Tuesday, January 18, 2011

J’investis dans la pierre


Parfois, nous devons prendre des risques calculés dans la vie. Affronter les tentations les plus sauvages sans perdre le sens des réalités pour autant. C’est ce que j’ai fait en allant à Shipwreck Beads, un immense magasin spécialisé dans les perles et pierres, situé à Lacey, à une heure au sud de chez nous.

J’en suis ressortie quelques heures plus tard, dans cet état d’allégresse légèrement désorienté qui suit une exploration réussie dans le labyrinthe des passions ou m’attendaient améthystes, turquoises, agates, lapis-lazuli et toutes sortes d’irrésistibles pierres qui chuchotaient mon nom...
Oui, je l’avoue, je suis repartie avec un butin qui aurait impressionné un chercheur de trésor. Bien sur, tout ceci va etre converti en colliers somptueux attirant de nombreux amateurs éclairés.


Mais autant etre honnête : j’ai déjà récidivé, avant même d’avoir commencé la création du moindre bijou. Irvin était à Phoenix la semaine dernière, et la capitale de l’Arizona contient un autre de ces magasins diaboliques. Beads Galore est encore plus riche en pierres que Shipwreck Beads ! Et je n’avais pas trouvé à Lacey les azurites carrées que je cherchais pour recréer un collier bien précis. Irvin a courageusement parcouru le magasin, prenant des photos avec son téléphone portable, qu’il m’emailait, avant de m’appeler.
Je n’ai pas trouvé d’azurites mais des agates du même format, et aussi des prehnites ovales d’un vert tendre qui m’a tout de suite plu. Expliquer à Irvin exactement quelles pierres je voulais n’a pas été facile. Irvin est patient et plein de bonne volonté. Mais il est daltonien…

Monday, January 17, 2011

Galloping Gertie s’est emballée


Le Narrows Bridge relie Tacoma à la peninsula de Kittsap. Ce pont suspendu fait près de 2 km de long. J’ai pris ces photos en allant voir mon amie Jett, une pasteure qui vient de prendre sa retraite, et m’a généreusement offert de choisir des livres dans sa bibliothèque (offre imprudente, je suis repartie avec quatre gros sacs pleins d’excellentes ressources).

Le Narrows Bridge a un passé. En 1940, un premier pont a été construit. Lors de sa construction, les ouvriers le surnommèrent «Galloping Gertie» en observant les saccades verticales qui affectaient son tablier dès qu'il y avait du vent.

Après son inauguration, quatre mois ont suffi pour que Galloping Gertie ne s’emballe. En novembre 1940, des rafales de 70 km/h ont fait s’effondrer l’ouvrage qui n’a été reconstruit qu’en 1950. Le pont a été doublé en 2007. Gertie et sa jumelle ne galopent plus et sont particulièrement photogéniques dans le soleil couchant…

Sunday, January 9, 2011

104 ans de sagesse


En arrivant à l’hôpital de Puyallup appelé «Good Samaritan» (et surnommé Good Sam par tous) ce soir là, je me sentais fatiguée et un peu désorientée. Je venais rendre visite à une dame de First Pres en remplacement de Sue, qui avait pris quelques jours de vacances avant le Nouvel an.
La journée avait été très pleine, j’en étais à préparer un diner à emporter dans un slow cooker pour les membres de notre session (conseil presbytéral) qui se réunissait ce soir là, il faisait déjà nuit et il pleuvait… mais dès que j’avais su que Ruth était a l’hôpital, j’étais décidée à y faire un saut. Ruth a 104 ans, et même si elle fait 20 ans de moins que son âge, je ne voulais pas regretter d’avoir remis ma visite au lendemain.

L’hôpital est en travaux – la construction d’une aile entière se termine – et un jeune bénévole m’a accompagnée dans les labyrinthes de couloirs jusqu'à sa chambre, dans le service de cardiologie. Ruth était assoupie. Je me suis assise à son chevet, me demandant quoi faire. Je ne voulais pas la réveiller – faire sursauter une centenaire au cœur fragile n’est peut etre pas la meilleure idée qu’une apprentie pasteure peut avoir.

Quelques minutes plus tard, un médecin est venu parler à sa voisine de chambre et Ruth a ouvert les yeux. Je me suis placée dans son champ de vision, elle m’a aperçue et a souri. Nous avons bavardé – son hospitalisation avait été causé par des difficultés respiratoires mais elle se sentait déjà mieux.

Nous avons parlé de Puyallup où elle a vécu toute sa vie, de mon église, Indian Fellowship, qu’elle connaissait «le bâtiment a été construit après la deuxième guerre mondiale, je crois» s’est-elle rappelé, ce qui est exact, et je sentais que l’époque de la deuxième guerre mondiale pour elle était un passé relativement proche, un peu comme les années 90 pour moi.

Pendant que nous parlions, j’ai réalisé que je me détendais et que je passais grace à elle un bon moment au milieu de cette journée bousculée. J’étais venue la distraire et la réconforter, mais c’est l’inverse qui se produisait. «J’espère que je ne vais pas etre obligée de déménager, a soupiré Ruth, qui vit seule dans un appartement accessible seulement par un escalier. J’ai de la chance d’avoir l’église, j’y marche tranquillement le dimanche matin, j’ai tant d’amies la bas. Je crois que c’est pour ca que je vis toujours. J’aime la compagnie des gens.»

I enjoy people… un des secrets de la longévité ?

Monday, January 3, 2011

Ça s’est passé en décembre...


... mais je n’ai pas eu le temps d’en parler sur le moment.

Deux Services en un soir
A la veille de Noël, Irvin et moi, accompagnés de Chris, ma belle-sœur venue nous rendre visite d’Idaho, avons participé à deux Christmas Eve services. Le premier, à 18h, avait lieu à notre eglise, Indian Fellowship.

Parmi la soixantaine de participants, plusieurs nous ont confié que c’était la toute première fois qu’ils assistaient à un tel service. Nous avons lu des versets de l’Evangile de Luc, chanté des chants traditionnels et allumé douze bougies, les unes après les autres tout au long du service. Irvin et moi avons même chanté ensemble un vieux chant français – en français dans le texte !
First Pres avait deux services ce soir là, un service traditionnel à 19h, et un service contemporain à 23h.
Dans le pays du christianisme américain se déroule un conflit feutré entre ceux qui aiment les chants tels qu’ils les ont chantés toute leur vie et ceux, en général la jeune génération, qui ne vibre qu’en chantant des airs plus toniques, que l’on retrouve sous la rubrique «praise music». C’est pourquoi les paroisses d’une certaine taille, comme First Pres, ont souvent deux services qui s’adressent à chacun de ces groupes.
Pour ma part, c’est toujours avec joie que je me saisis de toute possibilité de chanter. J’ai ainsi participé au service de 23h, et puisqu’Irvin est venu avec moi, Sue lui a demandé de servir la communion avec elle. Deux moments de célébration dans la même soirée, dans des atmosphères différentes mais avec joie, c’était le moment de «sing to the Lord a new song, Sing to the Lord, all the earth» (psaume 96)
Maisons et voitures au diapason de Noël
Pendant tout l’automne, les maisons et parfois même les voitures suivent le rythme des célébrations. D’Halloween à Noel, en passant par Thanksgiving, des décors parfois élaborés changent l’aspect du voisinage. En décembre, les maisons deviennent presque des arbres de Noel, avec des lumières et des ornements qui évoquent l’hiver et Santa Claus.

Toute l’histoire de Santa fait d’ailleurs partie de la tradition américaine, dans tous ses détails. Les rennes qui tirent son traineau ne sont pas oubliés - ils ont chacun un nom propre. Le plus populaire d’entre eux est Rudolph, «the red nose deer», le petit renne au nez rouge qui a droit à un film animé qui ne parle que de lui. Je me suis même garé un jour près d’un véhicule qui était déguisé en Rudolph. Ça ne s’invente pas !

Saturday, January 1, 2011

Les débuts et les fins.

Voilà, notre tour est venu. Nous venons de clore 2010. Nous sommes presque les derniers à le faire : nous sortions à peine de la matinée du 31 décembre que déjà l’Australie célébrait les premières minutes de 2011. Vers 15 heures, non seulement 9 heures nous séparaient de la France, comme d’habitude, mais aussi une année entière. Quand arrive enfin notre tour, toute la Terre est déjà en 2011, sauf l’Alaska et Hawaii.

Les températures sont descendues ces derniers jours, ainsi qu’un peu de neige, et cette nuit, il fait 25 (-3C) sous un ciel insolite : sans un nuage.
Pendant que les chiennes, ravies, coursent les feux d’artifice tirés par nos voisins, nous admirons les étoiles que nous voyons rarement avec une telle netteté dans notre région au ciel si souvent couvert.

Les moments de transition se savourent, comme le propose cet auteur.

 «Les débuts et les fins sont des moments sacrés. Honorons chaque évènement – chacune des joies, des expériences, des douleurs ouvrent la porte de la magie du monde. Prenez l’année entière entre vos mains, chaque jour, chaque pensée, chaque bouffée d’oxygène – et bénissez la avec gratitude, amour et humilité. Ce que vous venez de faire transformera d’avantage l’année à venir que mille résolutions.» (K. Allen Kay)

Bonne Année 2011 !

Monday, December 27, 2010

Le Père Noël ne vient pas les mains vides


Avant la représentation de Noel, notre paroisse avait partagé un repas abondant – chacun apportant les uns une dinde rôtie, les autres des slow cookers remplis d’assortiments de légumes ou des salades ou des tartes à la citrouille – puis Santa Claus vint frapper à la porte avec des cadeaux, à la grande joie des enfants.
Les adultes n’ont pas rechigné non plus à se percher sur ses genoux le temps d’une photo.

Notre église n’a pas été oubliée, même si le Père Noel a emprunté une autre apparence. Julie, dont la famille a fréquenté notre congrégation à partir des années 50 quand elle était petite fille, est venue accompagnée de membres de sa famille.

Nous voyons regulierement Bonnie, sa nièce, et Laura, fille de Bonnie et son mari Tyrus.
Julie a gardé des souvenirs essentiels de cette petite église. Son frère Marvin (que tout le monde appelait Marv) partageait aussi ces souvenirs anciens et il était actif dans notre paroisse il y a quelques années, avant d’etre brutalement emporté par une crise cardiaque en 2006. 
De gauche a droite: Laura, Julie notre bienfaitrice, sa soeur Ada, sa niece Bonnie et Irvin
Julie nous a expliqué qu’elle avait vendu un terrain en Californie et pour éviter une forte taxe sur la plus-value, on lui a conseillé de faire un don à un organisme sans but lucratif. Au même moment, elle a entendu parler de nos difficultés financières et de nos efforts (voir «la boite de Pandore», 9 décembre). Elle nous a tendu avec simplicité un cheque de plusieurs milliers de dollars. Nous avons appris le même jour que First Pres, l’eglise où j’ai fait mon stage cet été, avait elle aussi décidé de nous attribuer une forte somme.
Ces dons exceptionnels nous permettent de ne pas avoir trop le couteau sous la gorge pendant que nous poursuivons nos efforts pour concevoir des façons de créer des sources de revenus à long terme pour l’eglise et nous en sommes reconnaissants.

Sunday, December 26, 2010

Noël du Passé, Noël à venir

La semaine dernière, notre église a célébré Noël dans un spectacle qui avait pour vocation de narrer la Nativité en y associant les enfants (qui personnifiaient les personnages de la Bible) et aussi les membres plus âgés de notre congrégation.
Les anges annoncent la naissance d'un Roi aux bergers qui tombent raide de saisissement.
Marie et Joseph arrivent à Bethlehem.
Irvin a interviewé deux de nos paroissiens nés lors de la Dépression. Ace, membre de la tribu Arikara du Dakota du Nord, et Eleanor, dont les parents venaient d’Allemagne et d’Irlande et qui a grandi dans le Minnesota, ont accepté de raconter leurs souvenirs de Noel à Irvin, et lui ont confié des photos. Irvin a créé une présentation PowerPoint qui a été insérée dans le spectacle.
Les enfants ont aussi entonné des chants traditionnels, que l’assistance a repris.
Bien sur, il y eut de petits ratés. Par exemple, une petite fille a lu quelques versets de l’évangile de Luc. Lors des répétitions, sa voix était assurée et sa diction parfaite. Devant le public, elle a été si intimidée qu’elle n’a pu émettre que des murmures d’une extrême discrétion.  

A la fin de la présentation, Eleanor nous a montré une petite table de nuit que son père menuisier avait coutume de fabriquer à la période de Noel.
Il les vendait pour un $1 chacune, et cela permettait d’acheter des jouets pour ses enfants. Il a reçu un ruban bleu lors d’une exposition – la plus haute distinction – pour ses talents d’artisan.