Tuesday, May 18, 2010

Une histoire pour la fête des mères.


En France, on considère parfois que les Etats Unis sont en avance sur nous. Mais j’ai eu la surprise à Dubuque, lors d’un cours de «pastoral counseling», d’entendre le professeur expliquer «voici ce qui se passe en Europe, donc ça va venir chez nous».

Quoiqu’il en soit, il existe un domaine bien précis où les USA sont en effet en avance : la fête des mères a lieu deux semaines plus tôt. C’était dimanche 9 mai. Ce matin là, j’étais invitée à precher dans la petite ville de Westport, sur la côte Pacifique.

Pour commencer la prédication, j’ai cité l’histoire suivante : deux petits garçons, le matin de la fête des mères, disent à leur mère «maman, reste au lit, on s’occupe de tout !». Elle reste donc allongée, s’attendant à un petit-déjeuner apporté sur un plateau et commence en effet à sentir des odeurs prometteuses de bacon et de toasts venir de la cuisine… Mais rien ne vient. Après une longue attente, elle finit par se lever, et rejoint ses enfants dans la cuisine. Elle les trouve chacun installé devant un bol et une assiette bien remplie. Ils lui adressent un large sourire. «Regarde, maman, pour la fête des mères, nous avons préparé notre petit déjeuner nous-mêmes !»

Cette histoire, trouvée sur internet, m’a amusée et je pense qu’elle peut aller droit au cœur des mères que je connais. Par ailleurs, se faire un cadeau à soi-même, avec l’idée que l’on offre quelque chose à autrui, c’est bien une vérité d’enfant que nous avons tous connue – et une réalité de notre relation avec Dieu.

Sunday, May 16, 2010

Une berceuse Lakota (Sioux)

Cante Waste Hoksita ake istima
Hannhepi Ki waste

Trouvée sur internet, cette chanson est en fait un air connu, et repris par de nombreux artistes Natifs. Tina Spotted Thunder qui la chante ici a une très belle voix. Une minute et demi pour s’endormir plus paisible…
http://www.youtube.com/watch?v=dNulkDwFAxY

Monday, May 3, 2010

Hugues Adieu

Pourquoi le monde dans lequel Hugues n’est plus est-il si différent ? Même sur un autre continent, j’ai besoin de m’habituer à cette douloureuse réalité.

Et dans le même temps, je suis pleine de reconnaissance. Les commentaires qu’ont bien voulu écrire ceux qui l’ont connu eux aussi, la beauté des paroles évoquant la cérémonie de ses obsèques, où pres d’un millier de personnes se sont pressées, m’ont beaucoup aidée. Grace à Vincent, j’imagine Hugues commentant le texte des compagnons d’Emmaüs, au bord du lac de Tibériade.
J’ai le sentiment d’avoir été présente à la basilique lundi dernier, lors de ses obsèques - Caroline a eu la gentillesse de me décrire ce qui s’y est déroulé - avec la conscience que cette ceremonie fut «un événement d'exception, une pâques dans laquelle nous avons été plongés pendant près de deux heures et qui m'accompagne toujours à la minute où j'écris, comme l’écrit framb avec sensibilité. «nous sommes [a travers cette mort] sans que nous le comprenions vraiment, rassemblés en Christ» Un moment où la paix «qui transcende toute compréhension» (Philippiens 4 :7) s’impose, même si ce qui est arrivé il y a peine plus d’une semaine reste un mystère.

«Quand on commence à penser au suicide, quand on commence à se plonger dans ce projet, on est pris par une sorte de logique différente, comme une spirale, me dit Elaine, l’amie américaine qui a écrit un commentaire que j’ai ajouté de sa part, et qui il y a des années a tenté de se donner la mort par deux fois. Le projet se met à avoir une force propre, urgente, qui vous aspire. On se met à penser différemment, comme si on n’était plus soi même.»

Pourtant, quand je lis un commentaire doutant du suicide, moi aussi je m’interroge.

Mais il existe un moment où c’est à Dieu qu’il faut confier doutes et douleurs, si tourmentants soient-ils. Un moment où nous nous tournons vers l’origine de la grace qui s’est posée sur la famille et les si nombreux amis d’Hugues lors de ces cérémonies. Un de ses proches m’a dit «Les célébrations, veillées de prières et la messe étaient superbes et apaisantes. Nos cœurs ont pu trouver le repos.»
Confier à Dieu. Adieu.






Saturday, April 24, 2010

Hugues Madesclaire (1968-2010)

« …Nos cœurs sont sans repos, Seigneur, jusqu’à ce qu’ils reposent en Toi ».

Ainsi Saint Augustin commence ses Confessions.
Hugues Madesclaire, un de mes amis rencontrés à la fac de théologie de Paris, connaissait ces mots – en cours de Patristique (étude des Peres de l’Eglise) une de ses matières préférées, sous la direction du Pr. Jacques-Noel Pérès, nous avions étudié ce livre essentiel du Christianisme ancien.

Hugues voulait devenir pasteur – il le disait d’emblée dès le début de notre première année et il était parfois agacé par les hésitations de beaucoup d’entre nous, venus étudier la théologie mais sans certitude sur ce que nous en ferions ensuite.
S’il était déterminé, Hugues aimait aussi faire la fête et s’entourer d’amis. Je me souviens de soirées dans le grand appartement parisien de sa grand-mère, qu’il habitait le temps de ses études. Nous y dégustions le pâté qu’il faisait lui-même et nous nous amusions tellement que personne ne voulait partir alors que le pauvre Hugues tombait de sommeil. Je me souviens aussi de cette soirée surprise qu’il avait organisée le soir de mon anniversaire où j’avais vu surgir tous mes amis, ainsi que mon frère et ma belle-sœur.

Après la licence, nous étions partis dans des directions opposées – géographiquement et théologiquement. Le séminaire presbytérien de Dubuque (Iowa) m’a accueillie. Il a reçu une bourse lui permettant d’étudier un an à l’Ecole de Jérusalem, au milieu de religieux catholiques. Il était alors luthérien, mais se sentait proche de l’église catholique romaine – son meilleur ami Didier était curé près de Lyon.
L’année de mon arrivée à Tacoma, il m’a écrit qu’il était devenu catholique. J’ai su ensuite qu’il était devenu curé à Marseille. Je me souviens avoir pensé que l’endroit lui convenait parfaitement : il aimait le soleil et la spontanéité chaleureuse des gens du midi.

Pourquoi, pourquoi s’est-il tranché la gorge dimanche dernier dans la chambre de son presbytère, laissant derrière lui un petit mot d’excuse ? Quelles vagues de tourments l’auraient conduit à ce geste si violent, si choquant pour la communauté qu’il servait et tous ceux qui l’aimait ?

L’Archevêque de Marseille a ordonné «par compassion» des obsèques religieuses lundi prochain. «Comment fermer ses portes à quelqu'un qui a souffert au point de mettre fin à ses jours ? C'est impensable de faire autrement» a commenté Denis Honnorat, vicaire général du Diocèse.

Le verset suivant a été cité à ce sujet sur le blog du Père Rochas. "Ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur; c'est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors, chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient." (1 Corinthiens 4:5)

Nos cœurs sont sans repos…

Saturday, April 3, 2010

Le mystère de la jonquille masquée

Cet après-midi, au moment de sortir faire quelques courses pour le breakfast collectif de Pâques à l’eglise de demain, j’ai trouvé une surprise sur le paillasson : un gros bouquet de jonquilles surmonté d’une carte. La carte – une photo de jonquille - me souhaite de bonnes Pâques – mais ne contient pas de signature…

Mmm… un cadeau anonyme…Quelqu’un de l’église ? Mais Irvin serait inclus dans les vœux. Et pourquoi ne pas signer ? Un admirateur anonyme ? ce serait romantique…

mais je pense de façon plus réaliste que les jonquilles viennent d’une amie qui a cessé de me donner signe de vie il y a plus d’un an, sans que je comprenne trop pourquoi. Elle aime les fleurs, elle aime prendre des photos de fleurs, elle aime faire des surprises… ça pourrait être elle.
En attendant, nous célébrons demain un autre cadeau dont nous connaissons l’origine.
Joyeuses Pâques à tous !

Du nouveau dans le jardin

Mes talents de maitre-jardinier me placent dans la catégorie «amateur maladroit heureusement que la nature fait le reste».

Cela ne saurait m’empêcher de continuer mes initiatives audacieuses.

Ainsi, je viens de planter un buisson de myrtilles dans le jardin. Les chiennes ont accueilli ce nouveau venu avec intérêt. C’est un des bons cotés des filles chiens : elles n’ont pas levé la patte pour baptiser l’intrus, comme l’aurait fait un mâle, mais se sont contentées de le renifler.

Ma connaissance des myrtilles se limite à une grande appréciation pour la vitamine A dont ces petites baies sont riches et aux barquettes que l’on trouve dans la section « fruits et légumes » des magasins. Je découvre donc avec ravissement les jolies fleurs roses et me demandent quand et comment les fruits apparaitront. Le mystère reste entier…

Friday, April 2, 2010

Explorer l'hébreu biblique

Etes-vous passionné par l’étude de la Bible, les découvertes de l’exégèse? Peut-être avez-vous envisagé un jour de vous inscrire dans une faculté de théologie pour aller plus loin ?

Si votre choix se porte sur l’Institut Protestant de théologie de Paris, vos deux premières semaines se passeront, non à scruter un verset ou analyser la pensée d’un théologien, mais à marmonner « ba, bo, bou… », en d’autres termes, à apprendre de nouveaux alphabets… Chaque année d’étude commence par deux semaines intensives d’hébreu biblique et de grec suivies par de nombreuses heures d’étude tout au long de l’année. L’apprentissage approfondi des deux langues est une des caractéristiques de la faculté. Pourquoi consacrer tant d’effort à apprendre la langue d’origine de nos Ecritures quand nous avons des traductions de grande qualité ?

La question se pose dans la plupart des églises. Certaines traditions ne requièrent pas la connaissance des langues bibliques de leurs prêtres ou pasteurs. L’église presbytérienne, à laquelle j’appartiens désormais, évolue dans cette direction. Cette année, les étudiants qui passaient leur examen d’exégèse en vue de leur ordination avaient le choix entre effectuer leur propre traduction et choisir la version déjà existante qui leur paraissait la mieux convenir.
Quel est l’intérêt d’apprendre ces langues bibliques? Etudier le grec du nouveau testament, la langue des évangiles, retient l’intérêt, mais qu’en est-il de l’hébreu biblique, qui se lit de droit a gauche, archaïque et obscur…

De grandes richesses attendent pourtant l’étudiant d’hébreu, qu’il souhaite devenir pasteur ou pas, et ce dans deux directions.

Tout d’abord, la structure et la grammaire de l’hébreu sont souvent sans equivalent dans notre langue. Pour que le verset soit compréhensible en français, le traducteur doit «combler les vides» et faire intervenir sa propre vision et interprétation du texte dans son entier. Parfois un mot est ambigu et le traducteur doit choisir entre deux interprétations totalement différentes.
Par exemple, un verset clef du livre de Job (13:15) est traduit dans la traduction Segond «Qu’il me tue ! Je n’attends rien ; mais devant lui je veux défendre mes voies» (c’est Job qui parle de Dieu). Une autre traduction (Bible du semeur) traduit : «Quand même il me tuerait, j'espérerais en lui. Mais, devant lui, je veux défendre ma conduite.» Ne rien attendre de Dieu, ou espérer de lui contre toute attente ?

L’origine de ces deux traductions opposées (que l’on retrouve aussi dans les différentes traductions en langue anglaise) vient de deux petits mots hébreux qui se prononcent tous deux «lo», orthographiés différemment. L’un est une négation du verbe, d’où «je n’espère rien». L’autre veut dire «en lui» - « j’espère en lui ».

Si on lit l’hébreu, on constate que la bible hébreu comporte bien la négation – Job en cet instant dit ne plus rien espérer de Dieu, même si son affirmation est contredite par sa volonté d’argumenter avec le Seigneur. Mais certains traducteurs ont estimé que cette négation était le résultat d’une erreur des scribes, et considéré que Job ne saurait perdre tout espoir. C’est un choix légitime.
L’intérêt de connaitre la langue est justement de pouvoir choisir soi-même.

D’autre part, le nouveau testament est « irrigué » d’hébreu.

Jésus et ses contemporains Juifs ne disposaient bien sûr pas des Evangiles. Leurs Ecritures, c’était ce que nous appelons le Premier testament (ou ancien testament) en hébreu. Quand Jésus résiste a la tentation du diable (Matthieu 4 ) dans le désert, ses calmes réponses sont toutes issues du livre du Deutéronome que Jésus connaissait par cœur.

L’hébreu biblique nous permet une nouvelle compréhension des protagonistes du nouveau testament et de leurs paroles.

Ainsi, les Béatitudes, versets particulièrement chers à nos cœurs, commencent toutes par le mot «Heureux…», en grec «makarios». Cet adjectif a aussi une racine hébreu : cette exclamation se retrouve dans l’ancien testament. Par exemple, le tout premier psaume commence par «Heureux l’homme qui…» L’adjectif hébreu utilisé dans le psaume est «asherei», qui provient du verbe «ashar», signifiant «aller de l’avant, avancer, marcher». Jésus invite les justes et les compatissants à la joie du partage du Royaume, une joie qui provient d’une mise en route, une action dynamique.

Se plonger dans l’hébreu biblique nécessite certes un investissement de temps et d’énergie. Toutefois, cet apprentissage est aussi très dépaysant. Nous découvrons des paysages inconnus et des forêts inexplorées ; pourtant les symboles et le sens que nous y trouvons sont étrangement familiers. Tous pointent dans la direction d’un approfondissement de la connaissance de notre Seigneur et de la foi qui nous fait vivre.