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Sunday, April 30, 2017

Stotonic, le Rendez-Vous des fourmis

Irvin et moi sommes de nouveau pour quelques jours en Arizona. Nous avons visité une exposition magnifique sur Frida Kalho et Diego Rivera (j’y reviendrai).

Ce dimanche matin, nous avons rejoint la sœur et les cousines d’Irvin dans une petite église presbytérienne sur la réserve Pima. Stotonic, qui en langue Pima, signifie « Nombreuses fourmis » est le village d’où mon beau-père est issu.

Il existe une dizaine d’églises sur la vaste réserve Pima. Celle-ci est la plus petite et la plus pauvre. Un bâtiment ocre, plus ancien, attire les regards. C’était bien l’église dans le temps, mais le bâtiment a été condamné. Il n’est plus sur et menace de s’effondrer à la première rafale de vent. A ses côtés, une petite maison blanche. C’est là que les paroissiens se retrouvent.


Quelques rangées de bancs, de face et sur les côtés, un piano qui n’est pas souvent utilisé faute de pianiste, et un pasteur à la retraite qui assure le sermon. Les paroissiens assurent la liturgie à tour de rôle. Aujourd’hui, un jeune homme était derrière le pupitre.


Au moment de commencer à parler, le pasteur a regardé Irvin : « mais qui êtes-vous ? » lui a-t-il demandé directement. On ne passe pas inaperçu quand on est nouveau dans ces petites assemblées ! Irvin s’est levé et présenté. Le jeune liturgiste, qui le connait, lui avait déjà adressé un signe de tête. Il fait partie du groupe de jeunes Natifs qu'Irvin, à son poste de l’église nationale, fédère et organise.

Après la collecte, nous avons échangé la paix du Christ, ce qui signifie des poignées de main et l’occasion de me souvenir qu’en présence de Natifs, il convient d’offrir une main souple, prête à serrer une paume entière ou juste le bout des doigts.

Un vrombissement de mobylette s’est fait entendre. Non pas un engin mais une grosse guêpe étonnamment bruyante. Le bourdonnement s’est approché de notre banc et l’insecte a piqué droit sur moi et j’ai cru un instant en continuant de l’entendre si près, qu’elle s’était faufilée dans mon décolleté et maintenant vrombissait sous mon corsage ! L’instant suivant, elle s’élevait près du plafond  elle est restée (je l’ai surveillée du coin de l’œil).

« Ces guêpes sont un problème constant, m’a expliqué ensuite Jennifer, la cousine d’Irvin. Nous essayons de les empêcher d’entrer mais elles sont toujours là. En fait, elles ont un nid quelque part dans le mur, probablement au niveau des fondations. C’est de là qu’elles viennent… »

Le prédicateur lut les Ecritures en Pima et en anglais. Jennifer, qui vient de prendre sa retraite, réapprend la langue qu’elle a connue enfant. Les cours sont disponibles pour qui veut les suivre. Le père d’Irvin n’a jamais parlé Pima avec ses huit enfants qu’il élevait seul. Mais nous avons su que ses derniers mots étaient en Pima. Il est mort en 2008.

La nuit est belle sur la réserve, qui est un grand désert peu urbanisé. En quittant la maison de Jennifer hier soir après y avoir passé la journée, on devinait juste les formes des montagnes.




Monday, March 20, 2017

Des tipis à la Maison Blanche

Credit Andrew Callabero/Reynolds/AFP/Getty
Des tipis dressés non loin de la Maison Blanche, autour du Washington Monument, c’est l’image pleine de symboles que les promeneurs pouvaient observer il y a quelques jours à Washington DC. Des milliers de Natifs américains ont convergé sur la capitale pour quatre jours de célébrations et une manifestation le 10 mars.

Un pipeline sous le Missouri

A l’origine de cette manifestation, un pipeline dont la construction était en cours l’an dernier dans le Dakota du Nord. A l’origine, le tracé du pipeline devait passer au nord de la ville de Bismark, mais les habitants ont demandé et obtenu son détour. Il fut convenu que le tracé passerait plus au nord, à la lisière de la réserve de Standing Rock (une des tribus Sioux), et sous le fleuve Missouri.
Map by Carl Sack 
L’inquiétude et la révolte furent immédiates. Comme l’explique Kevin Gover, le directeur du National Museum of the American Indian, le passe récent avait appris aux tribus locales que tout projet ayant trait à la rivière Missouri comportaient de dramatiques conséquences pour eux.

« Si vous connaissez l’histoire des Nations Sioux, vous savez que le développement du fleuve Missouri au 20eme siècle a toujours, toujours, signifié la prise de terre Indienne. Des barrages en amont et en aval du Missouri ont été construits et chaque réserve Indienne aux alentours a été inondée. Les meilleures terres furent inondées. Une aggravation de la pauvreté des Natifs en a résulté. Nous devons avoir conscience de cette histoire. Nous devons le savoir pour comprendre les évènements contemporains. »

Les protestataires de Standing Rock craignaient que les fuites possibles du pipeline ne polluent l’eau du Missouri, leur unique source d’eau potable. Ils voulaient aussi protéger certains lieux qui ont grande valeur à leurs yeux.

Des cimetières symboliques

Les tribunaux ont été saisis, les membres de la tribu expliquant que les terres qui allaient être utilisées pour le passage du pipeline avaient une « signification culturelle profonde » justifiant un nouveau détour du pipeline.
Mais qu’il est difficile de définir la signification culturelle d’un lieu quand on appartient à une autre culture…. 
Au cours des siècles, les Dakotas (Sioux) n’enterraient pas leurs morts. Ils les disposaient sur des plateformes de fortune, avec leurs possessions et leurs armes à leurs cotés. Les corps, après décomposition, finissaient par disparaitre. L’échafaudage était alors déconstruit et un monticule de pierres était assemblé à son emplacement. Ce monticule était l’equivalent d’une pierre tombale. Ces rochers  étaient des repères marquant la mémoire de ces ancêtres.

D’autres rassemblement de pierres de tailles variables, certains colorées, avait aussi une grande valeur symbolique et historique. Ils etaient appelés « Teaching stones » et leur fonction était de rappeler certaines leçons du savoir ancien.

Comment convaincre un juge quand votre culture n’est pas basée sur des documents écrits, et qu’il n’y a pas de corps pour démontrer que l’endroit est l’équivalent d’un cimetière ?  Les juges ont écrit dans leurs décisions que la preuve du « caractère sacré » des lieux n’était pas rapportée.  Ces pierres anciennes, qui n’avaient pas été bougées depuis des siècles, si pleines de sens, ont disparu sous les coups des bulldozers.

Résistance Spirituelle

En avril 2016, un camp de résistance spirituelle et de préservation culturelle fut créé a proximité du chantier du pipeline, « Sacred Stone Camp ».

Petit à petit, des Natifs de toutes régions sont venus les rejoindre dans les terres froides du Dakota du Nord, suivis d’écologistes. Des acteurs connus (Mark Ruffalo, Patricia Arquette, Sheilane Woodley…) les ont soutenus, ont attiré la presse tandis que les diverses églises nationales prenaient position pour les soutenir. Des confrontations avec les forces de l’ordre ont eu lieu.

Irvin et plusieurs Presbytériens ont visité le camp de Standing Rock en novembre, apportant le drapeau de la dénomination, qui a rejoint les nombreux étendards des visiteurs de tous les pays.



En décembre, le président Obama a finalement fait arrêter les travaux et a chargé le corps des ingénieurs de l’armée de trouver un nouveau tracé pour le pipeline, après une étude de terrain approfondie. Un moment d’optimisme, tempéré par la victoire électorale de Donald Trump. Quand celui-ci a pris le pouvoir en janvier, une de ses premières décisions fut d’ordonner la reprise des travaux a Standing Rock.

Une prise de conscience qui se poursuit

En dépit  de cette issue décevante, ce combat a permis la prise de conscience des Natifs de toutes tribus et de tous les américains, chrétiens ou non, des risques que ce type d’ouvrage font courir a l’environnement. Ainsi le fait  que les nombreux dégâts occasionnés par des pipelines de ce genre au fil des ans sont nombreux et inquiétants - une fuite par mois ces 15 dernières années ! Ils ont toujours été minimisés et le plus souvent même pas mentionnés par les medias.

En se retrouvant à Washington DC au début du mois de mars, les Natifs et leurs alliés ont montré leur détermination à protéger les ressources naturelles de la planète ainsi que leur culture et tradition.

Picture by Marlene Helgemo 
Un service luthérien a eu lieu à la cathédrale nationale la veille de la manifestation.
Rev. Marlene Helgemo, pasteur de All Nations Indian Church dans le Minnosta, delivre un sermon
Celle-ci a commencé sous la pluie devant les bureaux du service des ingénieurs de l’armée, puis a fait une étape devant l’hôtel Trump – un tipi a été construit devant son entrée – avant de se terminer à la Maison Blanche.  Les procédures judiciaires ne sont pas terminées, même si  la construction du pipeline est sur le point d’etre achevée.


« Je veux que les gens aient le sentiment que nous n’avons pas perdu. J’ai le cœur brisé mais je suis profondément émue par tout ce que nous avons accompli,  expliqueEryn Wise, une jeune femme issue des tribus Apache et Pueblo qui a passé 4 mois au camp de Standing Rock l’an dernier, devenant une des leaders du mouvement International Indigenous Youth Council[1]. La menace contre les droits indigènes est constante. Mais avant Standing Rock, personne n’en parlait. »





[1] ://www.washingtonpost.com/local/american-indians-to-march-on-white-house-in-rally-for-rights/2017/03/10/8b327e84-04e3-11e7-ad5b-d22680e18d10_story.html?utm_term=.c966cb905439 

Saturday, February 25, 2017

Des excuses sur le toit du monde


« Il fait -25 en ce moment. Couvrez-vous entièrement après l’atterrissage de l’avion. Vous sortirez de l’avion à l’air libre – pas de coursives. Couvrez votre visage, vos mains ».
Irvin a suivi ces recommandations quand il est arrivé à Utqiagvik (Alaska), aussi appelé Barrow le 8 février. Le soleil avait seulement commencé à réapparaitre quelques heures par jour après plusieurs semaines de nuit continue.





Une célébration avait lieu, appelée “Messenger Feast” (Kivgiq dans la langue Native Inupiaq). Cette célébration rassemble les membres de la tribu Inupiaq à un moment de l’année où beaucoup d’activités, telle la pêche, sont impossibles.














Irvin était là, rejoignant deux des plus hautes autorités de l’église presbytérienne, le « stated clerk » Jay Herbert Nelson, et son prédécesseur, Gradye Pearson. Le stated clerk est en quelque sorte l’adminstrateur en chef de l’église et aussi son porte-parole.


Tous deux sont venus apporter les excuses officielles de l’église, concrétisées par un vote lors de l’Assemblée Générale de l’église en juin dernier. Ces excuses étaient accompagnées de la dénonciation de la « doctrine of discovery ». 

Ce concept, reconnu par la Cour Suprême en 1823, affirmait que les nations Chrétiennes européennes assument désormais « ultimate dominion » sur les terres ‘découvertes’ ; il en résultait que les Indiens avait perdu leurs droits à vivre en souveraineté, en tant que nations indépendantes. Il leur restait juste un droit d’occupation de leurs terres.

Les églises se sont partagées entre elles les territoires où envoyer leurs missionnaires. Malgré de bonnes intentions pour la plupart d’entre eux, l’état d’esprit de l’époque était fondé sur l’idée de la « Manifest Destiny », Dieu offrant cette terre ‘vierge’ aux européens pour qu’ils la fassent fructifier. Si les Natifs étaient exterminés dans ce processus, c’était la volonté divine. 

La “Manifest destiny”, représentée ici sous les traits d’une femme blanche quasi angélique, apporte le progres (le télégraphe et le train) dans son sillage tandis que les Natifs et les bisons disparaissent dans l’ombre à son approche. 


L’intention des églises était de « sauver les hommes » en sacrifiant leur culture, et c’est ainsi que des générations d’enfants Indiens ont été envoyés dans des pensionnats où ils ont été dépouillés de leurs langues maternelles et de leurs traditions. J’ai eu l’occasion de parler ici de ces «stolen generations» et de ce qui en est résulté. 

Avant de partir, Jay Herbert Nelson – qui est aussi le premier stated clerk Noir de l’église presbytérienne, et un orateur impressionnant, a parlé de ces excuses comme d’une première étape pour une église qui a conscience plus que jamais de la richesse de sa diversité. "Nous ne sommes pas venus seulement pour nous excuser. Nous sommes venus pour construire une nouvelle relation plus forte qu'avant."


Ces presbytériens de l’extrême nord se sentent souvent isolés – géographiquement ils le sont. Nelson les a encouragés à se souvenir de la présence divine, toujours à nos côtés, et au cœur d’un moment historique dominé par la peur, de garder confiance en Dieu. Une ovation lui a répondu. 


(Pictures prises par Irvin et par Randy Hobson, photographe de la PC(USA).

Sunday, January 15, 2017

Une prière pour leaders

Cette prière, écrite par John O’Donohue, a été lue par Elizabeth pour conclure notre retraite commune. 
J’aime ces mots inhabituels qui sont valides pour toutes situations où nous sommes en situation d’autorité, mais aussi simplement en communauté avec d’autres et nous-mêmes. 

Traduire une poésie est un défi intéressant et je me suis permis une certaine audace. John O’Donohue le dit lui-même, la créativité est un trésor qui nous permet de voir au-delà du champ de vision ordinaire. 


Puissiez vous avoir la grace et la sagesse d’agir avec douceur
apprenant à distinguer ce qui est personnel de ce qui ne l’est pas

Puissiez-vous accueillir les critiques avec hospitalité
Puissiez-vous ne jamais vous placer au centre des événements.

Puissent vos actions être motivées, non par arrogance, mais par le gout se servir
Puissiez-vous travailler sur vous-même, construisant et affinant votre esprit,
Puissent ceux qui travaillent pour vous savoir que vous les voyez et les respectez.

Puissiez-vous cultiver l’art d’etre pleinement présent dans chacune de vos rencontres
Quand quelqu’un échoue ou vous déçoit, que votre bienveillance leur ouvre un chemin vers le renouvellement et l’amélioration.

Puissiez-vous chérir les dons de l’esprit par vos lectures et votre créativité
Pour continuer à servir la frontière              
Où le neuf tire son enrichissement de l’ancien sans jamais succomber au pouvoir de l’habitude.

Puissiez-vous connaitre la sagesse de l’écoute approfondie, les paroles intègres qui guérissent,
L’encouragement d’un regard de soutien, la bienséance de la dignité maintenue
Le contours lumineux de la question lugubre.

Puissiez-vous avoir un esprit qui aime les frontières
Vous permettant d’évoquer les champs éclatants au delà du pouvoir de l'œil 

Puissiez-vous avoir des amis fidèles pour vous renvoyer les images que vous avez ratées

Puisse être leader représenter une aventure authentique qui vous fasse grandir
Amen ! 

*************************
May you have the grace and wisdom to act kindly,
learning to distinguish between what is personal and what is not.
May you be hospitable to criticism.
May you never put yourself at the centre of things.
May you act not from arrogance but out of service.
May you work on yourself, building up and refining the ways of your mind.
May those who work for you know you see and respect them.
May you learn to cultivate the art of presence in order to engage with those who meet you.
When someone fails or disappoints you, may the graciousness with which you engage
be their stairway to renewal and refinement.
May you treasure the gifts of the mind through reading and creative thinking
so that you continue as a servant of the frontier
where the new will draw its enrichment from the old, and you never become functionary.
May you know the wisdom of deep listening, the healing of wholesome words,
the encouragement of the appreciative gaze, the decorum of held dignity,
the springtime edge of the bleak question.
May you have a mind that loves frontiers
so that you can evoke the bright fields that lie beyond the view of the regular eye.
May you have good friends to mirror your blind spots.
May leadership be for you a true adventure of growth.
Amen!

La priere provient du livre "To Bless the Space Between Us" par John O'Donohue. L'illustration est une peinture de Bill Jacklin, detail, Calle II, oil on canvas, 2008.

Saturday, January 14, 2017

Une retraite entre mer et montagnes

En janvier, je raconte souvent à mon entourage américain que si nous étions en France, nous tirerions les Rois à chaque nouvelle réunion avec une galette (« a flat cake with almond filling »). Parfois la galette me manque – pas tant la frangipane que  l’entourage de ceux qui la connaissent et pour qui cette coutume est une évidence.

Mais galette ou pas, janvier est ici aussi le début d’une nouvelle saison. Parce que je préside une petite commission du Presbytery, j’ai été invitée à une retraite destinée aux « leaders » de notre région pour bien commencer l’année. Pas de galette, mais une table abondante dans la grande maison d’une de nos pasteures, qui animait la retraite. Cette maison se trouve en front de mer – dans notre région, ca veut dire en bordure du Puget Sound, où l’océan entre profondément dans l’intérieur des terres, jusqu'à Tacoma, un bras de mer pourvu de nombreuses iles.

Les pics des montagnes Olympiques sont a peine visibles, au dessus de l'horizon

Par temps clair, ce qui était le cas jeudi, nous pouvions voir le Mt Rainier à l’est et la chaine des montagnes de la péninsule Olympique à l’ouest, tous couverts de neige.
Mt Rainier
Nous étions réunis pour mieux nous connaitre et exercer notre créativité. Elisabeth nous a donné à choisir parmi de nombreuses photos d’œuvres d’art. J’ai choisi celle-ci. Je ne savais pas encore qu’il s’agissait d’une « convalescente » peinte par Degas.

Comme beaucoup de pasteurs, je suis une introvertie qui a besoin de solitude pour « recharger les batteries » d’autant plus que je fonctionne en extravertie dans le cadre de mes activités. Le visage de la convalescente n’exprime rien, la fatigue de la maladie récente est encore la. Mais c’est aussi mon visage quand je n’ai plus besoin d’exprimer quoi que ce soit, dans le repos. Des moments de « jachère » importants.

Elizabeth, notre hôtesse, debout derrière nos fauteuils, nous a lu des bénédictions et des prières pleines de sens. 
Quand on lui proposa de s’asseoir, elle sourit. « Sitting is the new smoking ! » expliquant qu’elle a installé son bureau de façon etre debout pour travailler devant son écran. 

C’est vrai que des études récentes et concordantes montrent que la sédentarité cause des problèmes de sante comparables au tabac.

De quoi  refléchir sur nos postures du quotidien…. 

Friday, January 22, 2016

La voix de Dieu

J’étais dans un monastère au nord de l’etat de New York pour une retraite, raconte un des orateurs de la conférence. 

Il faisait très froid. 

L’après-midi, je me frayais un chemin au milieu des épaisseurs de neige pour aller rejoindre un des moines dans une des chapelles du monastère. 

Il était mon interlocuteur pour cette retraite. 

Je n’arrivais plus à entendre la voix de Dieu. 

Il m’a montré un monticule de neige, non loin de la chapelle. 

« Si nous étions au printemps, nous pourrions voir la rivière à cet endroit, m’a-t-il dit. 

Elle n’est pas gelée. 

Elle coule toujours. 

Mais elle est sous plusieurs mètres de neige. 

Quand le silence est absolu, je l’entends. 

C’est de la même façon que nous percevons la voix de Dieu … » 


Thursday, January 21, 2016

Le sommeil est une prière

Dieu donne le sommeil à ceux qu’il aime, nous a-t-on rappelé (Psaume 127:2). Je crois que Dieu aime aussi les insomniaques….

Nous sommes retournés dans nos chambres après cette prière de Jean de Dalyutha, un moine ermite du 8e siècle qui vivait dans les montagnes de ce que nous appelons aujourd’hui Irak.

« Si vous êtes fatigués et épuisés
Par vos travaux pour le Seigneur,
Placez votre tête sur ses genoux et reposez-vous un moment.
Reposez vous sur son sein (Evangile de Jean, 13 :23)
Respirez le parfum de l’esprit de vie
Et permettez à la vie de pénétrer tout votre être.
Reposez-vous sur lui, il est une table de rafraichissements (Psaume 23 :5)
Et vous recevrez la nourriture du Père Divin »

Bonne nuit à tous ! 


La Trinité au goût sucré


Deuxième jour de notre conférence « Making Place for God » en Floride. BJ Woodworth, sur la photo, a commenté la célèbre icône d’Andrey Roublev (début du 15eme siècle) représentant les visiteurs divins venus surprendre Abraham (Chapitre 18 de la Genèse). 



Cette icône représente aussi la Trinité. Le Fils est au milieu, et le Père, sur la droite (avec le vêtement vert) tourne la tête vers lui : il envoie le Fils. Le Fils regarde le Saint Esprit, avec le vêtement doré. Le Fils envoie le St Esprit (Chapitre 14 de l’Evangile de Jean). Et la table entre eux est la table de Dieu où nous sommes conviés (Psaume 23) pour compléter le cercle. 

Nous, les créatures, sommes invités à la table de notre Créateur. Nous sommes invités à cette union festive avec le Divin. De créatures, Dieu nous envoie en créateurs dans le monde avec la mission de faire avancer son Royaume.

Bien sur, nous avons eu un dessert trinitaire lors du déjeuner qui a suivi : trois framboises, trois gouttes de sauce aux fruits rouges, sur la table carrée d’une tarte au citron. La meilleur façon de se délecter de théologie chrétienne ! 


Monday, January 18, 2016

Dieu et la Floride

« Dieu est plus proche de nous que nous le sommes de nous-mêmes » (St Augustin)
Nous sommes … en Floride, Irvin et moi, pour assister à une conférence intitulée “Making room for God”. Cela fait partie de notre formation continue, deux semaines par an à fractionner. Nous choisissons où aller - on peut aussi décider de rester chez soi pour lire la pile grandissante de livres théologiques découverts et commandés au fur et a mesure de l’année.
Ces quelques jours vont nous permettre  de sortir de nos routines pour prendre le temps de lire les Ecritures, une pause pour tenter de mieux discerner la voix de Dieu dans nos vies… tout en respirant l’air marin sous le soleil.

Nous sommes 75 presbytériens venus des quatre coins du continent pour cette conférence. La possibilité de rencontres et de retrouvailles est toujours un des meilleurs aspects de ce genre de rassemblement. Nous espérons trouver de la «substance» pendant ces quelques jours qui nous soutiendront pendant le reste de l’année…
Le Pasteur B.J Woodworth, un des leaders du rassemblement, nous a raconté l’histoire suivante en introduction. 
Un rabbin étudie le livre de la Genèse avec ses étudiants. A chaque étape de la création, on lit les fameuses paroles «Et Dieu vit que cela était bon.» Sauf… lorsqu’ll crée les humains. Pourquoi ? demande le rabbin à ses étudiants. Les réponses sont variées et inventives mais le rabbin les écarte les unes après les autres. Finalement, il explique que le mot «bon» (tov) signifie aussi «complet, achevé.» Dieu n’a pas créé les humains comme des êtres achevés. C’est à chacun de nous de poursuivre en nous cette création.


L’après-midi, Irvin et moi avons marché sur la plage qui semble infinie. Le vent rappelait que l’hiver était de rigueur, mais quelle joie de sentir les vagues si proches et de regarder les oiseaux, mouettes, cormorans et pélicans, plonger au milieu des vagues.

C’était, oui, tov. Bon. 


Wednesday, December 31, 2014

Ordonnée !

Et finalement, quelques années après avoir commencé mes études de théologie (c’était en..... 1996 à l’Institut Protestant de Théologie de Paris) le jour de l’ordination est arrivé. 

Bien sur, entre temps, j’ai changé de pays, de langue , suis passée de l’Eglise Réformée de France à la Presbyterian Church (USA), de la fac de Théo  au séminaire de Dubuque (Iowa). Dans la foulée,  j’ai aussi pris un mari, déménagé sur la cote Ouest des USA  et découvert le monde et la culture des Natifs Americains.

J’étais «certified ready to be ordained» depuis trois ans ce qui signifiait qu’en plus de mes études, j’avais réussi les cinq «ordination exams» requis, accompli les stages en église et en aumônerie d’hôpital, écris mon «ce que je crois» - bref, j’étais prête. 

Mais restait la toute dernière condition, un «call» c'est-à-dire etre engagée par une église ou un hôpital.  Quand la Commission on Ministry de notre région a accepté que mon travail de «Director of Spiritual Formation» soit considéré équivalent d’un  poste pastoral, la route était ouverte pour que l’ordination puisse avoir lieu.

J’ai donc défendu ma confession de foi devant l’assemblée du presbytery (les pasteurs et « elders » de notre région) répondant aux questions de théologie qu’elle pouvait susciter. J’appréhendais cette étape, qui s’est en fait passée dans une atmosphère amicale et chaleureuse. L’assemblée a voté favorablement sur le projet d’ordination.



Et c’est ainsi que le 30 novembre, à la University Place Presbyterian Church où je travaille, entourée de mes amis et de ma famille, je suis devenue « Minister of Word and Sacrament », aussi appelé «Teaching Elder» selon le vocabulaire du 16eme siècle.

Mon frère Fréderic a fait le voyage de France, et lu un psaume en français pendant le service, en alternance avec Zohndra, une des attachantes adolescentes de l’église. 


Mon oncle Jean-Loup, sa femme Diane et mes cousines Danielle et Shawn etaient également présentes. Les petits garçons de Danielle (3 et 6 ans) cornaqués par leur père, Imad, ont été très sages ! Et Shawn, à qui j’ai confié mon appareil photo, a pris beaucoup de clichés qui resteront autant de souvenirs d’un service qui a marqué une étape de ma vie.

L’ordination se produit au moment où le moderator du Presbytery, en l’occurrence Rev. Julie Johnson, pose sa main sur la tête de l’ordinand, au terme d’une prière. 


Julie a invité tous ceux déjà ordonnés, pasteurs et elders, à s’approcher et se joindre à la prière, puis tous ceux qui d’une façon ou d’une autre, m’ont soutenue et accompagnée dans mon périple. Presque toute l’assemblée s’est rassemblée autour de l’autel.  


Une image et une émotion que je n’oublierai pas. 

Monday, March 5, 2012

Oiseaux et dette d'honneur

L’exposé (sujet : les oiseaux) était dû pour le lendemain. Le petit garçon avait eu 15 jours pour le préparer mais toujours repoussé le moment de s’y plonger. Le soir tombait et la panique le gagnait tandis qu’il essayait de rédiger quelque chose. Son père, un écrivain, lui dit calmement «ne t’affole pas… concentre-toi, oiseau par oiseau».

Je restitue cette anecdote de mémoire – elle est racontée par l’auteur (et aussi sœur du petit garçon) Anne Lamott, dans son livre sur l’art et les difficultés de l’écriture. Elle a appelé le livre «Bird by Bird, some instructions on writing and life» à partir de cette histoire. «Bird by Bird» est devenu rapidement un classique.


Ce livre est un des premiers que j’ai réussi à lire «couramment» en anglais quand j’ai commencé à vivre aux USA et ce sentiment d’un tout nouvel horizon qui s’ouvrait à moi s’est mêlé a la joie de lire un auteur dont je me sentais si proche. Quand j’ai su qu’Anne Lamott viendrait parler à Tacoma le 24 février, je me suis précipitée.


Anne (que tout le monde appelle Annie - le e finale se prononce i chez les américains) a grandi avec l’assurance perpétuellement répétée que tout allait bien dans une famille où chaque membre vivait isolé dans son propre problème composé d’indifférence et de drogue. Elle-même a dû lutter pour se sortir de ses propres addictions, drogue et aussi désir de faire plaisir, la détermination de guérir, sauver, réparer tous ceux qu’elle aimait.


«Pour ce qui est de vouloir sauver mes proches, je n’ai pas changé», sourit-elle. «J’ai toujours d’excellentes idées pour améliorer leur vie.»


Mère célibataire d’un fils qui a eu lui-même un enfant à 19 ans, elle a appris à ronger son frein pour ne pas intervenir perpétuellement dans la vie de la toute jeune famille. «Je voulais venir faire leur vaisselle, apporter des courses, faire leur ménage… une de mes amies m’a convaincue que non seulement ce n’était pas souhaitable mais que ce serait même une forme de maltraitance. Elle m’a dit : si ce n’est pas ton problème, tu n’as probablement pas la solution. Vrai… mais très agaçant.»


Anne a demandé à son fils ce qu’il avait préféré de son enfance – et aussi son pire souvenir. Il a répondu qu’il avait beaucoup aimé les grands moments de coloriages partagés, tous les crayola par terre, et la joie de dessiner sans limite. Et le pire, c’était d’avoir une mère si anxieuse. «Je ne serai pas comme ca avec mon bébé» a-t-il assuré. Anne raconte ensuite avec un sourire malicieux l’inquiétude de son fils un jour, se demandant si son enfant ne risquait pas de manquer d’air parce que, peut-être, son coupe-vent était trop serré ?


Anne est reconnaissante à son eglise presbytérienne, une petite communauté qui l’a accueillie alors qu’elle luttait encore pour se sortir de la drogue. Cette congrégation l’a entourée et aidée.


Elle écrit des livres où elle parle de sa vie, de ce que la foi représente pour elle, des moments de grâce qu’elle rencontre, de la tension et du bonheur qui viennent avec notre condition hybride : êtres humains pleinement enracinés dans la terre et aussi êtres de lumière à même de discerner la présence de Dieu.


Lors de la conférence, je connaissais beaucoup de présents : des pasteurs ou des elders presbytériens. Et aussi des membres de mon club Toastmaster, désireux d’entendre les conseils d’Anne sur le processus d’écriture.


«La volonté d’écrire vient de la douleur, du désir d’exister et de ne pas s’éparpiller, a dit Anne. Pas du narcissisme. Ecrire chaque jour : si vous ne ressentez pas cette exigence intérieure, ne le faites pas. Ecrire chaque jour : comme si c’était une dette d’honneur.»

[la photo d'Anne Lamott ci-dessus vient de sa page facebook]