Thursday, March 22, 2012

Un malaise imprécis


Un malaise imprécis me gagnait tandis que, confortablement installée au premier rang, j'attendais le début de la conférence donnée par Anne Lamott. J'étais sur le coté mais sur le premier siège près de l'allée et je me sentais très en vue.

D'habitude, c'est vrai, j'aime plutôt etre dans un coin discret mais j'espérais prendre une photo de l'auteur (espoir vain ; l'audience a été priée de ne pas prendre de photo, juste après que j'ai pris ce cliché).


Mais pourquoi être si mal à l'aise? Etait-ce la crainte latente de ne pas être à ma place? Les autres sièges du premier rang, en face, étaient réservés pour les amis et les organisateurs de la soirée. Depuis un traumatisme de jardin d'enfant où une institutrice m'a violemment prise à parti pour avoir eu l’audace de m’etre trompée de classe, j'ai gardé l'impression floue mais menaçante que je commets un crime susceptible de déclencher un tremblement de terre et des torrents d'imprécations si je transgresse même sans le vouloir les dispositions des lieux.

Mais non, ce n'était pas ca.

J'ai compris mon inconfort quand j'ai réalisé, au détour d'une phrase d'Anne, que je venais de m'assoupir et ce, sans doute bien trop visiblement.


Je m'endors si facilement pendant la journée. Cela ne m’arrive pas au volant ou lors d’une conversation en tête à tête. Mais dès lors que j'écoute un orateur, dans une classe, une église ou une salle de conférence, il m’arrive de glisser presque sans transition dans le sommeil. Dans les amphithéâtres de 1000 personnes de Paris-X Nanterre où j'étudiais le droit, ca n'était pas très gênant. A la faculté de théologie de Paris, cela faisait la joie de mes camarades. Nous étions assis derrière des tables disposées en U et leur expression malicieuse quand la torpeur commençait à me gagner était un tonique efficace.

Cela commençait aussi à devenir embarrassant et mystérieux. M’endormir pendant un cours de droit administratif, ça avait une certaine logique. Mais m’assoupir pendant un cours de théologie qui m’intéressait et que je ne voulais pas rater, un sermon prononcé par mon mari ou – ce soir là, une conférence donnée par un de mes auteurs préférés ? Et cela m’arrive même quand j’ai pu faire la grasse matinée pour compenser d’avoir veillé tard…

«Mon seul symptôme, quand je suis devenue diabétique, c’est une irrépressible envie de dormir en pleine journée » m’a dit une amie pasteur. J’ai vécu avec cette crainte jusqu'à ce que j’aie le courage d’aller chez le médecin, et une prise de sang plus tard, j’ai appris que mon courageux pancréas fonctionnait toujours et régulait mon taux de sucre avec soin.

Et pourtant je continue de m’endormir en sursaut – et de me réveiller face à cette énigme que je veux résoudre avant le début de ma residency. J’ai 5 mois pour percer le mystère et rester éveillée en plein jour…

Bart fait subtilement allusion au film "INCEPTION" avec Leonardo di Caprio


Monday, March 19, 2012

Des myrtilles roses


Le printemps commence officiellement demain 20 mars et si nous étions en France, nous ne serions pas surpris de recevoir des giboulées. Mais les giboulées de mars n’existent pas ici : le dictionnaire propose comme équivalent «April showers», ce qui dans notre région d’averses quotidiennes n’apporte pas d’informations d’une grande précision.

Aussi quand des averses de grêles brusquement surviennent dimanche après-midi après un grand moment ensoleillé, ca surprend et dans une artère proche de chez nous, une voiture est sortie de la route devant la mienne, glissant sur la surface de la chaussée devenue blanche et glacée en quelques minutes.


Le printemps arrive et j’en sens l’influence quand je me retrouve dans les rayons ‘jardinage’ des grands magasins alors que je suis venue acheter des yaourts, des bananes et quelques tranches de jambon. Mon petit buisson de myrtilles n’a pas survécu à l’hiver et la relève est prête à être plantée. J’ai choisi quelques pieds de framboisiers et un assortiment de myrtilles. Verrai-je une différence dans la production à venir ? Et les myrtilles appelées «pink lemonade » sont-elles vraiment roses ? Tant de mystères passionnants à percer avec la venue du printemps… 

Sunday, March 11, 2012

Changement d’heure à l’américaine


Ne pas être du matin signifie bien des arrachements douloureux au jour le jour. Il faut s’extraire de l’énergie du milieu de la nuit pour se contraindre à se coucher avant l’aube. Le réveil sonne toujours trop tôt, claironnant le moment où il faut se soustraire au moelleux du lit et à la tendresse d’un jeune chien exquisément abandonné dans l’espace entre vos pieds.

Ainsi commence une nouvelle journée marquée par la recherche d’énergie pour faire fonctionner le moteur qui vous propulse d’une activité a l’autre… jusqu’au soir où tout devient plus léger et où on peut rattraper un peu la lenteur d’exécution des heures précédentes.


Est-il besoin de préciser ce que je pense du passage à l’heure d’été, qui escamote une précieuse heure de nuit ? Ici, le rite cruel a lieu deux semaines plus tôt qu’en France, deux semaines pendant lesquelles dix heures séparent mes deux pays et non neuf.

Si vous vous trouvez sur le sol américain lors de ce changement, vous entendrez parler de «spring forward» or "ahead" (bondir en avant) ou de «fall back» (tomber en arrière) selon la période de l’année. C’est un peu déroutant pour l’étranger non averti mais bien typique de l’esprit pratique et ludique des américains. Au printemps (spring, donc) on avance ses pendules d’une heure, il s’agit donc d’un bond en avant. A l’automne (Fall en anglais) c’est le contraire donc les aiguilles reviennent sur leurs pas.


Bondir en avant… sans entrer dans les détails, je peux révéler que, ce matin, quand le réveil a sonné à 6h30 comme tous les dimanches, donc 5h30, je ne ressemblais en rien à une grenouille enjouée.
 En revanche, maintenant que nous approchons de minuit, le monde m’appartient et la nuit est douce.

Monday, March 5, 2012

Oiseaux et dette d'honneur

L’exposé (sujet : les oiseaux) était dû pour le lendemain. Le petit garçon avait eu 15 jours pour le préparer mais toujours repoussé le moment de s’y plonger. Le soir tombait et la panique le gagnait tandis qu’il essayait de rédiger quelque chose. Son père, un écrivain, lui dit calmement «ne t’affole pas… concentre-toi, oiseau par oiseau».

Je restitue cette anecdote de mémoire – elle est racontée par l’auteur (et aussi sœur du petit garçon) Anne Lamott, dans son livre sur l’art et les difficultés de l’écriture. Elle a appelé le livre «Bird by Bird, some instructions on writing and life» à partir de cette histoire. «Bird by Bird» est devenu rapidement un classique.


Ce livre est un des premiers que j’ai réussi à lire «couramment» en anglais quand j’ai commencé à vivre aux USA et ce sentiment d’un tout nouvel horizon qui s’ouvrait à moi s’est mêlé a la joie de lire un auteur dont je me sentais si proche. Quand j’ai su qu’Anne Lamott viendrait parler à Tacoma le 24 février, je me suis précipitée.


Anne (que tout le monde appelle Annie - le e finale se prononce i chez les américains) a grandi avec l’assurance perpétuellement répétée que tout allait bien dans une famille où chaque membre vivait isolé dans son propre problème composé d’indifférence et de drogue. Elle-même a dû lutter pour se sortir de ses propres addictions, drogue et aussi désir de faire plaisir, la détermination de guérir, sauver, réparer tous ceux qu’elle aimait.


«Pour ce qui est de vouloir sauver mes proches, je n’ai pas changé», sourit-elle. «J’ai toujours d’excellentes idées pour améliorer leur vie.»


Mère célibataire d’un fils qui a eu lui-même un enfant à 19 ans, elle a appris à ronger son frein pour ne pas intervenir perpétuellement dans la vie de la toute jeune famille. «Je voulais venir faire leur vaisselle, apporter des courses, faire leur ménage… une de mes amies m’a convaincue que non seulement ce n’était pas souhaitable mais que ce serait même une forme de maltraitance. Elle m’a dit : si ce n’est pas ton problème, tu n’as probablement pas la solution. Vrai… mais très agaçant.»


Anne a demandé à son fils ce qu’il avait préféré de son enfance – et aussi son pire souvenir. Il a répondu qu’il avait beaucoup aimé les grands moments de coloriages partagés, tous les crayola par terre, et la joie de dessiner sans limite. Et le pire, c’était d’avoir une mère si anxieuse. «Je ne serai pas comme ca avec mon bébé» a-t-il assuré. Anne raconte ensuite avec un sourire malicieux l’inquiétude de son fils un jour, se demandant si son enfant ne risquait pas de manquer d’air parce que, peut-être, son coupe-vent était trop serré ?


Anne est reconnaissante à son eglise presbytérienne, une petite communauté qui l’a accueillie alors qu’elle luttait encore pour se sortir de la drogue. Cette congrégation l’a entourée et aidée.


Elle écrit des livres où elle parle de sa vie, de ce que la foi représente pour elle, des moments de grâce qu’elle rencontre, de la tension et du bonheur qui viennent avec notre condition hybride : êtres humains pleinement enracinés dans la terre et aussi êtres de lumière à même de discerner la présence de Dieu.


Lors de la conférence, je connaissais beaucoup de présents : des pasteurs ou des elders presbytériens. Et aussi des membres de mon club Toastmaster, désireux d’entendre les conseils d’Anne sur le processus d’écriture.


«La volonté d’écrire vient de la douleur, du désir d’exister et de ne pas s’éparpiller, a dit Anne. Pas du narcissisme. Ecrire chaque jour : si vous ne ressentez pas cette exigence intérieure, ne le faites pas. Ecrire chaque jour : comme si c’était une dette d’honneur.»

[la photo d'Anne Lamott ci-dessus vient de sa page facebook]

Saturday, March 3, 2012

Le verdict de la grenouille

Les américains n’utilisent pas le mot bissextile – nous sommes ici dans une «leap year» autrement dit une année bondissante, (to leap = bondir) souvent symbolisée par une grenouille en mouvement, en particulier en ce jour supplémentaire de février.

Mais je n’étais pas dans une humeur particulièrement bondissante moi-même mercredi dernier. Je guettais les emails, espérant une réponse de Garrett, le supervisor de St Joseph, à propos de la residency. Plus le temps passait, plus le pessimisme me gagnait.

Et puis l’email est arrivé à 17h34 et son titre était en soi une réponse «Acceptance to our Residency position…».

Avant même que je ne réalise vraiment, je me suis sentie balayée par une vague apaisée de soulagement. En septembre prochain, je commencerai donc cette année de residency, un stage rémunéré d’un an, qui me permettra de boucler ma formation de chaplain. Je serai affectée à la Hospice house, comme je le souhaitais. Et mon amie Coréenne elle aussi a été choisie !

Il neigeait ce soir là et pendant que je marchais dans le jardin avec les chiennes, j’avais envie de crier dans la nuit les exacts mots de Jean Dujardin recevant son Oscar dimanche dernier «Putain c’est génial, thank you, merci !»

Il faut bien en convenir, le 29 février est un jour qui a du ressort!