Saturday, December 30, 2017

La planète Mars peut aller se rhabiller !

Dessin de Sandra Boynton 
Il fait froid dans le nord du continent américain. Plus froid que jamais... les températures dégringolent, Celsius et Fahrenheit tombent d'accord pour convenir que c'est du glacial à faire ressusciter les mammouths laineux. 

Newsweek révèle dans la foulée[1] que la planète Mars est plus tiède que certaines régions du continent Nord-Américain. Il fait -23C sur les endroits les plus chauds de Mars. Montréal a atteint des températures plus basses ces jours-ci. En ce moment, l’état du Minnesota est au coude a coude avec Mars. Dans un parc de Minneapolis, la chute d’eau Minnehaha, d’une hauteur de 30 mètres environ, a même gelé de tout son long, comme le montre cette photo insolite. Oui, on se sent un peu sur une autre planète….
 
Credit Eric J. Magnusson 
Et nous, du côté de Seattle ? Nous avons eu quelques jours un peu froids, de la neige pour Noel. Tout cela a évolué à la façon habituelle : légère hausse des températures, les bonhommes de neige deviennent squelettiques, la pluie arrive et s'installe pour la semaine. On ne va pas se plaindre de ne pas joindre les records de froid interstellaires, nous savons que ces températures extrêmes mettent les plus démunis à rude épreuve. Mais quelque part, l'enfant en nous aimerait faire partie de ce qui sort de l’ordinaire…

Pour se réchauffer facilement, les tweets de l'occupant de la Maison Blanche (en vacances en Floride pour le moment) font merveille. La moutarde monte vite au nez, un appendice vulnérable au gel si on ne le couvre pas. Ainsi, Donald ironise sur ce grand froid, qui contredit, selon lui, le réchauffement du climat qu'il a toujours nié. 

In the East, it could be the COLDEST New Year’s Eve on record. Perhaps we could use a little bit of that good old Global Warming that our Country, but not other countries, was going to pay TRILLIONS OF DOLLARS to protect against. Bundle up!

Prétendre que le réchauffement climatique n'existe pas parce que, là où nous sommes, il fait froid, c'est un peu comme sortir de table, rassasié, et décider que la faim dans le monde est un mythe. 

D'ailleurs, le sait-il, ou prétend-il l’ignorer ? Ce réchauffement général, en grande partie causé par l'homme, provoque des étés étouffants et des hivers glacés - nous ne sortons pas des symptômes décrits pas les scientifiques. Et l’argent qu’il prétend économiser en sortant du traité de Paris n’a jamais été exigé des USA, le traité prévoyant que chaque état fixe sa propre contribution librement.

Hélas, le microclimat du côté du bureau ovale reste égal à lui-même : pluies de suffisance, blizzard pour dissimuler les vraies intentions, tout le pays avance sur des routes verglacées…

Là-bas plus qu'ailleurs : vivement le printemps...

Credit Huffington Post 

Sunday, December 24, 2017

Jean-Paul Sartre et la Crèche de Noel

« Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français.
Des prêtres prisonniers demandent à Jean-Paul Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël. Sartre, l'athée, accepte. Et offre à ses camarades ces quelques lignes magnifiques.
"Vous avez le droit d'exiger qu'on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l'Enfant Jésus. L'artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n'avez qu'à fermer les yeux pour m'entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
La Vierge est pâle et elle regarde l'enfant. Ce qu'il faudrait peindre sur son visage, c'est un émerveillement anxieux, qui n'apparut qu'une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l'a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » !
Mais à d'autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d'une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu'est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu'on a faite avec leur vie et qu'habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n'a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu'elle peut imaginer. Et c'est une rude épreuve pour une mère d'avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu'il y a aussi d'autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu'il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c'est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».



Et aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui vit, et c'est dans ces moments-là que je peindrais Marie si j'étais peintre, et j'essayerais de rendre l'air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.



Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu'une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d'adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu'il souffre sans se l'avouer. Il souffre parce qu'il voit combien la femme qu'il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l'intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j'imagine, sera d'apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d'adorer."
(Extrait de "Baronia ou le Fils du tonnerre", le texte se trouve intégralement dans l'ouvrage "Les écrits de Sartre" de M. Contat et M. Rybalka, NRF 1970).


Merci Yann, pour avoir partagé ces lignes étonnantes sur Facebook. 

Friday, December 22, 2017

Des racines, des ailes et du français

J’en ai appris de belles sur Notre Dame de Paris. La façade de la cathédrale penche vers l’avant d’environ 30 centimètres, une tangente probablement survenue au 13eme siècle et qui ne s’est pas poursuivi depuis. 

Viollet le Duc, en restaurant la cathédrale au 19eme siècle, a ajouté les apôtres en cuivre, aux pieds de la flèche, et s’est représenté lui-même en St Thomas, patron des architectes. 

Alors que les apôtres regardent vers l’horizon, St Thomas se retourne pour admirer la flèche. 


La couronne d’épines, la vraie, se trouve nous dit-on parmi les reliques de la cathédrale, protégée par des métaux précieux et des pierres fines.


Tout cela, je l’ai appris grâce au cours de français que j’anime le jeudi soir. Ce n’est pas tant un cours de français qu’un cours de prononciation française. Après tout, si vous prononcez correctement, vous serez compris, même si vos phrases ne sont pas parfaites.

J’ai donc cherché différents moyens d’aider mes étudiants, aux niveaux les plus divers, à prononcer correctement – une question de rythme avant tout, l’accent tonique est essentiel pour la compréhension du mot - tout en passant un bon moment ensemble.

Nous avons chanté. Je cherchais semaine après semaine une bonne chanson sans trop d’argot, où le chanteur ne mange pas ses mots, avec des verbes au présent, autant que possible. On trouve beaucoup de conditionnel, d’impératif et de subjonctif passé quand on fredonne en français !

Non, je ne regrrrrette rien, avons-nous chanté, elle voudrait, si je le permets, déjeuner en paix, je t’aime tu vois, mais tu ne le sais pas, tous les garçons et les filles de mon âge se promènent dans les rues deux par deux… Nous avons chanté « la bombe humaine, tu la tiens dans ta main, tu as un dé-to-na-teur juste à côté du cœur » …

Nous avons regardé ensemble « La grande vadrouille », dont je transcrivais les dialogues que nous lisions ensuite ensemble. Résultats mitigés… mes amis américains avaient du mal à comprendre pourquoi « Il n’y a pas d’hélice, hélas… » « c’est là qu’est l’os » était si drôle…


Finalement, nous avons trouvé exactement ce qu’il nous fallait : les documentaires « Des racines et des ailes » que l’on trouve sur Youtube. D’une durée de 30 minutes, nous les découvrons le long de 8 à 10 semaines de leçons.

Nous avons visité le Louvre et appris son passé de château, prison et coffre-fort des rois du Moyen-Age avant qu’il devienne leur demeure puis le musée que nous connaissons. [1]
  


Nous nous sommes promenés à St Malo, avons visité des « malouinières » dans son arrière-pays et les iles en face de son rivage, et appris la réalité de sa destruction presque totale lors de la dernière guerre mondiale.[2]


Et nous venons donc de terminer « Notre Dame, au cœur de l’histoire »[3] une merveille qui montre la cathédrale et les rues qui l’entourent telles qu’on pouvait les trouver au Moyen Age, la cathédrale peinte de couleurs vives et les rues tout autour d’elles encombrées de petites maisons et de boutiques.

Alors voilà, grâce aux racines et aux ailes, mes élèves apprennent à mieux prononcer le français et moi… j’apprends à mieux connaitre mon pays lointain.


Friday, November 10, 2017

La Toussaint entre deux mondes


La semaine dernière, c’était la Toussaint, le jour des Morts, et ces lignes, écrites par la peintre, auteur et poète Jan Richardson, parlent de deuil et aussi de l’étonnante proximité que nous conservons avec ceux qui nous manquent tellement…

« Une des choses que j’ai appris rapidement après la mort de Gary, c’est que la mort déchire nos cœurs pour les exposer à l’éternité. Nous ne sommes plus seulement les résidents de ce monde. Nous ne nous mouvons plus seulement dans le présent. C’est un des effets étranges et beaux de l’intensité du deuil.

Même si je continue à mener ma vie dans ce monde ci, je suis consciente de façon aigüe que mon cœur est attaché à quelqu’un qui vit dans l’au-delà. Et cela signifie que mon cœur vit à la fois à l’intérieur et au-delà des frontières de ce que je vois et connais de ce monde.

C’est la Toussaint et je pense à la signification de ce nom, de ce jour – comment nous vivons dans ces deux mondes.
Sauf que ce ne sont pas vraiment deux mondes. D’une certaine façon, le présent et l’éternité sont liés l’un à l’autre par un profond mystère. C’est un jour où se souvenir que, même dans la douleur de la perte la plus cruelle, nous vivons dans un seul univers et la mort ne nous empêche pas de rester en relation l’un avec l’autre. C’est une bénédiction.

Le jour de la Toussaint, alors que le deuil nous fait tout à la fois souffrir et célébrer ceux qui nous manquent tant, puissions-nous être conscients de leur présence à nos côtés ; ils protègent notre cœur de leurs mains et nous entourent farouchement de leur amour persistant, au-delà du temps et de la distance. »


Une bénédiction qui défie le temps 

Ce que je veux vraiment vous dire
c’est de juste laisser cette bénédiction
sur votre front
sur votre cœur ;
laissez la reposer
dans la paume de votre main,
parce qu’il n’y vraiment rien de plus
que cette bénédiction pourrait dire,
aucun mot qu’elle pourrait offrir
pour combler ce vide.

Laissez cette bénédiction
faire son chemin
en vous
avec ses lignes
qui contiennent presque
des lamentations inexprimables

Laissez cette bénédiction
s’installer en vous
avec ses espoirs
plus anciens
que la connaissance

Ecoutez comment cette bénédiction
n’est pas venue seule –
elle fait écho
aux voix de ceux
qui vous accompagnent
qui sont à vos côtés à tout moment
qui continuent de vous murmurer
cette bénédiction.

Ecoutez comment ils
ne cessent pas
de marcher avec vous,
même quand l’obscurité
est la plus profonde.

Ecoutez comment ils
vous entourent toujours –
ils vous soufflent cette bénédiction
ils sont cette bénédiction
toujours.

-      Extrait de The Cure for Sorrow : : A Book of Blessings for Times of Grief de Jan Richardson, Images "the Longest Night" and "the Advent Door" by Jan Richarson
Cliquer sur ce lien pour lire ces lignes en version originale.



Sunday, November 5, 2017

Une page se tourne

Dernier dimanche de septembre, quelques jours après mon retour de France.

J’écoutais le sermon de Aaron, le « senior pastor » de UPPC, la grosse église où j’occupe la position de « Director of Spiritual Formation » depuis bientôt 4 ans.

A partir d’une photo de la célèbre fresque de Michel Ange, il montra les différences de posture entre Dieu, le bras tendu, déterminé à atteindre sa créature, et Adam, rêveur, presque languide, nettement moins motivé à établir ce contact essentiel.



Je n’avais jamais remarqué l’attitude nonchalante d’Adam.

C’est à ce moment-là, à ma propre surprise, qu’une idée s’est imposée dans mon esprit – une évidence. Il est temps de quitter UPPC. Tu te demandais si tu devais être pasteur ou aumonier ? Tu n’es ni l’un ni l’autre ici. Il est temps d’aller de l’avant.

En sortant du culte, j’étais prête à donner ma démission. Et puis je me suis dis : ne nous précipitons pas.

Deux semaines plus tard, j’étais convoquée par Aaron et il m’apprenait qu’à la suite d’une baisse de revenus de l’église - moins de contributions des paroissiens - plusieurs postes avaient été supprimés. Dont le mien. 

J’ai eu l’impression de recevoir une gifle. Ego frappé de plein fouet. Quoi, ils choisissent de se passer de moi ? 

« Ce n’est pas une question de performance, assurait Aaron. L’équipe des Ressources Humaines a éliminé tous les postes qui ne sont pas à plein temps. » J’étais ¾ temps mais comme chacun ici, je ne comptais pas mes heures.

« Si tu dois détester quelqu’un, ajouta Aaron la main sur le coeur, plus à l’aise avec les fresques de la Renaissance, déteste-moi. »
Suis-je donc si immature à tes yeux, Michel Ange ? Je n’ai pas besoin d’un bouc émissaire. Et si j’en voulais un, je le choisirais moi-même.

Mais je ne voulais pas laisser l’amertume m'envahir. De fait, une paix intérieure m'a gagnée tandis que je mentionnais que j’ai beaucoup appris à UPPC, qui a aussi été le lieu de mon ordination.

Paix intérieure et soulagement. Serais-je jamais partie de moi-même ? Je l’ignore. Quitte-t-on facilement une église où on travaille si confortablement, entouré de gens qu’on aime ?

Une page se tourne. Dans notre Pacifique Northwest où le brouillard est fréquent, je ne suis pas sûre de la direction à prendre.

Adam était-il si nonchalant, finalement ?



Mettons-nous a sa place. Pourquoi pas plutôt désorienté, inquiet de ne pas être à la hauteur ? Ce n’est pas si facile d’être le premier humain… ou d’identifier le chemin à suivre au milieu de la rain forest…

Mais il y a aussi du plaisir, mêlé d’adrénaline, à explorer les premières pages du nouveau chapitre qui vient de commencer.





Friday, September 29, 2017

Pierre de Mareuil, aumônier du ciel

Retrouver un ami que l’on n’a pas vu depuis 20 ans après un vol Seattle/Paris de 9 heures est une leçon d’humilité.  Je sors toujours de ces vols pâle et fripée, avec cette fatigue qui donne l’impression qu’on flotte à l’intérieur de son propre corps… Et je n’ai pas rajeuni, évidemment, depuis la fin du siècle dernier, l’époque où j’étais étudiante avec Pierre à la faculté protestante de théologie de Paris.

Pierre est aumonier à l’aéroport Charles de Gaulles et il est étonnamment semblable à lui-même. Même sourire éclatant, même silhouette élancée pourvue de longues jambes qui lui permettent aujourd’hui d’accompagner les âmes égarées vers leur porte d’embarquement et/ou le rivage du réconfort spirituel. Nous nous étions donnés rendez-vous via la messagerie de Facebook.

-     Tu n’as pas du tout changé ! a-t-il déclaré, établissant d’une phrase qu’il était à la fois un gentleman plein de tact et un sacré menteur.

Nous nous sommes retrouvés devant un petit-déjeuner dans la vaste cafeteria du personnel où nous sommes entrés par une porte blanche sans aucun signe apparent.

Pierre parle anglais couramment. Irvin a expliqué son travail au sein de l’église presbytérienne où il soutient les églises Natives où qu’elles se trouvent aux USA, et Pierre nous a demandé si nous avions entendu parler des Indiens Toba.

Pierre a passé un an en Argentine pendant le cours de ses études et c’est là-bas qu’il a appris l’histoire de cette tribu Native qui a découvert l’Evangile grâce a un missionnaire itinérant qui a su communiquer avec eux sa passion pour Jésus.

Les missionnaires qui ont suivi et pensaient « tout leur apprendre » ont été accueillis avec des requêtes très précises. « Nous sommes déjà organisés en paroisses mais nous avons besoin d’en savoir plus sur la Bible ». 

« Ce sont les Tobas qui nous christianisent » a commenté l’un de ces missionnaires, impressionné.

Pierre a écrit son mémoire de maitrise sur les Toba, et en anglais ! Irvin et moi avons hâte de le lire.

Pierre n’est pas seul dans cet aéroport de 32 kilomètres de superficie. Un imam, un rabbin, un prêtre et plusieurs pasteurs veillent avec lui en bonne intelligence sur les voyageurs et ceux qui travaillent sur les lieux, n’hésitant pas à parcourir des kilomètres pour se trouver là où ils peuvent être utiles[1].

Savoir qu’ils sont présents tous les jours au milieu du stress, de l’inquiétude et des drames qui peuvent se produire est réconfortant…
  

Wednesday, September 27, 2017

Le vent du Nord et la couverture Pendleton

Etre le pasteur du mariage de votre nièce apporte des privilèges inouïs. Par exemple, vous avez l’occasion de présenter votre cadeau pendant la cérémonie même !

Bon, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

Il s'agit d'une tradition Native : une couverture Pendleton qui enveloppe le jeune couple, symbolisant le réconfort qu’ils s’apportent désormais.

Photo Doug Crawford
Irvin et moi les avons ensuite bénis avec une prière qu’Irvin a d’abord dite en anglais, tandis que je traduisais.


Now for you the North wind does not blow; You are shelter to one another.


Désormais le vent du Nord ne souffle plus ; vous êtes un abri l’un pour l’autre.


Now for you there is no hunger; each brings what the other needs.


Désormais, la faim ne vous atteindra plus ; chacun apporte ce dont l’autre a besoin.

Now for you there is no darkness; You have learned to see with the heart.


Désormais pour vous, il n’y a plus d’obscurité. Vous savez lire avec le cœur


Now for you there is no loneliness; Two have become one.


Désormais pour vous, il n’y a plus de solitude. Deux sont devenus un.


Photo Marie-Laure Mourier

La couverture est en laine épaisse. Avant notre départ, Julie et Quentin nous ont dit l’avoir étrennée et apprécié sa chaleur. « C’est vrai que le vent du Nord ne nous atteint plus, a commenté Quentin en riant. Nous avons la couverture ! » 

Sunday, September 24, 2017

J’étais en France.

J’étais en France.

La pluie menaçait, le mot “Inondation” avait même été prononcé, mais un rayon de soleil courageux transformait les visages et la lumière autour de nous.

Ma nièce se tenait devant moi – elle venait d’entrer avec son père – et elle me sourit. Les bancs du Temple protestant nous entouraient, et autour de nous, tous ces visages connus, sourires, quelques mouvements.

Un moment absolu, simple et si pur. La fraicheur du sourire d’un couple très jeune et plein de sagesse. 

J’étais vêtue de l’autorité pastorale, robe noire et étole rouge. J’ai réalisé deux choses. Je ne pourrais pas parler sans pleurer - mais ne pouvais rester silencieuse. 
Et aussi, je vivais un des moments les plus beaux de ma vie.

J’étais en France.

Mes racines, ma langue maternelle – et aussi le décalage de ne pas être « chez moi » - et pourtant chez moi, plus que jamais.

A Paris, en Bourgogne, en Champagne, dans la joie des retrouvailles, et me retrouvant moi-même, aussi.

J’étais en France. 



Tuesday, August 29, 2017

Au sec

Une tempête monstre, issue de l’ouragan Harvey, est stationnée sur Houston, au Texas. Ils ont reçu plus d’un mètre de pluie (1,25 m) et ce n’est pas fini… 

é
Credit ABC News
Les inondations sont dramatiques, submergeant routes et habitations. Ces situations hors norme créent des sauveteurs inattendus. Des bénévoles viennent de partout, dès lors qu’ils ont un bateau, pour aider à secourir les nombreux habitants coincés par les eaux montantes.

Credit CBC.ca
Tous s’entraident devant ce danger commun et il nous est donné d’apercevoir des moments qui réconfortent l’âme, comme cette jeune femme dont le bébé ne se réveille même pas lorsqu’ils sont secourus - c'est ce qui a frappé le photographe qui a pris la photo. 

Credit NY Mag
Ce chauffeur de taxi a vu un faucon s’engouffrer dans son véhicule et refuser d’en sortir. Il l’a emmené chez lui et l’a nourri avant de le confier à une association protectrice d’animaux sauvages. 

Credit KCBY
Et cette photo, devenue « virale », de ces vieilles dames dans leur maison de retraite, immergées petit à petit et attendant les secours…

Twitter / Timothy J. McIntosh
Elles ont toutes été secourues et j’ai apprecié de voir cette autre photo, où elles sont au sec et en securité.

CBS News / Omar Villafranca
Mais la tempête n’est pas finie. Encore plus d’un mètre de pluie est attendu sur la région d’ici la fin de la semaine. 

Monday, August 28, 2017

« Beaucoup de gens souffrent là-bas »

Aujourd’hui, 28 aout, est l’anniversaire du célèbre discours de Martin Luther King à Washington DC, celui où il déclara : « I have a dream… »


Ce rêve de voir chacun apprécié pour « le contenu de son caractère » plutôt que « la couleur de sa peau » n’est pas encore réalisé et n’a jamais paru si lointain. Le discours a été prononcée il y a 54 ans.
 
Credit Adelle M. Banks
Environ 3000 pasteurs de dénominations diverses, prêtres et Sœurs, leaders Sikhs, rabbins, Imams, religieux se sont retrouvés en ce jour anniversaire à Washington DC pour dénoncer le climat du pays, le racisme qui se dévoile, encouragé au plus haut niveau. « L’âme de notre nation et l’intégrité de notre foi sont en péril » commenta un des leaders, le Rev. Jim Wallis. 

Ce nombre est encourageant : le mouvement s’était intitulé «1000 ministers march for Justice».

Hier, dimanche 27, le texte du jour provenait de l’évangile de Matthieu (chapitre 16, versets 13 à 23). « Qui dites-vous que je suis ? » demande Jésus à ses disciples. Pierre trouvera les mots justes : « tu es le fils de Dieu, le Messie. »

En l’absence d’Irvin, parti avant l’aube pour Louisville (Kentucky), c’était moi qui prêchais à Indian Fellowship. Si notre réponse est aussi celle de Pierre, alors notre vie doit suivre la trajectoire que nous trouvons notamment dans le sermon sur la montagne.

J’ai cité en illustration le témoignage du Rev. Jill Duffield, qui écrit dans le magazine Presbyterian Outlook. Jill vit à Charlottesvilles et était présente lors des manifestations des « white supremacists ».
 
Jill Duffield en bleu avec une etolle blanche
Elle écrit [1] :

« A un moment, le samedi 12 aout, je me suis trouvée aux côtés d’une jeune femme Noire, qui était une prêtre épiscopalienne. Elle venait d’une église à une cinquantaine de kilomètres de là, et avait répondu à l’appel des autorités religieuses de la ville qui avaient besoin de soutien.

Pendant que nous parlions, nous pouvions entendre les chants venant du parc où le rally « Unite the Right » devait commencer à midi. Ils devenaient de plus en plus bruyants et furieux et pouvaient être entendus en dépit des hélicoptères qui survolaient les lieux.

Des chants accompagnés par des insultes et des invectives, auxquels s’ajouteraient les « Nous ne serons pas remplacés ! Les Juifs ne nous remplaceront pas ! »

Ma nouvelle amie secoua la tête et baissa les yeux. Puis elle les leva et dit quelque chose auquel je ne m’attendais pas.

« Beaucoup de gens souffrent là-bas. »

Elle ajouta « Il n’y a pas de joie dans ce parc. Ils souffrent. »

La générosité de ses paroles me prit au dépourvu et je crois qu’elle vit ma surprise parce qu’elle ajouta : « Nous devons nous souvenir qu’ils souffrent parce que nous devons être l’église pour eux aussi. Si nous oublions ça, nous perdons ce qui a vraiment de l’importance. »

A cet instant, il m’a semblé que ma foi tenait dans un dé à coudre tandis que la sienne débordait jusque dans les rues menaçantes tout autour du parking protégé où nous nous trouvions.

Elle savait qui Jésus était et qui, par conséquent, nous étions appelés à être. Aucun pouvoirs terrestres – même brutaux et oppressifs – allaient le lui faire oublier.

Quand nous savons qui nous sommes pour Dieu, nous n’avons pas peur d’être remplacés par d’autres. Nous nous souvenons que les pharaons ne font que passer, alors que Jésus règne pour toujours. Nous n’avons pas peur parce que nous avons reçu la paix qui surpasse toute compréhension.

C’est l’amour qui nous motive, pas la haine, la fondation même sur laquelle Jésus bâtit son église – une église que les portes de l’enfer ne pourront menacer, une église où toute personne est aimée et irremplaçable.

A chacun de ceux qui ont peur et qui souffrent, nous devons présenter Celui que nous connaissons : le Messie, le fils du Dieu Vivant, Celui qui nous connait, nous revendique, nous appelle, nous pardonne et nous libère pour toujours. »