Sunday, September 2, 2012

AC s’oriente


Une fois mon identité et ma non-toxicité établies, j’ai reçu un badge qui permettra de m’identifier quand je me déplacerai dans l’hôpital.
La responsable de la sécurité, qui a pris un cliché (particulièrement peu flatteur) de mon visage, a trébuché sur la prononciation de mon prénom qu’elle devait faire figurer sous la photo. Cela arrive fréquemment (Annacicill ? Anncelice ?) et j’ai proposé de me faire appeler par mes initiales, AC, ce que font déjà de nombreux amis et toute la famille d’Irvin.

AC, prononcé à la française, n’est pas très accueillant. Mais à l’américaine, ça donne «eille-siiii » nettement plus ouvert.

L’étape suivante fut la journée d’orientation. J’étais avec Su, mon amie Coréenne, sélectionnée elle aussi pour cette residency, et une soixantaine de nouveaux employés de tous départements.

L’orientation avait lieu de 8h à 16h. Une bonne partie de ces heures était consacrée à la description des valeurs du nouvel employeur. Je me suis parfois assoupi en sursaut… Plusieurs des nouveaux employés ont été amenés à essayer des combinaisons isolantes, créant une soudaine impression de science-fiction, ça m’a ragaillardie.

L’après-midi, la sécurité des patients était à l’ordre du jour, et on nous a appris à manipuler un extincteur et à transporter des malades alités en cas d’évacuation. Dans une région sismique ombragée par un volcan en activité, ça peut etre utile.



 










Demain premier lundi de Septembre, c’est Labor Day, la fete du travail, un jour férié. Mardi sera la première journée de la residency, et une nouvelle orientation en perspective, cette fois ci juste pour les chaplains résidents. A suivre…

Saturday, September 1, 2012

Chic, je ne suis pas une félonne!

Pas une seule goutte de pluie pendant le mois d’Aout ! C’est un record battu et dans notre contrée connue pour son humidité, chacun se tourne vers les nuages, désorienté et presque inquiet.

Si le changement est dans l’air, ce n’est pas du coté de la météo mais de la rentrée qui se profile. C’est le moment de me préparer au début de la residency, – ce stage d’un an, dans le département de Pastoral care du groupe hospitalier Franciscans Group Health. Je vais donc etre «chaplain resident» de septembre à aout 2013.

Comme le stage est rémunéré, je suis amenée à suivre les démarches de tout nouvel employé. Au début de la semaine, j’étais convoquée à l'hopital St Joseph de Tacoma par le département des ressources humaines pour montrer mes papiers d’identité dont ils ont pris photocopie et donner mon accord pour vérifier mon background.

L'hopital ressemble un peu à une ruche, un grand batiment clair avec des fenetres comme des alveoles, et la vue sur le Puget Sound y est belle


J’ai aussi promis que je ne me droguais pas, que je ne fumais pas. J’ai été surprise d’apprendre que mon nouvel employeur n’engageait plus d’amateurs de cigarettes. Si vous fumez, on vous propose un stage pour vous aider à vous arrêter. Si vous n’y êtes pas prêt… reproposez votre candidature quand vous le serez.
 Arrêt suivant ce même jour : contrôle antidoping. Faire pipi dans un étroit gobelet de plastique est anatomiquement acrobatique. «Surtout ne tirez pas la chasse d’eau !» m’a prévenue la technicienne. «Pourquoi ?» ai-je demandé avec l’innocence de qui n’a jamais entrepris le tour de France. «Nous ne voulons pas que quelqu’un soit tenté d’utiliser l’eau de la chasse pour diluer le contenu du gobelet…»

Quelques jours plus tard, les résultats me parvenaient. Chic ! Je ne suis pas une félonne ! Je ne me drogue pas ! La nicotine est absente de mon système !

Et quel soulagement que la caféine et le chocolat ne figurent pas sur la liste des substances illégales…

Friday, July 20, 2012

Sonya in the Sky with Diamonds


Le plus récent : donc ce matin, avant l’aube, nous avons été réveillés simultanément par un orage et par nos deux chiennes, lesquelles ont décidé à quelques minutes d’intervalle de s’installer entre Irvin et moi pour finir la nuit. Simple précaution de leur part. Un peu de tonnerre dans le lointain de les inquiète pas mais les intempéries nocturnes sont inhabituelles dans notre région connue pour son climat pluvieux et tempéré. La tempête s’est poursuivie toute la matinée.


Pour la deuxième fois cette année, un climat complètement insolite a coïncidé avec un mariage. Lors de la tempête de glace de janvier dernier, Irvin a marié impromptu un couple dans notre salon tandis que j’offrais du café et des kleenex à l’assemblée émue. Ce matin, Irvin est parti sous les éclairs et la pluie battante pour la destination la plus touristique de Seattle : la Space Needle.

Il avait promis de célébrer le mariage de Sonya, une jeune femme qui appartient à la tribu Nez Perce, avec son fiancé Allen. Il s’agit en fait d’un remariage : Sonya et Allen ont divorcé et les voila réconciliés, à la grande joie de leurs enfants et de leurs familles.


Sonya et Allen, qui habitent en Idaho, espéraient un peu de soleil pour leur mariage en altitude. Ils ont pris avec bonne humeur les rafales de vent, la pluie et quelques éclairs qui ont accompagné la cérémonie. Mieux que personne, ils savent que les contrastes climatiques, les affrontements d’anticyclone et de hautes pressions font partie de la texture vitale d’une relation humaine.

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Des semaines qui se suivent sans se ressembler, avec des voyages, de l’agitation, de longs moments de procrastination, des préparatifs d’études bibliques et de sermons, et l’envie de raconter tout ca remis à plus tard de jour en jour… Et puis voilà trois mois ont passé. L’envie de récapituler se heurte au présent – vivace et qui demande à etre décrit avec plus d’insistance – et je sais que la meilleure façon de revenir en arrière est de commencer par le plus récent, et ensuite revenir sur ses pas… Après tout, c'est le mouvement naturel du blog...

Sunday, April 15, 2012

Enfants de la promesse

«Il n’est pas ici» dit l’ange aux femmes venues au tombeau avant l’aube en ce premier dimanche de Pâques. Ces mots sont le cœur de notre foi. Un appel à l’aventure, dit Raphael Picon dans sa prédication de Pâques ; il conclut par ces paroles :


«Le christianisme est né le dimanche de Pâques. Nous sommes nés un dimanche de Pâques : nous sommes les enfants de la promesse. Nous sommes les enfants d’une folle promesse... Rien ne saurait désormais nous condamner à l’échec, au désespoir. Le Christ dit la valeur infinie de chacune et de chacun. C’est cette prédication qui fait toute la saveur du christianisme que nous aimons et auquel nous adhérons. Ce christianisme fait de nous des pèlerins aventureux, accrochés au cependant du poète pour faire rouler toutes les pierres des tombeaux, pour arracher à la fascination de la mort, et pour rendre, à nouveau possible, la vie.»


Nous sommes rendus à la vie, par delà la mort. «Il n’est pas ici», ces mots résonnent aussi dans mon esprit à l’évocation d’Hugues Madesclaire, qui nous a quittés voici deux ans cette semaine. Sa vie ne s’est pas close au seuil de l’énigme de sa mort prématurée.
Mystérieusement, le souvenir qu’il a laissé, l’influence qu’il a eue sur ceux qui l’ont connu continue d’irriguer le monde des vivants.
Pour lui aussi, le tombeau est vide. C’est dans la lumière du ressuscité que l’on trouvera sa présence.

Tuesday, April 10, 2012

La résurrection à l’œuvre

La résurrection sera toujours un mystère…. Mais quand elle se produit, on la reconnait. C’est ce qu’écrit le pasteur Bruce Epperly et s’il se réfère bien à Pâques, il réfléchit aussi à la résurrection dans nos vies.

La résurrection laisse ses premiers témoins, les femmes de l’évangile de Marc, muettes de stupeur. Pourtant le tombeau vide ouvre des perspectives qui ne se heurtent plus à la finalité de la mort ou au risque de la défaite. «J’ai vu la résurrection à l’œuvre dans le courage inattendu et l’amour imprévu… dans la résolution du sacrifice pour une cause qui vous dépasse, dans la quête assidue de la justice contre toute attente…» écrit-il.
La benediction de la communion jeudi soir

Où ai-je vu la résurrection à l’œuvre cette semaine de Pâques ?


Dans un service qui commémorait jeudi soir le dernier repas de Jésus, celui où il dit à ses disciples de se souvenir de lui – et promet sa présence.

Dans le partage du repas du Seder avec ma famille de Seattle, vendredi, le plaisir de retrouver des proches que j’aime beaucoup et l’inspiration venue du récit de l’Exode revisité avec profondeur et pertinence. L’histoire de l’Exode nous invite à méditer sur notre liberté et sur l’état du monde autour de nous. Une soirée qui m’a donnée de l’énergie et de la joie au milieu d’une semaine-marathon.


Dans une église bourrée à craquer dimanche matin – l’église est un vieux bâtiment construit en 1949 qui n’a pas très bien vieilli, entouré d’un cimetière Indien. Une église qui a failli fermer ses portes plusieurs fois. Mais ce matin de Pâques 2012, des familles s’y sont retrouvées en nombre pour se souvenir d’un ami qui venait de mourir, pour assister à deux baptêmes, pour regarder leurs enfants chercher des œufs de Pâques au milieu des fleurs, pour prier ensemble et célébrer une victoire sur la mort qui continue de donner sens à notre existence.
L'eglise le matin de Paques
La recherche des oeufs de Paques apres le service


Thursday, March 22, 2012

Un malaise imprécis


Un malaise imprécis me gagnait tandis que, confortablement installée au premier rang, j'attendais le début de la conférence donnée par Anne Lamott. J'étais sur le coté mais sur le premier siège près de l'allée et je me sentais très en vue.

D'habitude, c'est vrai, j'aime plutôt etre dans un coin discret mais j'espérais prendre une photo de l'auteur (espoir vain ; l'audience a été priée de ne pas prendre de photo, juste après que j'ai pris ce cliché).


Mais pourquoi être si mal à l'aise? Etait-ce la crainte latente de ne pas être à ma place? Les autres sièges du premier rang, en face, étaient réservés pour les amis et les organisateurs de la soirée. Depuis un traumatisme de jardin d'enfant où une institutrice m'a violemment prise à parti pour avoir eu l’audace de m’etre trompée de classe, j'ai gardé l'impression floue mais menaçante que je commets un crime susceptible de déclencher un tremblement de terre et des torrents d'imprécations si je transgresse même sans le vouloir les dispositions des lieux.

Mais non, ce n'était pas ca.

J'ai compris mon inconfort quand j'ai réalisé, au détour d'une phrase d'Anne, que je venais de m'assoupir et ce, sans doute bien trop visiblement.


Je m'endors si facilement pendant la journée. Cela ne m’arrive pas au volant ou lors d’une conversation en tête à tête. Mais dès lors que j'écoute un orateur, dans une classe, une église ou une salle de conférence, il m’arrive de glisser presque sans transition dans le sommeil. Dans les amphithéâtres de 1000 personnes de Paris-X Nanterre où j'étudiais le droit, ca n'était pas très gênant. A la faculté de théologie de Paris, cela faisait la joie de mes camarades. Nous étions assis derrière des tables disposées en U et leur expression malicieuse quand la torpeur commençait à me gagner était un tonique efficace.

Cela commençait aussi à devenir embarrassant et mystérieux. M’endormir pendant un cours de droit administratif, ça avait une certaine logique. Mais m’assoupir pendant un cours de théologie qui m’intéressait et que je ne voulais pas rater, un sermon prononcé par mon mari ou – ce soir là, une conférence donnée par un de mes auteurs préférés ? Et cela m’arrive même quand j’ai pu faire la grasse matinée pour compenser d’avoir veillé tard…

«Mon seul symptôme, quand je suis devenue diabétique, c’est une irrépressible envie de dormir en pleine journée » m’a dit une amie pasteur. J’ai vécu avec cette crainte jusqu'à ce que j’aie le courage d’aller chez le médecin, et une prise de sang plus tard, j’ai appris que mon courageux pancréas fonctionnait toujours et régulait mon taux de sucre avec soin.

Et pourtant je continue de m’endormir en sursaut – et de me réveiller face à cette énigme que je veux résoudre avant le début de ma residency. J’ai 5 mois pour percer le mystère et rester éveillée en plein jour…

Bart fait subtilement allusion au film "INCEPTION" avec Leonardo di Caprio