Monday, February 26, 2018

24 tomates


Notre dernière vente de Indian tacos, a la Church of the Indian Fellowship, a été un succes! Beaucoup d’amateurs de fry bread, cette spécialité Native qu’on retrouve d’une tribu à l’autre avec des variantes, sont venus nous rendre visite ! J’ai déjà eu l’occasion de parler des Indian tacos ici ou


Cette fois ci, April, une de nos Elders, a cuit le bread avec l’aide de deux de nos jeunes membres, Angelina et Elizabeth pendant que je servais les clients avec l’aide de notre deacon (diacre) Monique. Un autre de nos Elders, Tony, avait préparé la pâte à l’aube ce matin-là. Irivn était à la caisse. 

Quel plaisir de voir nos amis, et aussi de nombreux employés qui travaillent pour la tribu Puyallup dont les bureaux sont tous proches, venir déjeuner avec nous, ou emporter leurs Indian tacos – pour eux et de nombreux collègues – avec eux.

Ensuite Irvin et moi nous sommes retrouvés avec deux caissettes de tomates fraiches (24 au total) sur les bras. Problème de communication : un téléphone portable qui cesse de fonctionner juste au moment où Irvin allait m’apprendre qu’une autre personne s’était portée volontaire pour apporter les tomates, qui, découpées en cubes, font partie des ingrédients de l’Indian tacos. Donc je les ai achetées aussi. 


Et maintenant, j’essaie de leur trouver toutes les utilisations possibles pour les consommer avant qu’elles ne perdent leur fraicheur.

Le soir de notre vente d’Indian tacos, donc, quand nous rentrons fatigues à la maison et sentant fort la friture, j’ai trouvé une bonne recette de potage à la tomate. Elle vient du site culinaire « 12 Tomatoes » le nom est prometteur… 


Cette recette propose de rôtir les tomates avant de les transformer en soupe. Autre heureuse suggestion : des tranches de pain, dont un des côtés est badigeonné d’huile d’olives, quelques minutes sous le grill du four. Une fois dorées, on les retourne, on ajoute du fromage râpé, et de nouveau sous le grill jusqu’à ce que le fromage fonde. Il suffit ensuite de les assembler deux à deux pour avoir un « grilled cheese sandwich » (très populaire ici) ou les couper en cubes pour en faire des croutons à parsemer sur la surface du potage chaud.
La recette peut être trouvée ici : http://12tomatoes.com/shared-ultimate-comfort-soup/ 


Plus que 18 tomates à utiliser…. A suivre !

Saturday, February 17, 2018

Julie et les éléphants


En septembre dernier, le mariage de ma nièce Julie et de Quentin avait lieu. Oui, j’étais présente –vêtue de ma robe liturgique et tenant pour la première fois un rôle pastoral devant ma famille française. ((émotion mêlée de fierté pas du tout Calviniste)).

Quelques mois plus tard, Julie devenait officiellement vétérinaire et était engagée par le Musée de l’homme, dans leur département de recherches où elle avait effectué son dernier stage. 

Sa mission de trois ans : étudier les éléphants. Cela implique d’aller séjourner dans leur habitat quatre mois par an. Dans des moments comme celui-là, comment ne pas regretter que des hordes d’éléphants sauvages ne vivent pas dans mon coin, peut-être dans la rain forest de la péninsule Olympique de l’état de Washington ?  

Julie sur le depart - toutes les valises ne lui appartiennent pas! 
C’est en Ouganda, au nord du parc national de Kibale, que se trouve la station de recherche où Julie est arrivée à la fin du mois de  janvier. Partie avec une amie qui, elle, va étudier les chimpanzés, elle s’est envolée pour Entebbe via Bruxelles. Nous la savons bien arrivée et recevons de ses nouvelles collectivement quand internet veut bien fonctionner.

Un petit elephant rencontre dans la foret. 

Sa mission est d’étudier les éléphants – et elle s’est rapidement mise à l’œuvre en découvrant dans la forêt avoisinante le squelette d’un éléphant probablement mort 6 mois auparavant. Mais elle est aussi chargée d'étudier avec les fermiers des environs les dégâts que ces animaux causent aux récoltes en les traversant.

Elle a ainsi rencontré des habitants des villages voisins, leur a posé des questions sur leur vie, leur travail dans les champs, la façon dont les éléphants posent un problème et s’ils ont trouvé des moyens d’y remédier.

Elle s’est ainsi trouvée en présence de détresse et de frustrations. Car certains de ces villageois voient depuis une dizaine d’années les éléphants causer des dégâts considérables à leurs récoltes. Des scientifiques viennent, les interrogent - mais ils ne sont pas là pour améliorer la situation, mais pour leurs recherches. Les habitants locaux ont, et on les comprend, le sentiment d’être les grands oubliés de cette recherche à laquelle ils ont contribué.

Le projet de Julie se situe dans un cadre différent qui comprendra une aide concrète. Cependant, elle ne peut pas encore en parler : tous les papiers ne sont pas signés, les financeurs du projet ont encore des réponses à apporter. En conséquence, elle ne sait pas non plus quand cette partie de son travail commencera.
La station de recherche
Quant au quotidien à la station, il a des hauts et des bas. L’eau et l’électricité sont intermittents : la route qui traverse la forêt est en construction pour être élargie. Les canalisations qui véhiculent l’eau sont enfouies le long de la route et subissent les conséquences d’être si près des travaux. L’eau est souvent coupée. En pleine saison sèche, la pluie est rare. Cela signifie que les chasses d’eau et les douches deviennent des luxes qui ne sont possibles que lorsqu’une averse survient ou que l’eau est rétablie.

Mais cela ne semble pas avoir de conséquence sur l’enthousiasme de Julie, qui est ravie de ses découvertes – qui comprennent la rencontre avec un caméléon, Jérôme. 
Jerome 
Jérôme a passé quelques jours avec Julie et son amie, mais après une confrontation avec une colonne de fourmis, il a été mis a l’abri dans un bananier voisin. (Toutes les photos d'Afrique sont prises par Julie). 
A suivre… 

Sunday, January 14, 2018

Quelqu’un doit être viré pour ce coup-là !


Exclamation d’une amie qui a grandi à Hawaii et y passe deux mois tous les ans, de janvier à mars. Elle se promenait sur une plage de Maui hier matin quand elle a recu le message d’alerte au sujet d’un missile en route pour l’archipel sur son téléphone portable. « Ce n’est pas un exercice » disait le message, tout en recommandant à chacun de se mettre à l’abri.

A mi-chemin dans l’océan Pacifique entre la péninsule Coréenne et le continent américain, Hawaii vit depuis des mois dans la crainte d’un missile. La panique a été instantanée. Rétrospectivement, chacun s’interroge. Pourquoi a-t-il fallu 39 minutes pour faire savoir que c’était une fausse alerte, une erreur humaine ? 

Reuters
 « Nous sommes sains et saufs mais quelle expérience !!! » a commenté Karen sur Facebook. « Des familles qui attrapent leurs enfants et quittant la plage en courant, des voitures qui n’obéissent plus à la signalisation, des bureaux et des magasins qui ferment ou disent à leurs employés de ne pas venir travailler… »  

Dans nos journaux locaux disponibles en ligne, des mères de famille encore sous le coup de l’émotion racontent les longues minutes passées le plus loin possible des fenêtres donc dans leur salle de bains, avec leurs enfants et le chien, tentant d’expliquer la situation sans mentir mais sans affoler. « Quand deux pays ne s’entendent pas… »

Anthony Quintano/Civil Beat/AP
Le président faisait un parcours de golf en Floride au moment de l’alerte. On lui a reproché de continuer à jouer. Mais a-t-il été prévenu de la fausse alerte au moment ou elle s’est produite ? s’interrogent les journalistes. Après tout, aucun missile n’était en route. 

Bien sûr, des facétieux sur twitter ont tiré leurs propres conclusions. « Heureusement qu’il jouait au golf… s’il avait regardé Fox News lui disant de riposter à l’attaque de missiles, on aurait peut-être la troisième guerre mondiale sur les bras… » 

Monday, January 1, 2018

C'est le moment....

Et c’est le moment où « l’an prochain » devient le présent…. 
Et le moment de se réinventer 
et de créer sans retenue. 



Dieu nous a créés avec une imagination, 
Dieu nous a créé créateurs, 
à son image (Genèse 1 :27).
A nous de faire fructifier 
cette étincelle divine en 2018 ! 


Saturday, December 30, 2017

La planète Mars peut aller se rhabiller !

Dessin de Sandra Boynton 
Il fait froid dans le nord du continent américain. Plus froid que jamais... les températures dégringolent, Celsius et Fahrenheit tombent d'accord pour convenir que c'est du glacial à faire ressusciter les mammouths laineux. 

Newsweek révèle dans la foulée[1] que la planète Mars est plus tiède que certaines régions du continent Nord-Américain. Il fait -23C sur les endroits les plus chauds de Mars. Montréal a atteint des températures plus basses ces jours-ci. En ce moment, l’état du Minnesota est au coude a coude avec Mars. Dans un parc de Minneapolis, la chute d’eau Minnehaha, d’une hauteur de 30 mètres environ, a même gelé de tout son long, comme le montre cette photo insolite. Oui, on se sent un peu sur une autre planète….
 
Credit Eric J. Magnusson 
Et nous, du côté de Seattle ? Nous avons eu quelques jours un peu froids, de la neige pour Noel. Tout cela a évolué à la façon habituelle : légère hausse des températures, les bonhommes de neige deviennent squelettiques, la pluie arrive et s'installe pour la semaine. On ne va pas se plaindre de ne pas joindre les records de froid interstellaires, nous savons que ces températures extrêmes mettent les plus démunis à rude épreuve. Mais quelque part, l'enfant en nous aimerait faire partie de ce qui sort de l’ordinaire…

Pour se réchauffer facilement, les tweets de l'occupant de la Maison Blanche (en vacances en Floride pour le moment) font merveille. La moutarde monte vite au nez, un appendice vulnérable au gel si on ne le couvre pas. Ainsi, Donald ironise sur ce grand froid, qui contredit, selon lui, le réchauffement du climat qu'il a toujours nié. 

In the East, it could be the COLDEST New Year’s Eve on record. Perhaps we could use a little bit of that good old Global Warming that our Country, but not other countries, was going to pay TRILLIONS OF DOLLARS to protect against. Bundle up!

Prétendre que le réchauffement climatique n'existe pas parce que, là où nous sommes, il fait froid, c'est un peu comme sortir de table, rassasié, et décider que la faim dans le monde est un mythe. 

D'ailleurs, le sait-il, ou prétend-il l’ignorer ? Ce réchauffement général, en grande partie causé par l'homme, provoque des étés étouffants et des hivers glacés - nous ne sortons pas des symptômes décrits pas les scientifiques. Et l’argent qu’il prétend économiser en sortant du traité de Paris n’a jamais été exigé des USA, le traité prévoyant que chaque état fixe sa propre contribution librement.

Hélas, le microclimat du côté du bureau ovale reste égal à lui-même : pluies de suffisance, blizzard pour dissimuler les vraies intentions, tout le pays avance sur des routes verglacées…

Là-bas plus qu'ailleurs : vivement le printemps...

Credit Huffington Post 

Sunday, December 24, 2017

Jean-Paul Sartre et la Crèche de Noel

« Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français.
Des prêtres prisonniers demandent à Jean-Paul Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël. Sartre, l'athée, accepte. Et offre à ses camarades ces quelques lignes magnifiques.
"Vous avez le droit d'exiger qu'on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l'Enfant Jésus. L'artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n'avez qu'à fermer les yeux pour m'entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
La Vierge est pâle et elle regarde l'enfant. Ce qu'il faudrait peindre sur son visage, c'est un émerveillement anxieux, qui n'apparut qu'une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l'a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » !
Mais à d'autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d'une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu'est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu'on a faite avec leur vie et qu'habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n'a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu'elle peut imaginer. Et c'est une rude épreuve pour une mère d'avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu'il y a aussi d'autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu'il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c'est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».



Et aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui vit, et c'est dans ces moments-là que je peindrais Marie si j'étais peintre, et j'essayerais de rendre l'air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.



Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu'une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d'adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu'il souffre sans se l'avouer. Il souffre parce qu'il voit combien la femme qu'il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l'intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j'imagine, sera d'apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d'adorer."
(Extrait de "Baronia ou le Fils du tonnerre", le texte se trouve intégralement dans l'ouvrage "Les écrits de Sartre" de M. Contat et M. Rybalka, NRF 1970).


Merci Yann, pour avoir partagé ces lignes étonnantes sur Facebook. 

Friday, December 22, 2017

Des racines, des ailes et du français

J’en ai appris de belles sur Notre Dame de Paris. La façade de la cathédrale penche vers l’avant d’environ 30 centimètres, une tangente probablement survenue au 13eme siècle et qui ne s’est pas poursuivi depuis. 

Viollet le Duc, en restaurant la cathédrale au 19eme siècle, a ajouté les apôtres en cuivre, aux pieds de la flèche, et s’est représenté lui-même en St Thomas, patron des architectes. 

Alors que les apôtres regardent vers l’horizon, St Thomas se retourne pour admirer la flèche. 


La couronne d’épines, la vraie, se trouve nous dit-on parmi les reliques de la cathédrale, protégée par des métaux précieux et des pierres fines.


Tout cela, je l’ai appris grâce au cours de français que j’anime le jeudi soir. Ce n’est pas tant un cours de français qu’un cours de prononciation française. Après tout, si vous prononcez correctement, vous serez compris, même si vos phrases ne sont pas parfaites.

J’ai donc cherché différents moyens d’aider mes étudiants, aux niveaux les plus divers, à prononcer correctement – une question de rythme avant tout, l’accent tonique est essentiel pour la compréhension du mot - tout en passant un bon moment ensemble.

Nous avons chanté. Je cherchais semaine après semaine une bonne chanson sans trop d’argot, où le chanteur ne mange pas ses mots, avec des verbes au présent, autant que possible. On trouve beaucoup de conditionnel, d’impératif et de subjonctif passé quand on fredonne en français !

Non, je ne regrrrrette rien, avons-nous chanté, elle voudrait, si je le permets, déjeuner en paix, je t’aime tu vois, mais tu ne le sais pas, tous les garçons et les filles de mon âge se promènent dans les rues deux par deux… Nous avons chanté « la bombe humaine, tu la tiens dans ta main, tu as un dé-to-na-teur juste à côté du cœur » …

Nous avons regardé ensemble « La grande vadrouille », dont je transcrivais les dialogues que nous lisions ensuite ensemble. Résultats mitigés… mes amis américains avaient du mal à comprendre pourquoi « Il n’y a pas d’hélice, hélas… » « c’est là qu’est l’os » était si drôle…


Finalement, nous avons trouvé exactement ce qu’il nous fallait : les documentaires « Des racines et des ailes » que l’on trouve sur Youtube. D’une durée de 30 minutes, nous les découvrons le long de 8 à 10 semaines de leçons.

Nous avons visité le Louvre et appris son passé de château, prison et coffre-fort des rois du Moyen-Age avant qu’il devienne leur demeure puis le musée que nous connaissons. [1]
  


Nous nous sommes promenés à St Malo, avons visité des « malouinières » dans son arrière-pays et les iles en face de son rivage, et appris la réalité de sa destruction presque totale lors de la dernière guerre mondiale.[2]


Et nous venons donc de terminer « Notre Dame, au cœur de l’histoire »[3] une merveille qui montre la cathédrale et les rues qui l’entourent telles qu’on pouvait les trouver au Moyen Age, la cathédrale peinte de couleurs vives et les rues tout autour d’elles encombrées de petites maisons et de boutiques.

Alors voilà, grâce aux racines et aux ailes, mes élèves apprennent à mieux prononcer le français et moi… j’apprends à mieux connaitre mon pays lointain.


Friday, November 10, 2017

La Toussaint entre deux mondes


La semaine dernière, c’était la Toussaint, le jour des Morts, et ces lignes, écrites par la peintre, auteur et poète Jan Richardson, parlent de deuil et aussi de l’étonnante proximité que nous conservons avec ceux qui nous manquent tellement…

« Une des choses que j’ai appris rapidement après la mort de Gary, c’est que la mort déchire nos cœurs pour les exposer à l’éternité. Nous ne sommes plus seulement les résidents de ce monde. Nous ne nous mouvons plus seulement dans le présent. C’est un des effets étranges et beaux de l’intensité du deuil.

Même si je continue à mener ma vie dans ce monde ci, je suis consciente de façon aigüe que mon cœur est attaché à quelqu’un qui vit dans l’au-delà. Et cela signifie que mon cœur vit à la fois à l’intérieur et au-delà des frontières de ce que je vois et connais de ce monde.

C’est la Toussaint et je pense à la signification de ce nom, de ce jour – comment nous vivons dans ces deux mondes.
Sauf que ce ne sont pas vraiment deux mondes. D’une certaine façon, le présent et l’éternité sont liés l’un à l’autre par un profond mystère. C’est un jour où se souvenir que, même dans la douleur de la perte la plus cruelle, nous vivons dans un seul univers et la mort ne nous empêche pas de rester en relation l’un avec l’autre. C’est une bénédiction.

Le jour de la Toussaint, alors que le deuil nous fait tout à la fois souffrir et célébrer ceux qui nous manquent tant, puissions-nous être conscients de leur présence à nos côtés ; ils protègent notre cœur de leurs mains et nous entourent farouchement de leur amour persistant, au-delà du temps et de la distance. »


Une bénédiction qui défie le temps 

Ce que je veux vraiment vous dire
c’est de juste laisser cette bénédiction
sur votre front
sur votre cœur ;
laissez la reposer
dans la paume de votre main,
parce qu’il n’y vraiment rien de plus
que cette bénédiction pourrait dire,
aucun mot qu’elle pourrait offrir
pour combler ce vide.

Laissez cette bénédiction
faire son chemin
en vous
avec ses lignes
qui contiennent presque
des lamentations inexprimables

Laissez cette bénédiction
s’installer en vous
avec ses espoirs
plus anciens
que la connaissance

Ecoutez comment cette bénédiction
n’est pas venue seule –
elle fait écho
aux voix de ceux
qui vous accompagnent
qui sont à vos côtés à tout moment
qui continuent de vous murmurer
cette bénédiction.

Ecoutez comment ils
ne cessent pas
de marcher avec vous,
même quand l’obscurité
est la plus profonde.

Ecoutez comment ils
vous entourent toujours –
ils vous soufflent cette bénédiction
ils sont cette bénédiction
toujours.

-      Extrait de The Cure for Sorrow : : A Book of Blessings for Times of Grief de Jan Richardson, Images "the Longest Night" and "the Advent Door" by Jan Richarson
Cliquer sur ce lien pour lire ces lignes en version originale.



Sunday, November 5, 2017

Une page se tourne

Dernier dimanche de septembre, quelques jours après mon retour de France.

J’écoutais le sermon de Aaron, le « senior pastor » de UPPC, la grosse église où j’occupe la position de « Director of Spiritual Formation » depuis bientôt 4 ans.

A partir d’une photo de la célèbre fresque de Michel Ange, il montra les différences de posture entre Dieu, le bras tendu, déterminé à atteindre sa créature, et Adam, rêveur, presque languide, nettement moins motivé à établir ce contact essentiel.



Je n’avais jamais remarqué l’attitude nonchalante d’Adam.

C’est à ce moment-là, à ma propre surprise, qu’une idée s’est imposée dans mon esprit – une évidence. Il est temps de quitter UPPC. Tu te demandais si tu devais être pasteur ou aumonier ? Tu n’es ni l’un ni l’autre ici. Il est temps d’aller de l’avant.

En sortant du culte, j’étais prête à donner ma démission. Et puis je me suis dis : ne nous précipitons pas.

Deux semaines plus tard, j’étais convoquée par Aaron et il m’apprenait qu’à la suite d’une baisse de revenus de l’église - moins de contributions des paroissiens - plusieurs postes avaient été supprimés. Dont le mien. 

J’ai eu l’impression de recevoir une gifle. Ego frappé de plein fouet. Quoi, ils choisissent de se passer de moi ? 

« Ce n’est pas une question de performance, assurait Aaron. L’équipe des Ressources Humaines a éliminé tous les postes qui ne sont pas à plein temps. » J’étais ¾ temps mais comme chacun ici, je ne comptais pas mes heures.

« Si tu dois détester quelqu’un, ajouta Aaron la main sur le coeur, plus à l’aise avec les fresques de la Renaissance, déteste-moi. »
Suis-je donc si immature à tes yeux, Michel Ange ? Je n’ai pas besoin d’un bouc émissaire. Et si j’en voulais un, je le choisirais moi-même.

Mais je ne voulais pas laisser l’amertume m'envahir. De fait, une paix intérieure m'a gagnée tandis que je mentionnais que j’ai beaucoup appris à UPPC, qui a aussi été le lieu de mon ordination.

Paix intérieure et soulagement. Serais-je jamais partie de moi-même ? Je l’ignore. Quitte-t-on facilement une église où on travaille si confortablement, entouré de gens qu’on aime ?

Une page se tourne. Dans notre Pacifique Northwest où le brouillard est fréquent, je ne suis pas sûre de la direction à prendre.

Adam était-il si nonchalant, finalement ?



Mettons-nous a sa place. Pourquoi pas plutôt désorienté, inquiet de ne pas être à la hauteur ? Ce n’est pas si facile d’être le premier humain… ou d’identifier le chemin à suivre au milieu de la rain forest…

Mais il y a aussi du plaisir, mêlé d’adrénaline, à explorer les premières pages du nouveau chapitre qui vient de commencer.





Friday, September 29, 2017

Pierre de Mareuil, aumônier du ciel

Retrouver un ami que l’on n’a pas vu depuis 20 ans après un vol Seattle/Paris de 9 heures est une leçon d’humilité.  Je sors toujours de ces vols pâle et fripée, avec cette fatigue qui donne l’impression qu’on flotte à l’intérieur de son propre corps… Et je n’ai pas rajeuni, évidemment, depuis la fin du siècle dernier, l’époque où j’étais étudiante avec Pierre à la faculté protestante de théologie de Paris.

Pierre est aumonier à l’aéroport Charles de Gaulles et il est étonnamment semblable à lui-même. Même sourire éclatant, même silhouette élancée pourvue de longues jambes qui lui permettent aujourd’hui d’accompagner les âmes égarées vers leur porte d’embarquement et/ou le rivage du réconfort spirituel. Nous nous étions donnés rendez-vous via la messagerie de Facebook.

-     Tu n’as pas du tout changé ! a-t-il déclaré, établissant d’une phrase qu’il était à la fois un gentleman plein de tact et un sacré menteur.

Nous nous sommes retrouvés devant un petit-déjeuner dans la vaste cafeteria du personnel où nous sommes entrés par une porte blanche sans aucun signe apparent.

Pierre parle anglais couramment. Irvin a expliqué son travail au sein de l’église presbytérienne où il soutient les églises Natives où qu’elles se trouvent aux USA, et Pierre nous a demandé si nous avions entendu parler des Indiens Toba.

Pierre a passé un an en Argentine pendant le cours de ses études et c’est là-bas qu’il a appris l’histoire de cette tribu Native qui a découvert l’Evangile grâce a un missionnaire itinérant qui a su communiquer avec eux sa passion pour Jésus.

Les missionnaires qui ont suivi et pensaient « tout leur apprendre » ont été accueillis avec des requêtes très précises. « Nous sommes déjà organisés en paroisses mais nous avons besoin d’en savoir plus sur la Bible ». 

« Ce sont les Tobas qui nous christianisent » a commenté l’un de ces missionnaires, impressionné.

Pierre a écrit son mémoire de maitrise sur les Toba, et en anglais ! Irvin et moi avons hâte de le lire.

Pierre n’est pas seul dans cet aéroport de 32 kilomètres de superficie. Un imam, un rabbin, un prêtre et plusieurs pasteurs veillent avec lui en bonne intelligence sur les voyageurs et ceux qui travaillent sur les lieux, n’hésitant pas à parcourir des kilomètres pour se trouver là où ils peuvent être utiles[1].

Savoir qu’ils sont présents tous les jours au milieu du stress, de l’inquiétude et des drames qui peuvent se produire est réconfortant…