Saturday, February 23, 2013

La tournée d’adieux d’une mèche de cheveux

Ce n’est pas facile de dire au revoir à une chevelure qui depuis des années me tient chaud et m’abrite du regard du monde. On m’a prévenue : la chimio n’a pas de discernement. Deux semaines après la première chimio, les cheveux tombent. Ce sera dans quelques jours.

On m’a conseillé de couper la chevelure très court avant la chute annoncée. C’est moins traumatisant de perdre un petit centimètre plutôt que de longues mèches. Je disais à mes amis avant le début du traitement : regardez-les bien, c’est leur tournee d’adieux !

Et puis, vendredi dernier, sur la recommandation du Cancer center, je suis allée dans ce salon a Puyallup, qui donne des coupes gratuites aux gens dans ma situation – pas tant pour faire des économies, que pour me trouver entre les mains de quelqu’un qui aurait l’habitude. C’était une bonne idée. Amber, la jeune femme qui s’est occupée de moi, était gentille et professionnelle. Je pensais avoir en moi une bonne dose de détachement, me rappelant a intervalles réguliers «ils repousseront» et «rappelle-toi : tu n’as pas de métastase au foie !»
Pourtant, lors des premiers coups de ciseaux, je me suis mise à pleurer. Amber a été parfaite : attentionnée mais continuant à travailler avec précision sans se laisser gagner par mon émotion. Au bout de quelques minutes, je me suis sentie mieux, soulagée en fait. Une nouvelle étape de franchie.

Et c’est l’occasion de faire face à de nouvelles situations : les courants d’air autour de mon cou et de mes oreilles, qui n’ont jamais été dénudés ainsi. Or je dois faire en sorte de ne pas prendre froid : mes globules blancs sont imprévisibles. Dans un Walgreens (pharmacie/petite surface de proximité) voisin, j’ai trouve plusieurs bonnets. Mon préféré couvre bien les oreilles et a même des petites oreilles d’ours en prime ! Me voila prête à hiberner jusqu’au printemps. 


Le début du voyage


Au début, c’est un peu comme quand on conduit sa voiture dans un lavage automatique. Rien ne se produit pendant les premières secondes, mais on entend la pression de l’eau qui s’accroit avant qu’une  forêt de balai-brosses n’entre en action. 

Les deux premiers jours après la chimio, c’était un peu ce que je ressentais – l’impression d’un bourdonnement d’énergies diffuses et désordonnées dans mon corps, un malaise que je n’arrivais pas à définir. Lundi, j’avais reçu les produits sans ressentir d’allergies ou de migraine – la séance avait duré 6 heures, au lieu des 3 heures prévues. C’était la première séance donc on a commencé par m’injecter une solution saline puis le médicament contre les nausées  avant de passer à la chimio proprement dite. Le lendemain, c’était la piqure pour «booster» mes globules blancs.

Les effets secondaires ont fini par me rattraper deux jours plus tard. La moelle épinière, sollicitée pour produire ces globules blancs,  provoque des douleurs diffuses dans les os, et on a l’impression qu’on a la grippe. Par ailleurs, j’ai pu mesurer l’exactitude des avertissements donnés : la peau et l’appareil digestif sont en première ligne. Jeudi, des plaques rouges ont envahi mes joues. Je n’entrerai pas dans les détails pour l’appareil digestif, mais j’ai pris la nouvelle habitude de boire tout au long de la nuit par petites gorgées, tellement je me sens déshydratée le reste de la journée.

Et puis, le weekend est arrivé et je me suis sentie mieux. Suffisamment bien pour articuler avec sagacité comment «les thèmes centraux de mon héritage religieux et mon appréhension théologique du monde informent mon ministère» autrement dit, rédiger l’évaluation finale de la deuxième unit de ma residency, qui était due le mardi suivant. La chimio a commencé – et la vie continue. 


Saturday, February 9, 2013

Foie et petite chèvre


Les résultats de la biopsie ont été longs à venir. Nous étions fébriles en arrivant mercredi soir dans le cabinet de la cancérologue. Apres une longue attente (elle nous avait fait venir entre deux rendez-vous) celle-ci est arrivée avec un sourire désolé. «La saga continue !» a-t-elle annoncé. Les résultats n’etaient pas probants – les cellules prélevées sur mon foie sont anormales, et les premières analyses n’ont pas pu déterminer si ces anormalités etaient bénignes ou malignes. En cas de malignité, cela changeait toute la physionomie du cancer : à la place d’un cancer «stage 1», débusqué à son début, ce serait un cancer qui a déjà une métastase dans le foie – «stage 4», un cancer pour lequel, comme nous le dit la cancérologue «je ne peux pas promettre une rémission de longue durée». Il n’y a pas de stage 5. Le 4 est le plus grave.

Les analyses ont été envoyées à un autre laboratoire à Seattle, et cette fois les résultats ont été promis pour vendredi soir. Les deux jours qui ont suivi ont été étranges – des moments de peur, des moments ou toute sensation semblait engourdie.  Jeudi après-midi, mes quatre camarades chaplains qui sont résidents pour cette année tout comme moi, et notre superviseur ont prié pour moi. Pendant leur prière, j’ai senti un grand calme et une légèreté nouvelle me gagner.

Finalement, les résultats sont arrivés vendredi soir : pas de cancer dans le foie. J’ai littéralement sauté de joie comme une petite chèvre sur un chemin de montagne, tandis que le soulagement me traversait, telle une onde bienfaisante. On en revient donc au premier scenario et au «stage 1»… La chimiothérapie prévue va commencer lundi, et moi qui la craignais tant, je la vois désormais arriver sans appréhension. Peu importe, les effets secondaires, perdre mes cheveux, tout ca va être si transitoire par rapport à ce qui aurait pu être !
Je n’imaginais pas que je commencerais cette chimio avec un cœur si joyeux…

Tuesday, February 5, 2013

Rebondissement


Ah, ces films à suspense américains !!! A la première accalmie, on sait qu’un rebondissement va surgir, alien mangeur de chair humaine s’extirpant des intérieurs d’un astronaute accueillant, ou zombie apparaissant à une fenêtre voisine sur fond de soudaine musique stridente. 

Je ne pensais pas vivre l’equivalent d’un de ces rebondissements dans mon parcours médical. J’en étais à me préparer pour la chimio, qui devait commencer hier lundi. J’avais rendez-vous avec ma cancérologue vendredi soir dans ce but, et je devais la revoir lundi matin. Ce suivi me donnait l'impression qu'on me préparait à un voyage dans l'espace. 

Vendredi soir, la cancérologue commença par une bonne nouvelle : les six ganglions lymphatiques prélevés lors de l’insertion du cathéter etaient tous impeccables. Pas de cancer. Restait le résultat de l’IRM de l’abdomen que j’avais subi la veille, qu’elle venait de recevoir et qu’elle a ouvert sur son ordinateur en notre présence.

Cette IRM avait été prescrite parce que le scanner montrait une zone d’ombre sur mon foie et ma vésicule biliaire – une ombre, peut-être un kyste, sur chacun de ces organes, ne réagissant pas sur le scanner comme une tumeur cancéreuse le ferait. Elle avait néanmoins voulu voir la zone de plus pres, d’où l’IRM. Elle a lu le rapport et est restée silencieuse quelques instants. Le rapport indiquait que ces tumeurs pouvaient être malignes, malgré leur silence sous scanner.

Apres consultation d’un autre de ses collègues, la décision a été prise : aller voir. La chimio a été reportée. A la place, lundi matin, Irvin et moi sommes arrivés tôt le matin à l’hôpital du Bon Samaritain, «Good Sam», ou j’avais fait mon premier stage d’aumônier l’été 2011. 

Au programme, une biopsie sous anesthésie locale. Nous pensions que ce serait l’affaire d’une heure – Irvin avait amené de la lecture et pensait m’attendre dans la salle d’attente. «Oh, non. On vous garde 5 heures !» a expliqué l’infirmière. «On vous prépare, la procédure dure 40 minutes, et ensuite, vous restez allongée sur le coté droit, à vous reposer, le temps qu’on soit sur qu’il n’y a pas d’hémorragie.» 

J’étais impressionnée, mais finalement l’expérience a eu de bons cotés. Bon, j’aurais préféré ne pas etre aussi consciente pendant la biopsie – voir dans mon champs de vision le radiologue une longue seringue à la main prêt à ponctionner  était un peu alarmant, même dans la légère brume qui environnait mon esprit. 

Mais la période de récupération a été paisible. Pas de nausée – j’avais été pré-médiquée par l’infirmière à qui j’avais parlé de mes mésaventures récentes –je n’avais même pas mal, malgré l’avertissement du radiologue que ce serait «inconfortable» mot code utilisé souvent par la faculté pour parler de douleur. J’ai bavardé agréablement avec l’infirmière, j’ai somnolé et je suis rentrée ravie de constater que les médicaments anti-nausées marchent – je vais en avoir besoin pendant la chimio.

Ce matin, je me sentais en forme. Je n'avais pas encore le droit de me doucher (ce sera pour ce soir) - mon abdomen est bleu Schtroumpf sur le coté droit, c'est la couleur du désinfectant - et les incisions sont toutes petites, couvertes par deux petits sparadraps carrés et des traces de marqueurs.

J’aurai les résultats demain mercredi – un nouveau rendez-vous avec la cancérologue. A suivre…