Sunday, August 20, 2017

Et pourquoi pas « Phillippe » ?

Statues et Monuments suite.
Credit Margaux Deuley
Et s’il s’agissait de l’histoire française ? Justement, j’apprends qu’il existe à New York une plaque honorant « Phillippe »(sic) Pétain, posée en 1931 sur une portion de Broadway, surnommée « Canyon of Heroes » (1).

Le Maire de New York prévoit de la faire enlever. A-t-il raison ? a demandé un français sur un groupe facebook de compatriotes habitant les USA. Le débat a fait rage et est peut-être toujours en cours ! « Mais c’est le héros de Verdun ! » Et c’est évident, vu la date, que c’est à ce titre que la distinction a été accordée. « Oui, mais ensuite, il a fait des choix qui ont des conséquences tragiques pour la France » « et pour des millions de Juifs et de refugiés ».

Les statues et monuments racontent une histoire, qui n’est pas forcement l’Histoire. Et cette histoire peut-être tronquée, comme pour Pétain, ou biaisée voire mensongère. Prendre une décision sur le bien-fondé de sa présence, c’est réfléchir à cette histoire - ou Histoire.

Si la ville de New York veut enlever la plaque de « Phillippe » Pétain, qu’ils n’hésitent pas. Et pourquoi ne pas aussi enlever celle de Pierre Laval, qui se trouve à proximité ? Aucune décision n’a été prise à son sujet. Pour le moment. 

(1) http://en.rfi.fr/americas/20170818-new-york-remove-nazi-collaborator-petain-plaque

Saturday, August 19, 2017

Faut-il déboulonner ?

Credit Newsweek - New Orleans, May 2017
La semaine dernière, les manifestants de Charlottesville ont défilé avec des drapeaux sudistes, mais aussi des étendards Nazis, des emblèmes du KKK. Ils ont envahi le campus aux cris de « We will not be replaced » alternant avec « Jews will not replace us! »

Credit Vox 
Des manifestants reconnus 
Défilant à visage découvert, certains d’entre eux ont été reconnus par leur employeur et renvoyés. Leurs voisinages les ont rejetés. Ils font des déclarations désemparées via social media, les fiers manifestants devenus des petits garçons en larmes. « Ma vie est devenue un enfer ! »  Mais qu’imaginent-ils qu’ils revendiquent, avec un drapeau nazi ? Réalisent-ils que c’est à l’extermination et un enfer bien plus réel qu’ils appellent ?  

Ils prétendent alors qu’ils ne sont vraiment pas Nazis, pas du tout. Juste des Républicains – et des modérés ! Ils etaient juste là pour protester contre le déboulonnement de la statue du General Lee.
On se demande pourquoi ces doux républicains modérés sont restés au milieu de ces protestataires criant leur haine des Juifs …

Réviser le passé? 
Mais puisqu’il est question de statues, parlons en. Enlever les statues, cela ne signifie-t-il pas réviser l’histoire, effacer le passé ? C’est l’argument de certains, qui vont jusqu'à parler des actions des Talibans en comparaison.

Mais voilà : ces statues ne sont pas des monuments aux morts ou des représentations produites pendant ou à la fin de la guerre civile. La plupart d’entre elles ont été érigées bien plus tard, au début du 20eme siècle, lors des années d’or de la ségrégation. 

Il ne s’agissait pas tant de se souvenir du passé que de prétendre qu’il était toujours présent, une force d’intimidation et une façon d’affirmer que la guerre civile n’avait pas été perdue. Les statues martiales, représentant les généraux ou leaders sont tournées vers le Nord, face à une bataille imaginaire.

Talibans? Si les conseils municipaux, comme celui de Charlottesville, votent pour faire enlever ces monuments, de façon tout à fait démocratique et légale, pourquoi comparer cette action à celle de terroristes ?

Il n'en rate pas une.... 
Dans la série « il n’en rate pas une », le président a demande quelles seraient les prochaines statues a être menacées. Washington, Thomas Jefferson ? « Ils possédaient des esclaves ! » a-t-il argumenté, après avoir énoncé qu’il y avait des gens « tres bien » (very fine people) au milieu des manifestants. Les gens « très bien » que je connais ne restent pas au milieu de manifestations criant leur haine des Juifs, mais passons. Revenons-en aux statues.

Credit National Review
Oui, Washington, Jefferson possédaient des esclaves, comme la plupart des gens aisés de l’époque. Ce que célèbrent leurs statues sont leur œuvre de bâtisseurs d’une nation nouvelle. Pas le fait qu’ils avaient des esclaves. Les statues de la guerre de sécession honorent le fait que les leaders du Sud sont allés jusqu'à faire la guerre pour garder leurs esclaves, essayant de détruire en passant le travail d’unification de Washington, Jefferson et les pères fondateurs. On appelle ca une fausse équivalence.

« We will not be replaced! »
 Et bien si, manifestants néo-nazis. Vous avez été remplacés. Une marche pacifique eu lieu mercredi soir. Plus de mille personnes ont refait le trajet emprunté par les racistes. Ils portaient des cierges et chantaient des cantiques. 
Credit W.Kamau Bell

Monday, August 14, 2017

Non-américain

Toujours sous le coup des manifestations de vendredi et samedi à Charlottesville. Ces protestataires porteurs de drapeaux nazis comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, ou marchant sous les flambeaux au cri de « We will not be replaced ! » en faisant le salut hitlérien. 

Credit: Edu Bayer for the New York Times
Daily Mail 
Le KKK et les fascistes ensemble, hurlant leur désir de domination et leur contentement d’être soutenus au plus haut niveau de l’état.

L’impression d’une situation irréelle, tirée peut-être d’un film de science-fiction ? Je ne suis pas la seule à trouver la situation très…. non-américaine.



Et où était la police ? Des compagnies entières, armées jusqu’aux dents sont là quand des manifestations ont lieu pour protester contre la mort de jeunes gens (tous de couleur) tués par la police. Cette photo étonnante a été prise à Baton Rouge, en Louisiane.


A Charlottesville, où la manifestation avait été autorisée, donc prévue, des heurts étaient à craindre. Mais la police a été remarquablement discrète. Des miliciens, civils armés (le port d’armes est légal en Virginie) allaient et venaient librement. S’ils avaient été Noirs, ils auraient été aussitôt arrêtés, probablement tués.
Credit Raging Chicken Press
Et il revient à un auteur, Julius Goat, de trouver les mots dans une serie de tweets pour décrire l’ignorance des participants et l’arrogance de leurs protestations. J’en ai traduit des extraits. 

"Imaginez si ces gens avaient eu à subir une vraie oppression…

La loi n’a jamais….

   Asservi leurs arrière-grands-parents
   Volé leurs grands-parents
   Emprisonné leurs parents
   Et tiré sur eux alors qu’ils n’étaient pas armés.

Il n’y a jamais eu d’effort massif au niveau national et local pour les marginaliser et les décourager de voter. Il n’y a pas eu plusieurs siècles de science faussée consacrée à « prouver » qu’ils sont intellectuellement inférieurs. Il n’y a pas d’interdiction de voyager basée sur leur religion. Ils ne sont pas en danger quand ils portent des armes dangereuses publiquement.

Leurs églises n’ont jamais été brulées. Leurs pelouses n’ont pas été décorées avec des croix en feu. Leurs ancêtres n’ont jamais été pendus aux branches d’arbres.

Ils chantent « Nous ne serons pas remplacés ! » Remplacés… en tant que quoi ?

Je vais vous le dire.

Remplacés en tant que seule voix dans les discussions publiques. Remplacés comme seule présence dans les arènes publiques. Remplacés comme seules vies qui ont de l’importance.

C’est « L’oppression des Blancs ».  Nous étions la seule voix. Ce soir, nous avons juste un micro.
« L’oppression des Blancs ».  Nous avons à affronter des critiques maintenant. Nous n’avions pas à nous en soucier avant, les autres avaient peur des conséquences.

Les Chrétiens Blancs sont opprimés dans ce pays. Avant, Noël était la seule fête reconnue. Ce n’est plus le cas.

Je voudrais voir tous ces gens vivre dans l’oppression qu’ils prétendent vivre. Pendant une année. Juste pour voir.

Donnez-leur un monde où ils n’ont réellement pas le droit de dire “Joyeux Noël”. Un monde où la façon dont leur prénom sonne signifie que leur CV va être immédiatement jeté dans la poubelle. Un monde où leur salaire est réduit de 20% et les femmes autour d’eux leur disent de sourire d’avantage.

Donnez-leur un monde où ils n’héritent de rien, sauf de la compréhension de ce que l’oppression est vraiment.

Donnez-leur un monde où s’ils arrivent sur un campus dans la nuit avec leurs torches allumées et leur salut martial, la police leur arrachent les yeux."

Bête immonde. Ventre fécond. 

Saturday, August 12, 2017

Une semaine particulière

“Preparing for nuclear war…
Collusion with Russia…
Nazi violence in the streets… 
         Are we great again yet?”

Lu sur facebook. C’est une bonne question! Je ne suis pas de très près ce qui se passe en France, mais aux USA, nous avons eu une semaine sympa…

… qui a commencé avec les habituelles mesquineries à la tête du pouvoir : le vice-président Mike Pence, un ultra-conservateur, semble discrètement se préparer à lever des fonds pour une campagne électorale. 


Songe-t-il à se présenter contre Trump en 2020 ? (C’est même pas vrai, rétorque-t-il, c’est tout pour la campagne du Président ! Je veux dire lui, pas moi !)

… mais brusquement, nous avons dérapé dans un remake asiatique de la crise des missiles de Cuba avec la Corée du Nord dans le rôle-titre.
Notre Grand Stratège, en vacances dans le New Jersey, a aussitôt su quoi faire. Il a gravement prévenu que « feu et furie telles que le monde n’a jamais connu » se déclencherait si la Corée du Nord osait menacer les USA encore une fois.


Bien sûr, quelques heures plus tard, la Corée du Nord menaçait à nouveau les USA, prévenant que l’ile de Guam, territoire américain du Pacifique, serait la cible de leurs prochains essais.

Confirmant qu’il ne faut jamais prendre ses paroles au sérieux (ce qui est un soulagement, en l’occurrence) Trump est retourné à l’idée de sanctions (mais des sanctions vraiment très, très sérieuses). « On verra ce qui se passe, a-t-il conclu dans une conférence de presse improvisée. Personne ne souhaite plus une solution pacifique que Président Trump, je peux vous l’assurer. » (Il aime parler de lui à la troisième personne). 
Et ensuite, le Venezuela a été abordé, ainsi que la possible intervention militaire qu'il pourrait ordonner. Il parait que le Pentagone était surpris.…

… et vendredi soir, une manifestation d’extrême droite a eu lieu à Charlottesville (état de Virginie). Ça a commencé par une protestation contre une décision municipale d’enlever la statue du General sudiste Lee. 




Les drapeaux sécessionnistes se sont librement mêles aux étendards nazis et du KKK. 


La nuit venue, les protestants ont défilé aux flambeaux sur le campus de l'université, se sentant suffisent surs d’eux pour se montrer à visage découvert. 
Ce qui n’était pas une bonne idée. Leurs photos ont circulé. Certains d’entre eux, reconnus par leurs employeurs, ont perdu leur travail.


Une contre-protestation pacifique a eu lieu aujourd’hui (samedi), où le clergé, hommes et femmes en robes, était largement représenté.. 


Une voiture a foncé dans la foule. Une jeune femme est morte, 19 ont été blessés. Par ailleurs, un hélicoptère de la police s’est écrasé, deux morts.

Trump a fini par faire une déclaration suffisamment neutre pour ne pas déplaire à sa base d’extrémistes. « Nous condamnons de la façon la plus forte cet étalage outrageant de haine, intolérance et violence, de tous côtés. De tous côtés. Cela se passe depuis trop longtemps… »

“De tous côtés” : une expression qui a plu aux leaders d’extrême droite qui l’ont tweeté et retweeté en se frottant les mains. Le président condamnait tout autant les contre-manifestants que les fiers protestataires du KKK. Ce n’est pas une erreur. Il sait que c’est sa base, qui lui restera fidele quoiqu’il advienne, car jamais un autre président, même Républicain, ne les soutiendra comme il le fait.

Sauf peut-être le vice-président Pence. Alors que d’autres républicains ont condamné les protestataires racistes et leur violence, sa declaration est restée elle aussi vague et ambiguë. 

Are we great again yet? Plus que jamais, après cette semaine, ce sera à chacun de nous, américains, d’apporter notre propre réponse à cette question. 

Update : Mike Pence a fait une nouvelle déclaration aujourd’hui dimanche, dénonçant enfin les suprématistes et les extrémistes. 

Sunday, July 30, 2017

Alison et l’œuf à cheval

Déjeuner dans un restaurant du quartier avec mon amie Alison, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler.

Elle m’a prévenue, avant de se plonger dans la consultation du menu, qu’elle avait quelque chose à me dire, sous le sceau du secret.

Ah ?

Nous avons commandé, elle un « Faburgé » (habile jeu de mots du Chef, combinant « hamburger » et Fabergé, autrement dit un hamburger avec un œuf a cheval) moi une salade exotique avec une brochette de viande.



Et puis, elle m’a révélé le secret en baissant la voix.

« Je me suis inscrite à Weight Watchers ».

Alison est une belle jeune femme blonde, ronde et souriante, un chapelain très appréciée dans l’hôpital où elle travaille.

J’ai ri.

« Wow, je suis choquée !  Et tu me dis ça - comme ça, sans aucun préambule ? Je crois que j’ai senti un léger tremblement de terre quand tu as prononcé ces mots… »

Alison a ri elle aussi.

« OK, ce n’est pas un secret trop sinistre, mais un secret quand même parce que je ne veux pas que ma famille le sache. »

Sa famille habite sur la côte Est. Je ne les ai jamais rencontrés.

Elle a poursuivi : « Tu sais comment ils sont… »

Alison et moi étions « chaplain interns », aumôniers stagiaires, quand nous nous sommes rencontrées, donc nous savons beaucoup de choses l’une sur l’autre. Une grande part de ces stages consiste à parler de nos familles et analyser ensemble nos réactions en présence de patients pour comprendre comment notre passé nous influence.

Les parents d’Alison, éminents, élégants et bien sûr minces, ont toujours considéré les rondeurs de leur fille avec tristesse et désapprobation.

« Oui, je me souviens, mais justement, ils seraient contents de ta décision, non ? »

« Exactement. Ils vont espérer qu’en quelques mois je devienne une gazelle et la prochaine que nous nous verrons, ce sera « tiens, je pensais que tu aurais perdu plus de poids, que ca se verrait d’avantage… tu es sure que tu fais les choses comme il faut ? » Je préfère ne rien dire. »

Une fois ce point acquis, nous avons parlé de Weight Watchers.

« Je crois que c’est quelque chose que je peux faire », dit Alison gaiement, tout en dévorant son Faburgé. Elle était a jeun depuis la veille. Le jaune s’épanchait généreusement dans son assiette. Ma salade se révélait décevante.

« Alors, tu as des points, une trentaine par jour, qui sont calculés en combinant les calories, les grasses saturées, les sucres et protéines de chaque aliment. Les légumes et fruits sont gratuits, enfin 0 point. Il ne faut pas abuser, évidemment…. »

J’ai souri en regardant son assiette.

« Et après avoir mangé ça, tu sais combien de points il te reste pour ce soir ? »

« Non, en fait je n’ai pas encore regardé. Je voulais jeter un œil ce matin… mais j’ai été appelée aux urgences plusieurs fois. Attends, on peut le faire avec un téléphone… »

Elle a sorti son iphone. Instinctivement, j’ai saisi mon Android. J’ai cherché « nutritional values – hamburger with egg » et je lui ai donne les chiffres.

« Calories : 1200… (petit cri étouffé de Alison) Saturated fat : 225g… Sucre …. Proteines 67 gr… » « ça, c’est bien, ça va faire diminuer les points »

Après un instant, Alison a regardé l’écran de son téléphone, choquée. « 89 points !!! »

« Tu te rends compte ! Je viens de manger trois jours de points avec ce stupide burger ! »

Moment de silence pendant lequel elle a continué à regarder l’écran…..

Quelques jours plus tard, coup de fil d’Allison.

« Pad Woon Seen ! » a-t-elle annoncé sans préambule.

J’ai cru un instant qu’elle s’était mise à parler français et m’annonçait qu’il n’y avait « pas de…. » Mais en fait, elle partageait une bonne nouvelle.

« C’est un plat Thai, des nouilles – des vermicelles de riz en fait. Avec des légumes, des morceaux de poulet, crevettes, ce que tu veux. Tu trouves ça dans tous les restaurants thaï des environs… »

Notre région étant la plus proche du continent asiatique, nous avons des restaurants d’inspiration japonais, thaï, vietnamiens ou coréens un peu partout.

« Je peux aussi trouver des recettes en ligne, a ajouté Allison. L’important, c’est qu’il reste des choses que j’aime et que je peux manger. Tu sais combien de points pour un Pad Woon Sen, une pleine assiettée ? 11 ! 11 petits points ! »

Je l’ai entendue soupirer d’aise avant de poursuivre.

« L’important, surtout quand on a faim… c’est de pouvoir penser à quelque chose qu’on aura plaisir à manger… Impossible de faire un régime longtemps si on n’a pas ça. »

Elle a raison. Un régime – ou un effort dans tout domaine – ne peux durer longtemps sans espoir.

Wednesday, July 12, 2017

Entre deux nuages

Fin de notre séjour à Talmaks. Sous un ciel menaçant, après avoir fait nos adieux à la famille d’Irvin,  nous avons rendu la voiture de location (couverte de la poussière des chemins de Talmaks) et embarqué dans le « pick up » de la compagnie – un véhicule si haut perché que l’on a l’impression de faire de la varappe pour grimper dedans – qui nous raccompagnait au petit aéroport de Lewiston.

L’avion, un « commuter » d’une quarantaine de places, n’était pas plein. Il décolla sous la pluie. 

J’ai pris une photo de la jonction des deux rivières, la Clearwater et la Snake river. 


Et puis… un bref éclat de lumière blanche. La foudre ? (Ciel, l’avion est-il en danger ?) ou un court-circuit ? (Ciel, l’avion est-il en danger ?) L’avion a paru tomber comme une pierre. Une petite fille a poussé un cri perçant. « Veuillez garder vos ceintures de sécurité » a commenté le capitaine.

Apres quelques minutes de perturbations, nous sommes arrivés au dessus des nuages et le reste du court voyage jusqu'à Seattle s’est passé paisiblement… pour les autres.

L'arme secrete contre les nausees... 
Moi, cramponnée à mon tube de Vicks Inhaler, intense et efficace pour combattre les nausées, mal au cœur et autres mal des transports, j’essayais de ne pas avoir besoin du sac en papier renforcé qu’Irvin avait placé entre mes mains. Les yeux fixés sur l’espace blanc des nuages, je parlementais avec mes intérieurs.
« On se calme, tout va bien, tout le monde reste en place là-dedans…  Personne ne bouge ! »

Lorsque nous avons commencé notre descente sur Seattle, j’ai admiré sans retenue le train d’atterrissage parfaitement visible de nos sièges. 
J’étais si contente de le voir !

C’était le début de la soirée à Seattle. Il faisait encore clair, les nuages vaporeux dans le ciel bleu… Le bonheur, ça peut etre le soulagement simple d’avoir les deux pieds sur la terre ferme, de retour chez soi.




Saturday, July 8, 2017

Déjeuner à Winchester


Lundi, avant notre départ de Talmaks, nous sommes allés déjeuner à Winchester, la ville voisine. La petite ville est née au début du 20eme siècle après l’ouverture par le gouvernement de la réserve Nez Perce aux non-Indiens (1895). En 1900, quand la petite communauté cherchait un nom, un des participants a remarqué une pile de fusils Winchester a proximité et fait une suggestion. Winchester, Idaho était né.


Nous avons déjeuné dans un petit restaurant cultivant son apparence de western, où le propriétaire, un homme à la longue moustache blanche, tenait tous les rôles : cuisinant, servant les clients puis passant à la caisse le moment venu (argent liquide ou chèque, pas de cartes de crédit).


Dans une petite ville comme Winchester, sur la réserve, mais en grande majorité non-Indienne, la coexistence avec les Natifs est dépourvue de chaleur. 

Les non-Indiens voudraient voir disparaitre les privilèges des Nez Perces qui sont le résultat des traités avec le gouvernement : droit de pêcher et de chasser, assurance-maladie, souveraineté de la réserve…  Selon eux, puisque les Nez Perces aujourd’hui n’ont plus besoin de pêche ou de chasse pour leur survie au quotidien, pourquoi ces droits ?

Mais ces traités n’ont pas de limite dans la durée. Et ces droits sont peu de choses en regard de tout ce qui a été dérobé à la tribu.

Une station-service et une supérette, appartenant à la tribu ont été ouvert récemment à Winchester. Le prix de l’essence est un peu moins chère, car certaines taxes ne s’appliquent pas sur la réserve. L'essence s'achete par gallons (4 litres environ). 

Un rappel que les armes y sont interdites n’est sans doute pas inutile quand la ville s’appelle Winchester !