Saturday, December 30, 2017

La planète Mars peut aller se rhabiller !

Dessin de Sandra Boynton 
Il fait froid dans le nord du continent américain. Plus froid que jamais... les températures dégringolent, Celsius et Fahrenheit tombent d'accord pour convenir que c'est du glacial à faire ressusciter les mammouths laineux. 

Newsweek révèle dans la foulée[1] que la planète Mars est plus tiède que certaines régions du continent Nord-Américain. Il fait -23C sur les endroits les plus chauds de Mars. Montréal a atteint des températures plus basses ces jours-ci. En ce moment, l’état du Minnesota est au coude a coude avec Mars. Dans un parc de Minneapolis, la chute d’eau Minnehaha, d’une hauteur de 30 mètres environ, a même gelé de tout son long, comme le montre cette photo insolite. Oui, on se sent un peu sur une autre planète….
 
Credit Eric J. Magnusson 
Et nous, du côté de Seattle ? Nous avons eu quelques jours un peu froids, de la neige pour Noel. Tout cela a évolué à la façon habituelle : légère hausse des températures, les bonhommes de neige deviennent squelettiques, la pluie arrive et s'installe pour la semaine. On ne va pas se plaindre de ne pas joindre les records de froid interstellaires, nous savons que ces températures extrêmes mettent les plus démunis à rude épreuve. Mais quelque part, l'enfant en nous aimerait faire partie de ce qui sort de l’ordinaire…

Pour se réchauffer facilement, les tweets de l'occupant de la Maison Blanche (en vacances en Floride pour le moment) font merveille. La moutarde monte vite au nez, un appendice vulnérable au gel si on ne le couvre pas. Ainsi, Donald ironise sur ce grand froid, qui contredit, selon lui, le réchauffement du climat qu'il a toujours nié. 

In the East, it could be the COLDEST New Year’s Eve on record. Perhaps we could use a little bit of that good old Global Warming that our Country, but not other countries, was going to pay TRILLIONS OF DOLLARS to protect against. Bundle up!

Prétendre que le réchauffement climatique n'existe pas parce que, là où nous sommes, il fait froid, c'est un peu comme sortir de table, rassasié, et décider que la faim dans le monde est un mythe. 

D'ailleurs, le sait-il, ou prétend-il l’ignorer ? Ce réchauffement général, en grande partie causé par l'homme, provoque des étés étouffants et des hivers glacés - nous ne sortons pas des symptômes décrits pas les scientifiques. Et l’argent qu’il prétend économiser en sortant du traité de Paris n’a jamais été exigé des USA, le traité prévoyant que chaque état fixe sa propre contribution librement.

Hélas, le microclimat du côté du bureau ovale reste égal à lui-même : pluies de suffisance, blizzard pour dissimuler les vraies intentions, tout le pays avance sur des routes verglacées…

Là-bas plus qu'ailleurs : vivement le printemps...

Credit Huffington Post 

Sunday, December 24, 2017

Jean-Paul Sartre et la Crèche de Noel

« Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français.
Des prêtres prisonniers demandent à Jean-Paul Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël. Sartre, l'athée, accepte. Et offre à ses camarades ces quelques lignes magnifiques.
"Vous avez le droit d'exiger qu'on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l'Enfant Jésus. L'artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n'avez qu'à fermer les yeux pour m'entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
La Vierge est pâle et elle regarde l'enfant. Ce qu'il faudrait peindre sur son visage, c'est un émerveillement anxieux, qui n'apparut qu'une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l'a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » !
Mais à d'autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d'une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu'est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu'on a faite avec leur vie et qu'habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n'a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu'elle peut imaginer. Et c'est une rude épreuve pour une mère d'avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu'il y a aussi d'autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu'il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c'est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».



Et aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui vit, et c'est dans ces moments-là que je peindrais Marie si j'étais peintre, et j'essayerais de rendre l'air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.



Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu'une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d'adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu'il souffre sans se l'avouer. Il souffre parce qu'il voit combien la femme qu'il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l'intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j'imagine, sera d'apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d'adorer."
(Extrait de "Baronia ou le Fils du tonnerre", le texte se trouve intégralement dans l'ouvrage "Les écrits de Sartre" de M. Contat et M. Rybalka, NRF 1970).


Merci Yann, pour avoir partagé ces lignes étonnantes sur Facebook. 

Friday, December 22, 2017

Des racines, des ailes et du français

J’en ai appris de belles sur Notre Dame de Paris. La façade de la cathédrale penche vers l’avant d’environ 30 centimètres, une tangente probablement survenue au 13eme siècle et qui ne s’est pas poursuivi depuis. 

Viollet le Duc, en restaurant la cathédrale au 19eme siècle, a ajouté les apôtres en cuivre, aux pieds de la flèche, et s’est représenté lui-même en St Thomas, patron des architectes. 

Alors que les apôtres regardent vers l’horizon, St Thomas se retourne pour admirer la flèche. 


La couronne d’épines, la vraie, se trouve nous dit-on parmi les reliques de la cathédrale, protégée par des métaux précieux et des pierres fines.


Tout cela, je l’ai appris grâce au cours de français que j’anime le jeudi soir. Ce n’est pas tant un cours de français qu’un cours de prononciation française. Après tout, si vous prononcez correctement, vous serez compris, même si vos phrases ne sont pas parfaites.

J’ai donc cherché différents moyens d’aider mes étudiants, aux niveaux les plus divers, à prononcer correctement – une question de rythme avant tout, l’accent tonique est essentiel pour la compréhension du mot - tout en passant un bon moment ensemble.

Nous avons chanté. Je cherchais semaine après semaine une bonne chanson sans trop d’argot, où le chanteur ne mange pas ses mots, avec des verbes au présent, autant que possible. On trouve beaucoup de conditionnel, d’impératif et de subjonctif passé quand on fredonne en français !

Non, je ne regrrrrette rien, avons-nous chanté, elle voudrait, si je le permets, déjeuner en paix, je t’aime tu vois, mais tu ne le sais pas, tous les garçons et les filles de mon âge se promènent dans les rues deux par deux… Nous avons chanté « la bombe humaine, tu la tiens dans ta main, tu as un dé-to-na-teur juste à côté du cœur » …

Nous avons regardé ensemble « La grande vadrouille », dont je transcrivais les dialogues que nous lisions ensuite ensemble. Résultats mitigés… mes amis américains avaient du mal à comprendre pourquoi « Il n’y a pas d’hélice, hélas… » « c’est là qu’est l’os » était si drôle…


Finalement, nous avons trouvé exactement ce qu’il nous fallait : les documentaires « Des racines et des ailes » que l’on trouve sur Youtube. D’une durée de 30 minutes, nous les découvrons le long de 8 à 10 semaines de leçons.

Nous avons visité le Louvre et appris son passé de château, prison et coffre-fort des rois du Moyen-Age avant qu’il devienne leur demeure puis le musée que nous connaissons. [1]
  


Nous nous sommes promenés à St Malo, avons visité des « malouinières » dans son arrière-pays et les iles en face de son rivage, et appris la réalité de sa destruction presque totale lors de la dernière guerre mondiale.[2]


Et nous venons donc de terminer « Notre Dame, au cœur de l’histoire »[3] une merveille qui montre la cathédrale et les rues qui l’entourent telles qu’on pouvait les trouver au Moyen Age, la cathédrale peinte de couleurs vives et les rues tout autour d’elles encombrées de petites maisons et de boutiques.

Alors voilà, grâce aux racines et aux ailes, mes élèves apprennent à mieux prononcer le français et moi… j’apprends à mieux connaitre mon pays lointain.