ANNE-CECILE NEWS - Ce blog retrace mon quotidien, celui d'une française vivant aux USA dans une communauté Native américaine. Irvin, mon mari est issu de tribus d'Arizona et d'Idaho, il est aussi le pasteur de la Church of the Indian Fellowship, une petite église située sur la réserve des Indiens Puyallup, au sud de Seattle, au pied du volcan Mt Rainer. J’ai été ordonnée Pasteur à mon tour en novembre 2014.
Saturday, October 1, 2011
Des lamas dans le jardin
Notre région est encore un peu rurale et c’est un plaisir imprévu de croiser, au détour d’un chemin, des animaux qu’on ne s’attendait pas à voir. Par exemple, des lamas dans un grand jardin non loin de l’église – j’étais en route pour notre women bible study, et je me suis arrêtée pour les prendre en photo. Le lama le plus proche n’a pas daigné tourner la tête vers moi mais ses oreilles semblaient suivre chacun des bruits que je pouvais émettre.
Un autre jour, nous avons croisé un paon et un bélier.
Bien sûr de temps à autre, on aperçoit des biches ou un coyote, mais ils sont trop rapides pour mon appareil photo.
Cet été, un matin très tôt, j’ai vu sur le trottoir en face de notre maison un gros raton laveur qui s’éloignait. Il se retournait sans cesse vers une maison devant laquelle plusieurs corbeaux etaient réunis pour manger quelque chose. Je me suis demandé s’il s’était fait expulser ? La faune du voisinage serait-elle un monde impitoyable ?
Sunday, September 25, 2011
Aveugle et clairvoyant
Ce matin, j’étais de prédication : Irvin a enseigné un cours intensif d’introduction du Nouveau Testament a Phoenix ces deux derniers jours et est rentré tard hier.
J’avais choisi un texte tiré de l’évangile de Marc, où Jésus guérit le mendiant aveugle Bartimée (chapitre 10, v. 46-52). Un texte qui nous montre un homme privé de vue, mais qui comprend mieux qui quiconque la situation qui l’entoure. Il est le contre-point de la rencontre qui ouvre le chapitre 10, celle où le jeune homme riche refuse de suivre Jésus car il ne peut pas se départir de sa fortune.
Bartimée appelle Jésus «fils de David», un titre messianique que personne d’autre n’utilise dans l’évangile de Marc. Il n’hésite pas à jeter son manteau pour rejoindre Jésus au plus vite, au milieu d’une foule et donc sans grand espoir de le retrouver. Son manteau – probablement la seule protection de ce mendiant contre le froid des nuits du Moyen Orient. Et quand Jésus lui dit finalement «va», lui décide de suivre celui qui vient de le sauver.
Oui, Bartimée a beaucoup à nous apprendre sur la clairvoyance perçue au cœur de l’obscurité. J’en ai pris de la graine : j’ai cru un instant que je ne pourrais pas lire à haute voix le texte de l’évangile, les caractères apparaissaient plus petits que jamais. Etre incapable de voir quand on s’apprête à interpréter un texte où le personnage principal est un aveugle, l’ironie de la situation ne m’a pas échappé. Il est temps de ne plus se voiler la face. J’ai besoin de lunettes…
Le lectionnaire a de l’humour
Un des textes bibliques de ce dimanche, selon le lectionnaire, vient du livre de l’Exode, chapitre 17. Les Hébreux ont soif au milieu du désert et se tournent avec angoisse vers Moise. Lequel s’adresse à Dieu. La réponse ne se fait pas attendre. Frappe le roc à Horeb et l’eau jaillira, commande l’Eternel. Ce qui fut fait. ![]() |
| L'entree du cimetiere - notre eglise est le batiment blanc. (1) |
Le déjeuner qui a suivi, offrant des spécialités Natives très populaires (fry bread et Indian tacos) à un prix modéré, a permis de rassembler des fonds pour nos activités de l’automne avec les enfants. Nous avons eu le plaisir d’y voir Tom et Bev, deux de nos elders. Bev vient de sortir de l’hôpital. Ces dernières semaines, elle a du être amputée des deux jambes à cause de son diabète. Les médecins ont plusieurs fois cru qu’elle ne se rétablirait pas. Mais elle était parmi nous, pleine de vitalité et d’humour, entourée par sa famille et son mari. Tous prennent soin d’elle avec amour et dévouement.
Dieu est-il parmi nous ou pas ? se sont demandé les Hébreux lorsqu’ils ont affronté la crainte de mourir de soif (Exode 17 :7).Depuis 10 ans qu’il nous est donné de servir à la Church of the Indian Fellowship, nous sommes témoins de la réponse de cette communauté grandissante : Dieu est parmi nous.
(1) Photo du Rev. Jett Brooks.
Saturday, September 24, 2011
Mes oreilles de cocker…
On dit que les chiens et leurs maitres, à force de vivre ensemble, finissent par se ressembler. Par pur dévouement, j’ai fait un pas décisif vers la condition canine cette semaine, en me retrouvant avec une oreille enflammée (la gauche). Le médecin m’a prescrit des gouttes antibiotiques et recommandé de faire en sorte que le liquide se dirige vers la zone à traiter dans le labyrinthe auditif, les mêmes recommandations que notre vétérinaire dans des circonstances similaires. Les cockers ont souvent besoin de gouttes avec leurs oreilles tombantes…
Passer par la pharmacie avec une ordonnance est aussi une toute autre affaire. D’abord, il faut localiser la pharmacie. Pas de croix verte nulle part – en fait les pharmacies se cachent au fond des grands magasins ou drugstores. La toute première fois que j’ai eu besoin de médicaments, quand la pharmacienne m’a dit en regardant l’ordonnance «pas de problème, ce sera prêt dans une heure…» j’étais saisie. Une heure pour localiser et attraper une boite de cachets sur une étagère ? Prévoyait-elle d’accomplir cette tâche ardue au ralenti ?
En fait, ici, on ne vous donne pas la boite. Le pharmacien compte les nombre de cachets prescrits et dépose la quantité correspondante dans un petit container plastique orange, sur laquelle il colle une étiquette à votre nom, rappelant les prescriptions du médecin. L’étiquette mentionne aussi le numéro de téléphone de la pharmacie et une référence, et ça, c’est pratique. Si la prescription doit etre renouvelée, il suffit de rappeler la pharmacie en donnant la référence. La nouvelle prescription sera prête quelques heures plus tard. Quand on a besoin de médicaments en continu, comme Irvin qui est diabétique, on apprécie.
Evidemment, reste à les payer, ces médicaments, et ils sont chers même quand on est couvert par une assurance maladie. Mais c’est une autre histoire…
Mon oreille est en train de guérir, ce que j’apprécie. Moi qui étais fière d’avoir amélioré mes qualités d’écoute pendant mon stage a l’hôpital, j’étais frustrée de ne plus être en mesure d’entendre mes interlocuteurs avec précision… et je prends soin des deux paires d’oreilles de cockers qui m’environnent avec une compassion renouvelée.
Monday, September 5, 2011
La voleuse de myrtilles
Notre buisson de myrtilles nous donne toute satisfaction cette année. L’été a été pluvieux et froid, donc c’est tardivement mais avec bonne volonté qu’il s’est couvert de fruits, finalement mûrs en ce début de mois de septembre. Avant même que ne vienne le moment de la récolte, j’ai remarqué la disparition de grappes de myrtilles entières, qui avaient été délicatement cueillies sans qu’aucune feuille n’ait été abîmée. Le mystère vient d’être éclairci. Sans commentaire…
Thursday, August 18, 2011
Les gardes se suivent et ne se ressemblent pas
Il avait raison, mon ‘supervisor’. Les gardes qui ont suivi n’ont jamais été aussi dramatiques et stressantes que cette toute première nuit. Une nuit, j’ai été appelée pour soutenir une famille dont la tante s’éteignait doucement.
«Sa fenêtre sur le monde diminue…» commenta l’infirmier quand je l’interrogeai à mi-voix sur l’état de la patiente. Pourtant, elle traversa la nuit sans expirer tandis qu’un code bleu se déclenchait dans un autre service et qu’une patiente atteinte d’un cancer ne pouvait etre ranimée.
Au milieu du petit groupe d’infirmières et techniciens qui se forment autour de la chambre lors de ces moments de crise, je recevais des regards suspicieux. Mon badge indiquait seulement que j’étais une «volunteer» (bénévole) et visiblement ils se demandaient si un voyeurisme morbide m’avait fait venir. «I am a chaplain intern – on call tonight», expliquais-je, et aussitôt, l’attitude de mes interlocuteurs changea. «oh, tant mieux… justement le mari arrive… il ne sait pas encore que sa femme est morte. Pouvez-vous l’accueillir, patienter avec lui, le temps que nous la rendions un peu plus presentable ?»
Plus tard, la même nuit, une dame de 91 ans s’est éteinte auprès de sa fille et de son gendre. Tandis que nous attentions l’arrivée des techniciens de l’Université de Washington (la patiente avait fait don de son corps a la science) sa fille me parla de sa mère, venue vivre avec elle quelques mois plus tôt. «Même à 91 ans, c’est trop tôt, soupira-t-elle. Il y a tant de choses que je n’ai pas faites avec elle. Cet été, je voulais l’emmener passer la journée au bord du Pacifique. Elle était encore vaillante la semaine dernière… C’était une si bonne mère… Mes parents ont divorcé quand j’étais petite. Elle a toujours fait en sorte que nous ayons de bonnes relations avec mon père. Elle nous disait, à mon frère et à moi, ‘mes différends avec votre père, ça ne regarde que lui et moi.’»
Elle est repartie deux heures plus tard, soutenue par son mari, et je lui ai dit en la serrant dans mes bras – ces fameuses ‘hugs’ américaines – «Je n’ai pas connu votre mère, mais je ne l’oublierai pas».
Toutes les urgences de nuit n’etaient pas toujours aussi intenses. Un soir, arrivée au chevet d’un patient dans le coma, je me trouvai en présence de sa fille, une petite fiole d’huile dans la main. «Je voudrais que vous baptisiez mon père», m’expliqua-t-elle. «Moi, je suis Catholique. Mon père n’appartient à aucune eglise. Je ne veux pas qu’il ne meure sans etre baptisé. J’ai peur qu’il se perde… Je sais qu’il croit en Dieu...»
Mais sa requête s’est heurté au refus de sa mère et de sa sœur, elles aussi non pratiquantes, qui ne voulaient pas d’un baptême a l’insu du malade. «Il doit choisir lui-même, on ne doit pas le lui imposer quand il n’est pas conscient.» Elle s’est inclinée. J’ai proposé un moment de prière commune avant de les quitter.
Le lendemain, je suis retournée dans la chambre de ce patient, espérant revoir cette femme pour parler avec elle de sa crainte que son père ne soit perdu sans baptême. Elle n’était pas là, mais j’eus la bonne surprise de voir le patient, sorti de son coma, assis dans un fauteuil près du lit, s’entretenant avec les infirmières.
En début de soirée, la dernière semaine de mon stage, j’ai été appelée au chevet d’un patient déprimé qui me parla avec chagrin de la détresse des militaires revenant d’Afghanistan et qui n’arrivent pas à se réinsérer dans la vie civile. «Quand vous vous sentez déprimé, qu’est-ce qui contribue à vous aider ?» ai-je demandé. Il a hésité un instant. «Dans ces cas la, je sais que c’est Satan qui m’attaque. Donc je le combats. Avec ma Bible.»
Le dernier code bleu de mon stage eut lieu en pleine journée. Un patient qui avait eu un malaise pendant sa dialyse et put etre ranimé rapidement. Soulagée et emplie de peur rétrospective, sa fille sortit dans le couloir pour sangloter. Je la suivis, me présentai et lui demandai si je pouvais lui donner une ‘hug’. Elle me dépassait d’une tête et pleura sur mon épaule pendant plusieurs minutes avant de se ressaisir et de me considérer.
“ You are a chaplain?”
“I am. A chaplain intern.”
“You are the prettiest chaplain I have ever seen.”
Les gardes se suivent et ne se ressemblent pas…
Thursday, June 23, 2011
Code Bleu
20 minutes après avoir écrit le précédent message, le pager (clipé a mon T-shirt) a émis un son déchirant. J’ai poussé le bouton d’une main tremblante et les mots «code Blue, chambre 616» sont apparus. Code bleu : arrêt cardiaque. Un patient qu’on essaie de ressusciter. La mort qui avance. J’appelle la «nurse supervisor» : à ce poste, 24h/24, une infirmière qui sait tout ce qui se passe dans cet immense hôpital. «Oui, venez, confirme-t-elle. Je n’ai pas encore appelé la famille, mais je vais le faire».
Je saute dans la voiture – il est minuit. Je prie comme je peux, des mots hachés par toutes sortes de peurs au-dessus desquelles la crainte de ne pas être à la hauteur surnage. Arrivée sur place, la famille encore en route, j’apprends que le patient a été ranimé, et on le transfert en soins intensifs. Tandis que je regarde, impressionnée, les infirmières et médecins autour de ce jeune homme inconscient, l’une d’elle m’approche. «Il y en a un autre», me dit-elle. Elle pointe vers une autre chambre a quelques mètres de la. «Il est en train de mourir – la famille est en route. Pour celui-là, c’est sûr, on ne peut pas le ramener."
Quand la mère du patient et sa compagne arrivent, le patient est décédé. Elles sont en larmes. Les infirmières les laissent seules dans la chambre avec lui. Je les suis, espérant pouvoir etre utile, peut-être prier avec elles. «Get out, please !» crie la compagne. Je sors, réalisant mon erreur. Ce moment était le leur. Je n’aurais pas du m’immiscer sans y etre invitée. Quelques minutes plus tard, une infirmière les rejoint, leur explique les circonstances de la mort du patient. Il s’est éteint paisiblement, alors qu’elles devaient prendre une décision le lendemain sur son maintien sous appareils de survie. «Elles aimeraient une prière maintenant» me dit l’infirmière.
Je rentre, dans cette grande chambre pleine d’appareils silencieux. Dans un coin, des ballons colorés avec la mention « Happy Father’s Day ». Je m’assois près de la mère, qui pleure silencieusement. Sans que je le prévoie, je me mets à pleurer avec elle, et il me faut plusieurs minutes pour etre capable de parler. Je lui dis combien je suis désolée pour ce qui vient d’arriver, et je me mets à prier. Mes phrases sont hachées – je parle de la présence de Dieu en cet instant auprès de ceux qui souffrent, de Peter dans la lumière de la présence divine, et je prie pour le réconfort de ceux qui restent, ceux qui l’aiment. Je dis que les souvenirs, les expériences partagées avec Peter sont les leurs à jamais, que personne ne les en séparera. Je cite le roi David devant son fils mort «il ne reviendra pas, c’est moi qui irai vers lui».
Finalement je me tais. La mère me dit gentiment « that was beautiful ». Nous restons silencieuses. J’aimerais engager une conversation qui lui permette de me parler de son fils, mais je ne trouve pas les mots. Pourquoi n’ai-je pas demandé simplement «parlez-moi de lui» ? Finalement, j’explique que je dois aller voir l’autre patient et que je reviendrai plus tard.
La mère est arrivée au chevet de Larry, le premier patient, dont le cœur faiblit après sa réanimation. J’ai le temps de me présenter puis soudain les événements se précipitent. Nouveau code bleu, survenue de plus d’infirmiers et techniciens, cette fois le patient ne peut pas etre ressuscité. La mère de Larry pleure, le médecin la serre dans ses bras. Tous quittent la chambre – elle se tourne vers moi et me demande de prier pour son fils. Je prends sa main et nous prions ensemble. Puis elle demande à rester seule avec lui, rejointe par son mari.
J’attends dans le couloir que l’une ou l’autre famille ait besoin de moi. Cette pause n’est pas inutile. Je suis tremblante même si je me suis ressaisie. Je retourne voir l’autre famille, qui a des questions sur les formalités à venir. Je leur réponds, leur donne le numéro de l’infirmière supervisor à prévenir quand la compagnie funéraire viendra chercher le corps. Les deux femmes se préparent à partir. La mère de Peter me serre dans ses bras – un de ces ‘hugs’ américaines . Je les regarde s’éloigner, la compagne a les ballons «Happy Father’s Day» à la main…
Un autre code bleu est déclenché à 6h du matin – une patiente qui a pu etre ranimée. Je prie avec ses filles.
«Toutes les nuits ne sont pas aussi agitées», me dit Greg, le chaplain supervisor, un peu plus tard. Il m’assure que, statistiquement, je n’aurai pas à vivre d’autres astreintes aussi intenses. J’en prends acte en déposant le pager sur son bureau. Mais mercredi prochain, ce sera à nouveau mon tour de le prendre en charge, ce ‘pager’ maudit, de 16h jusqu’à 8h le lendemain, une longue nuit imprévisible en perspective.
Je saute dans la voiture – il est minuit. Je prie comme je peux, des mots hachés par toutes sortes de peurs au-dessus desquelles la crainte de ne pas être à la hauteur surnage. Arrivée sur place, la famille encore en route, j’apprends que le patient a été ranimé, et on le transfert en soins intensifs. Tandis que je regarde, impressionnée, les infirmières et médecins autour de ce jeune homme inconscient, l’une d’elle m’approche. «Il y en a un autre», me dit-elle. Elle pointe vers une autre chambre a quelques mètres de la. «Il est en train de mourir – la famille est en route. Pour celui-là, c’est sûr, on ne peut pas le ramener."
Quand la mère du patient et sa compagne arrivent, le patient est décédé. Elles sont en larmes. Les infirmières les laissent seules dans la chambre avec lui. Je les suis, espérant pouvoir etre utile, peut-être prier avec elles. «Get out, please !» crie la compagne. Je sors, réalisant mon erreur. Ce moment était le leur. Je n’aurais pas du m’immiscer sans y etre invitée. Quelques minutes plus tard, une infirmière les rejoint, leur explique les circonstances de la mort du patient. Il s’est éteint paisiblement, alors qu’elles devaient prendre une décision le lendemain sur son maintien sous appareils de survie. «Elles aimeraient une prière maintenant» me dit l’infirmière.
Je rentre, dans cette grande chambre pleine d’appareils silencieux. Dans un coin, des ballons colorés avec la mention « Happy Father’s Day ». Je m’assois près de la mère, qui pleure silencieusement. Sans que je le prévoie, je me mets à pleurer avec elle, et il me faut plusieurs minutes pour etre capable de parler. Je lui dis combien je suis désolée pour ce qui vient d’arriver, et je me mets à prier. Mes phrases sont hachées – je parle de la présence de Dieu en cet instant auprès de ceux qui souffrent, de Peter dans la lumière de la présence divine, et je prie pour le réconfort de ceux qui restent, ceux qui l’aiment. Je dis que les souvenirs, les expériences partagées avec Peter sont les leurs à jamais, que personne ne les en séparera. Je cite le roi David devant son fils mort «il ne reviendra pas, c’est moi qui irai vers lui».
Finalement je me tais. La mère me dit gentiment « that was beautiful ». Nous restons silencieuses. J’aimerais engager une conversation qui lui permette de me parler de son fils, mais je ne trouve pas les mots. Pourquoi n’ai-je pas demandé simplement «parlez-moi de lui» ? Finalement, j’explique que je dois aller voir l’autre patient et que je reviendrai plus tard.
La mère est arrivée au chevet de Larry, le premier patient, dont le cœur faiblit après sa réanimation. J’ai le temps de me présenter puis soudain les événements se précipitent. Nouveau code bleu, survenue de plus d’infirmiers et techniciens, cette fois le patient ne peut pas etre ressuscité. La mère de Larry pleure, le médecin la serre dans ses bras. Tous quittent la chambre – elle se tourne vers moi et me demande de prier pour son fils. Je prends sa main et nous prions ensemble. Puis elle demande à rester seule avec lui, rejointe par son mari.
J’attends dans le couloir que l’une ou l’autre famille ait besoin de moi. Cette pause n’est pas inutile. Je suis tremblante même si je me suis ressaisie. Je retourne voir l’autre famille, qui a des questions sur les formalités à venir. Je leur réponds, leur donne le numéro de l’infirmière supervisor à prévenir quand la compagnie funéraire viendra chercher le corps. Les deux femmes se préparent à partir. La mère de Peter me serre dans ses bras – un de ces ‘hugs’ américaines . Je les regarde s’éloigner, la compagne a les ballons «Happy Father’s Day» à la main…
Un autre code bleu est déclenché à 6h du matin – une patiente qui a pu etre ranimée. Je prie avec ses filles.
«Toutes les nuits ne sont pas aussi agitées», me dit Greg, le chaplain supervisor, un peu plus tard. Il m’assure que, statistiquement, je n’aurai pas à vivre d’autres astreintes aussi intenses. J’en prends acte en déposant le pager sur son bureau. Mais mercredi prochain, ce sera à nouveau mon tour de le prendre en charge, ce ‘pager’ maudit, de 16h jusqu’à 8h le lendemain, une longue nuit imprévisible en perspective.
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