Wednesday, January 25, 2012

Les bergers temporaires

De la tempête de glace au soleil de Géorgie… Me voici près d’Atlanta, en Géorgie, où je suis une formation de 5 jours sur les pasteurs interimaires. Dans l’église Presbytérienne, ces “interim pastors” font la transition entre deux pasteurs ‘installés’, ce qui permet à une congrégation en conflit de cicatriser – ou lui donne le temps de se remettre du départ d’un Pasteur bien-aimé.

Le Calvin Center où cette formation a lieu est situé à une quarantaine de kilomêtres d’Atlanta, sous les arbres et à proximité d’un petit lac. Ce centre de conference est aussi un lieu de camping et de retraite pour les églises des environs.

La nourriture y est étonnament raffinée, grace au Chef Brian, originaire de Nouvelle Zélande. Il travaillait dans un restaurant d’Atlanta avant d’être engagé par le Calvin Center, et il s’applique à regaler les invités de plats gourmets. 

Après une journée de bruine (où je me suis vu reprocher d’avoir amené avec moi le climat de Seattle) le soleil est revenu, accompagné d’une douce chaleur printanière.

Entre divers séances de formation, que faire de mieux que se promener autour du lac? Les écureuils sont nombreux. Les biches sont présentes aussi mais nettement plus timides. J’ajouterai des photos à mon retour – je me sers d’un ordinateur collectif pour le moment. (voila qui est fait)

Friday, January 20, 2012

Pluie de glace


Chaque tempête est unique et a sa façon bien à elle de transformer le quotidien de ceux qui se trouvent sur son passage. Nous étions habitués aux bourrasques et aux pluies violentes. Cette fois ci, la vraie perturbation est arrivée silencieusement, discrètement après la neige.

Pendant douze heures de suite, malgré les basses températures, au lieu de flocons, nous avons vu une petite pluie fine – une pluie verglaçante qui a tout recouvert d’une pellicule de glace. La glace, c’est lourd… Les branches des arbres ont commencé par s’incliner, puis se sont cassées, entrainant avec elles les câbles et lignes téléphoniques le long des routes.

Au matin du 19, nous n’avions à nouveau plus de courant. Nous n’étions pas seuls : la radio nous a appris que plus de 250 000 foyers etaient dans le noir. Des équipes de techniciens etaient appelées de Californie et d’Oregon. Les routes, glacées, etaient impraticables. Et il commençait a faire frais dans la maison. Les chiennes etaient intéressées par l’évolution des choses : plus de pattes s’enfonçant dans la neige. Elles pouvaient marcher sur la surface lisse de la neige, à présent recouverte de glace.


Tandis que le climat s’adoucissait progressivement le lendemain, nous sommes allés en début d’après midi au ravitaillement – et nous avions aussi envie de boire quelque chose de chaud ! Il faisait alors 57 dans le salon (14C). La neige sur la route s’était transformée en «slush», un mélange de neige fondue et de boue. L’occasion de constater que tout notre quartier était dans le noir. Même les grandes surfaces comme Walmart ou Target étaient fermés – c’est rare, ils sont ouverts jour et nuit toute la semaine et sont pourvus de générateurs. Les feux du carrefour ne marchaient pas. Apres quelques miles d’embouteillage, nous avons trouve un Starbucks ouvert (et très plein). Ah, le réconfort d’un Tall hot chocolate !


En fin d’après-midi, la lumière est revenue. Le téléphone est toujours coupé, mais comme nous avons nos portables et internet, ce n’est pas un problème. Pauvre Irvin… il aura passé sa journée d’anniversaire dans la demi-obscurité à l’ombre des stalactites.

au matin....
apres-midi: la branche s'est cassee sous le poids de la glace

Wednesday, January 18, 2012

13 centimètres et demi

Annoncée comme la tempête de neige la plus intense que le Pacific Northwest ait connu depuis ces 10 dernières années, la tourmente qui a atteint notre région dans la nuit a tenu ses promesses. Nous nous sommes réveillés sous 4 pouces et demi de neige (soit 13,5 cm, d’après mon double décimètre).


Les écoles avaient décidé de garder porte close. Bureaux, cabinets médicaux, magasins ont souvent fait le même choix. Les chaines de TV locales ont changé leurs programmes et ont montré des bulletins d’actualités toute la journée à la place de leurs programmes habituels.


Les enfants de notre impasse ont fait des bonshommes et des batailles de boules de neige. Quant aux chiennes, elles sont restées perplexes devant ce phénomène. La fraicheur de la neige leur plait, mais pour la première fois, elles se sont enfoncées dans la neige de toute la longueur de leurs pattes. Elles etaient intriguées et ont parcouru le jardin lentement, avec des mouvements malaisés.


Dans la soirée, j’ai aperçu un bref éclair vert dans le ciel et la maison – et tout le quartier – ont été plongés dans l’obscurité. Nous sommes rompus aux brusques coupures de courant qui surviennent de temps à autres [1] – mais c’est toujours un sursaut et l’arrêt brutal de la routine du moment. Nous dépendons de l’électricité pour tant de choses. La profondeur du silence est insolite. Nous allumons toutes les bougies à notre disposition. Et des lampes de poches. Nous écoutons la radio. Cette fois ci, ca n’a pas été très long : deux heures plus tard, la lumière est revenue. Ça tombait bien : ainsi Irvin n’a pas passé les dernières heures de sa cinquantième année dans le noir. Demain, c’est son anniversaire.


 
[1] Voir “Variations climatiques sur la colline” 2 novembre 2010

Tuesday, January 17, 2012

Des pouces de neige en chemin

«Une énorme tempête de neige» dit la météo. Bien sur, notre région au climat tempéré a tendance à paniquer des que les flocons se montrent. Parfois l’hiver en est totalement absent. Ce ne sera pas le cas cette année. Il a neigé abondamment depuis dimanche – nous avons même dû annuler le service dimanche.


Mais on nous promet que la dépression qui arrive par la cote Pacifique va battre des records : 4 à 14 pouces de neige devraient nous tomber dessus demain mercredi. Un pouce correspond à 2,5 cm. Voilà qui va réjouir certaines chiennes qui aiment gambader dans la neige fraiche… A suivre.

Mariage express

Une voix de femme, inquiète, au téléphone qui demande à parler au pasteur. C’était tôt ce matin. Notre numéro est aussi celui de l’église. J’ai craint le pire (je crains toujours le pire) mais heureusement, l’agitation perceptible de mon interlocutrice n’était pas due à un drame. «Il faut que je me marie aujourd’hui ! Est-ce que le pasteur peut nous marier ?» C’était délicat. En général, Irvin a des séances de premarital counseling avec les fiancés avant la cérémonie. Mais il lui arrive aussi de marier des Natifs, parfois de passage, pas toujours croyants, pour lesquels il est important d’etre unis par un des leurs – et ainsi peut se créer un point d’ancrage avec la foi chrétienne. Contrairement à ce qui se passe en France, les mariages célébrés par les autorités religieuses ont aussi force légale. 
 En ce jour enneigé, la conjonction d’une licence de mariage prête à expirer, des parents et témoins tous réunis, combinée de l’absence (à cause du temps?) du magistrat de la tribu Puyallup qui aurait pu officier aboutit à la suggestion de nous appeler. Mais l’accès à notre eglise était rendu périlleux par le verglas… C’est ainsi que toute la famille s’est retrouvée deux heures plus tard dans notre salon, autour de la mariée - une truculente femme tatouée, une force de la nature qui dominait les présents d’une bonne tête - et son fiancé.



La liturgie utilisée par Irvin, simple et touchante, a ému l’assemblée et j’ai passé des kleenex à la mère et aux amies de la mariée. «C’était vraiment bien. Dommage que je ne vous ai pas connu avant que je me marie», a regretté un des témoins. J’ai aimé la recommandation d’être unis tout en restant pleinement soi. «Soyez ensemble, tout en respectant l’espace sacré qui existe entre vous» (Be together and yet respect the sacred places between you. You are not alike. Celebrate your individuality. Be one in purpose, yet two persons.)


La bénédiction est poétique et inspirante :


Maintenant pour vous deux le vent du Nord ne souffle pas – vous êtes le refuge d’un de l’autre.
Maintenant pour vous deux, il n’y a plus de faim – chacun apporte ce dont l’autre a besoin.
Maintenant pour vous, l’obscurité n’existe plus – vous avez appris avoir avec votre cœur.
Maintenant, pour vous deux, la solitude a disparu – deux sont devenus un.

Now for you the North wind does not blow;

You are shelter to one another.

Now for you there is no hunger;

Each brings what the other needs.

Now for you there is no darkness;

You have learned to see with the heart.

Now for you there is no loneliness;

Two have become one.

Les mariés et leurs familles sont repartis sous les flocons.

Monday, January 16, 2012

L’expatriée a des racines

Younis, le petit cousin dont j’ai eu l’occasion de parler  va sur ses quatre ans et depuis la veille de Noel, il a un petit frère, Adam. Samedi dernier, nous étions invités par ses parents pour célébrer son arrivée.


Shawn
Chaque fois que j’ai l’occasion d’être en contact avec ma famille américaine, divers effets secondaires se produisent : gaieté durable, stimulation intellectuelle, et papilles gustatives comblées.

Ma cousine Danielle et son mari Imad ont fait des enfants délicieux et chaque fois que je les vois, le bonheur qui les environne est agréablement contagieux.
Ma cousine Shawn parle trois langues et elle voyage de par le monde, partie prenante de ce mouvement qui accorde des «micro-financements » et des bourses d’études, permettant à leurs bénéficiaires de réaliser leurs rêves et transformer leur vie.

Marisol et Adam
Samedi soir, j’ai aussi bavardé avec leur cousine Marisol, médecin en train de se spécialiser pour devenir psychiatre à Portland. Un superbe gateau portait l’inscription «Adam, Welcome to our World!»
En Septembre dernier, famille et amis étaient nombreux pour célébrer le 75ème anniversaire de mon oncle Jean-Loup dans un restaurant français de Seattle. L’ambiance était chaleureuse – c’était aussi l’occasion de bavarder avec mon cousin Marc, Hannah sa femme, et leurs deux enfants, Sébastien et Olivia qui grandissent si vite. Ils vivent à Los Angeles, ou vit aussi ma tante Marion, la mère de Marc. 

Danielle et Shawn avaient concocté un jeu de questions/réponses sur leur père, ses gouts, ses aversions, ses voyages, avec des prix cocasses aux invités ayant le plus de bonnes réponses. Ce fut l’occasion de découvertes sur mon oncle – et sur le monde qui nous environne. Je ne savais pas qu’il existait du chewing-gum aromatisé au foie gras, par exemple… (je n’ai pas gouté).

Je suis une expatriée qui a beaucoup de chance…

[1] “Younis a un an”, 7 Février 2009

Saturday, January 14, 2012

Ce corbeau est un renard

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Les traditions Natives, de tribus en tribus, ont souvent donné un rôle proéminent au corbeau, qu’on l’appelle crow ou raven, ou qu’on le surnomme trickster (celui qui joue des tours). Ils avaient repéré son extraordinaire intelligence.


Irvin et moi avons regarde un documentaire montrant deux équipes de scientifiques, une dans notre région, l’autre au Japon. Leurs recherches sur les corbeaux sont étonnantes.


Nous avons appris que les corbeaux ont une riche vie de famille. Les jeunes adultes des précédentes nichées aident les parents à élever les oisillons fraichement éclos. Ils communiquent par des séries de petits claquements presque mélodieux – le croassement sonore que nous connaissons est un cri d’avertissement.
Leur niveau d’intelligence (qui leur donne l’idée par exemple, d’utiliser des séries d’outil pour accéder a leur but - une tige pour attraper un petit bâton d’une longueur suffisante pour atteindre un morceau de nourriture) les place à égalité avec les simiens.


En d’autres termes, selon la science moderne, le dialogue imaginé par la Fontaine aurait peut-être dû se terminer à l’avantage du volatile…


Le lien ci-dessous permet d’accéder au documentaire, que l’on peut voir intégralement en ligne.


http://video.pbs.org/video/1621910826