant mes heures à l’Hospice house (je travaille vendredi et le weekend en avril). Je les ai montrées à mes amies infirmières. «Œdème» m’a dit l’une. Le fait est, j’ai été prévenue que mes pieds pourraient enfler, c’est un effet secondaire classique de la chimio. Je ne pensais pas que cela arriverait à mes mains, sans prévenir,  au milieu de mon travail.

«Que dois-je faire ?»  Garder les bras élevés aiderait, m’a-t-on dit,  laisser la gravité agir. Mais commencer une conversation avec un patient ou sa famille les mains levées comme si un hold-up était en train d’avoir lieu n’était pas exactement possible.

Finalement, j’ai appelé le cabinet de ma cancérologue. C’est rassurant d’avoir la possibilité de décrire ses symptômes avec quelqu’un quelque soit le jour ou l’heure.  Mon interlocutrice a prescrit des stéroïdes, a envoyé son ordonnance par fax à une pharmacie de Tacoma encore ouverte, où je suis allée les chercher avec Irvin. J’étais si fatiguée que la seule chose que je voulais, avec ardeur, était d’aller au lit, et dès que nous sommes rentrés à la maison, j’ai disparu sous les couvertures. Insomnies habituelles et stéroïdes n’ont même pas troublé mon sommeil.

Aujourd’hui dimanche, mes mains sont toujours rouges et enflées. Elles me démangent – je n’arrête pas de les frotter l’une contre l’autre, comme une mouche méditant sa prochaine trajectoire. 
J’ai rappelé le cabinet de la cancérologue quand j’ai senti une sensation étrange dans mes lèvres. J’ai approché un miroir  et j'ai decouvert que je ressemblais à une actrice qui aurait eu une rencontre malheureuse avec une injection de Botox. Ma bouche avaient doublé de volume, probablement une réaction allergique. Mais allergique à quoi ? La chimio, quelque chose que j’ai mangé, ou… les stéroïdes ? J’ai pris de la Benadryl, un antihistaminique qui s’obtient sans ordonnance. Cela a attenué les démangeaisons – mais tout ca est bien lent a désenfler.

Quelle sensation insolite: mes propres lèvres me semblent étrangères. Tenir un objet (ou taper sur un clavier) est malaisé. Et je suis censée être plus connectée que jamais à ma psyché complexe: je dois terminer ce soir la rédaction de mes partiels et les présenter demain aux autres résidents et à mon superviseur. Mon fonctionnement pastoral, que je suis censée décrire, a atteint un nouveau degré de sophistication conceptuelle…