Monday, July 28, 2014

Alison et le test d’aptitude

J’ai rencontré Alison pendant un de mes stages d’aumônier à l’hôpital. Nous sommes restées en contact de façon épisodique, proches de par ce que nous avions vécu en commun, mais occupées par ailleurs par des vies très différentes.

Récemment, Alison m’a prévenue qu’un hôpital voisin cherchait un chapelain. Elle allait envoyer sa candidature – étais-je intéressée moi aussi ? J’ai apprécié son esprit de partage ; après tout, si j’envoyais mon CV moi aussi, nous serions en compétition. Mais j’ai décliné, puisque je me plais à UPPC, cette grande église à University Place, près de Tacoma.

Alison m’a contactée à nouveau après avoir envoyé sa candidature. Elle était préoccupée.
«Ils m’ont envoyé ce lien qui m’a conduit vers un test, m’a-t-elle dit. Il y avait au moins 50 questions, toutes des problèmes de logique, comme ceux que l’on devait résoudre à l’école. Tu sais, Jane habite dans la ville A, Bob vit a B, et John habite pres de chez Jane, quelle est la distance entre John et Bob… Je n’en revenais pas. Aucune de ces questions n’avaient de lien avec le soutien pastoral ou même les relations humaines !»

Alison était inquiète. Elle avait été prise de court par le test (qui lui a pris une bonne heure) et à peu près sure qu’elle n’avait pas bien réussi. Elle se demandait comment cela influencerait sa candidature.

J’ai tenté de la rassurer. Son dossier était bon, avec des appréciations très positives et sa référence était un chapelain renommé de notre région.

Elle m’a appelée à nouveau il y a quelques jours, tard dans la soirée, dans tous ses états.

«Je viens de recevoir un email des Relations Humaines, m’a-t-elle appris. Ma candidature a été rejetée. Et ils m’ont demandé de ne pas postuler pour d’autres postes de chapelains pendant une année.»

J’étais stupéfaite. Je lui ai même demandé de me lire l’email, je pensais qu’elle avait peut-être mal compris. Une candidature qui n’aboutit pas, c’est une chose, mais une interdiction d’un an ? Pourquoi ? De qui cela venait-il ? Un chapelain avait-il lu son dossier? Qui avait décidé que son CV et son expérience etaient si pitoyables qu’elle devait etre mise à l’écart pendant un an?

Alison me dit qu’elle s’était sentie humiliée en lisant ce message. Elle n’a rien dit à son mari, dans la même pièce, et lui aussi penché sur son ordinateur portable. Elle s’est éclipsée dans la salle de bains et s’est mise à pleurer. 

« Nulle » «C’est le mot qui me revenait à l’esprit, m’a-t-elle dit. Que j’étais nulle. Qu’ils s’étaient débarrassés de moi pendant un an parce que j’étais si nulle.» Elle est restée silencieuse quelques instants. «Et puis je t’ai appelée.»

Je me sentais impuissante et en colère. Je n’avais jamais entendu parler d’un tel feedback après une candidature.

«Je crois que j’ai besoin d’en avoir le cœur net, a dit Alison avec un soupir. Je sais bien que je ne suis pas nulle. Simplement je ne comprends pas une telle volonté d’humilier des candidats. Je me demande si ça vient de ce test …»

Oui, ça venait du test. Alison a appris que les Ressources Humaines de cet hôpital avaient mis au point ce «test d’aptitude» un mois auparavant. A peu près la moitié des postulants ne l’avait pas réussi – sans doute, là aussi, dû à leur incrédulité. Leur candidature avait alors été rejetée d’emblée, avec un email leur interdisant de se porter candidat à nouveau pendant un an.

«J’ai entendu dire que le département de Pastoral care était en discussion avec les Ressources Humaines pour changer ce système, puisqu’il ne mesure en rien ce dont les aumôniers ont besoin… m’a appris Alison. Mais ce sera trop tard pour moi.»

Heureusement, ça n’a pas été le cas. Une annonce pour un autre poste de chapelain,  dans le même hôpital, a été publiée. Alison s’est vu proposer la possibilité de faire appel de l’interdiction de postuler. L’appel a été reçu, elle a envoyé son CV et elle espère etre convoquée pour une interview. 
Elle m’a permis de partager son expérience, du moment que je changeais son nom. 

On rencontre toujours des situations insolites quand on est chapelain. Celle-là est difficile à égaler.                                                                                                                                                                                            

Saturday, July 26, 2014

D’un royaume à l’autre

 «Nous appartenons à deux royaumes, le royaume des bien portants et le royaume des malades» écrit Susan Sontag. 
Arthur Franck, qui la cite dans son livre «The Wounded Storyteller»(1) ajoute une zone d’ombre entre ces deux territoires, une zone où vivent les patients en rémission, un lieu où la santé et la maladie se côtoient intimement.

La rémission est mon territoire. Je ne peux pas affirmer que je suis ‘guérie’, même si aux dernières nouvelles, le cancer a disparu de mon organisme. C’est comme si les cellules malignes avaient la clef – elles peuvent revenir à tout moment.  
«A partir de maintenant, où que vous alliez, vous devez avoir un cancérologue, m’avait prévenu la spécialiste qui m’a suivie. Pour le reste de votre vie.»

Et je suis toujours sous traitement. Comme mon cancer était «hormone sensitive», je prends des médicaments qui baissent le taux d’œstrogène au maximum.  

Des mois après la fin de la chimio et des rayons, de nouveaux effets secondaires se sont montrés discrètement. Mes cheveux ont repoussé mais mes sourcils ont quasiment disparu. L’occasion, devant un miroir, de réfléchir à l’apparence des extra-terrestres dans les films de SF. Avez-vous remarqué qu’ils n’ont jamais de sourcils ?

Mes mains ont des manifestations de neuropathie, un fourmillement et une raideur dans les doigts, plus ou moins accentués selon les moments. Mon bras gauche enfle à cause des ganglions manquants. «Vous devez porter une manche compressante», m’a dit la kiné, une specialiste des phénomènes lymphatiques. «Tout le temps ?» ai-je demandé, un peu alarmée. «Non, seulement quand vous êtes éveillée.»

La rémission, ce n’est pas complètement la bonne santé. Malgré tout, ce territoire ambivalent y ressemble beaucoup. J’ai conscience que je suis là où je m’espérais l’an dernier : en bon état globalement et de retour dans un quotidien apaisé. 
Rien ne vaut d’avoir séjourné dans le royaume des malades pour connaitre la valeur de ne plus en être citoyen. 

[1] Arthur W. Frank, the Wounded Storyteller, Body Illness and Ethics, the University of Chicago Press: Chicago and London, 1995, 

Une fraise en danger

Les fruits ont tendance à pousser de façon minimaliste dans le jardin, mais quelques fraises semblent poindre à l’horizon,  aidées par le soleil persistant et de patients arrosages. 

Evidemment, les prédateurs rodent, et le plus redoutable est rapide et a de l’expérience. 
Elle n’hésite pas à croquer un fruit encore vert (voire sous forme de fleur). 
Je veille mais l’animal est sournois. 
Qui aura le dernier mot ? Suspense… 

Ils sont de retour


L’an dernier, à ce moment de l’année, j’avais terminé la chimio. Je me souviens de ce jour de juillet où j’ai vu dans le miroir ce que j’espérais : le début du commencement d’une ombre sur mon crane. 

Mes cheveux repoussaient. Et comme c’est souvent le cas, ils ont repoussé très bouclés, et je me suis sentie partagée. 

Bien sur, je suis contente que les cheveux soient de retour…  

Mais  j’ai toujours eu des cheveux lisses qui encadraient mon visage. 

Cette nouvelle chevelure est différente et semble pousser vers le ciel au lieu de descendre sur mes épaules. 

C’est une nouvelle expérience. J’espère que la gravité fera son œuvre avant que je ressemble à ça… 


Friday, July 25, 2014

Envie de pluie

Oui, j’avoue, quand je vois le tour de France sous la pluie, je me dis « ils en ont de la chance… » Nous avons eu une série de journées très chaudes, dans une région connue pour ses nuages et climat tempéré. La sensation de manque d’air est difficile a supporter, même si je suis bien consciente qu’il fait bien plus chaud ailleurs, en Arizona par exemple.


Mercredi dernier, j’ai souri en voyant les nuages s’accumuler et aux premiers signes de pluie, je suis sortie dans les jardins qui entourent l’eglise (j’étais à UPPC, University Place Presbyteran Church, où je travaille). Le bleu des hortensias était vibrant sous les gouttes d’eau. Chaque seconde de fraicheur était bienvenue… car la chaleur va revenir. 


Saturday, January 11, 2014

Aloo Gobi à la Beckham

Toujours a la pointe de l’actualité cinématographique, je viens seulement de voir en vidéo la comédie “Bend It Like Beckham” (sortie en 2002). Ce film m’a enchantée et mis de bonne humeur. 

Le DVD propose des bonus savoureux, en particulier la confection d’une recette Indienne par Gurinder Chadha, qui a dirigé le film. La recette, mentionnée dans le film, s’appelle Aloo Gobi. Il s’agit d’un curry de pommes de terre et chou-fleur. 

J’étais curieuse de l’essayer, d’autant plus qu’il contient curcuma, gingembre, tomates et chou-fleur, autant de puissants ingrédients anti-cancer. (J’y reviendrai).

Voici la recette :
Faire chauffer ¼ de cup d’huile d’olive (60 ml) dans une large poêle. Faire revenir un gros oignon (j’utilise des oignons doux, les échalotes sont aussi une option) coupé en dés, avec une petite cuillère (5 grammes) de cumin en grain (non moulu).

Faire dorer l’oignon. Couper finement les tiges d’un petit bouquet de coriandre fraiche et les ajouter dans la poêle, avec deux petites cuillerées de curcuma et une petite cuillerée de sel. Remuer.

Ajouter un piment ou une petite cuillerée de chili powder. Remuer.
Ajouter une boite (14 oz. soit 398ml, mais les approximations ne posent pas de problème avec ce plat) de tomates en dés, avec leur jus.

Ajouter de l’ail et du gingembre frais (plus ou moins selon les gouts, pour ma part deux gousses d’ail finement tranchées et un bon centimètre de racine de gingembre épluchée et coupée en petits morceaux)

Bien remuer. Ajouter la moitié d’un chou-fleur détaillé en petits bouquets et trois pommes de terre en dés. S’assurer que les légumes sont bien couverts par la sauce.

Couvrir et laisser mijoter pendant 20 minutes ou jusqu'à ce que les morceaux de pommes de terre soient tendres.
Parsemer de feuilles de coriandre fraiche.

Eteindre le feu sous la poêle, couvrir et laisser reposer le curry aussi longtemps que possible avant de servir….


Un plat absolument divin pour qui aime la cuisine Indienne ! 

Monday, January 6, 2014

J’ai des préjugés.


Il y a quelques années, Irvin et moi étions à Los Angeles pour une conférence. Nous avons visité le Musée de la Tolérance – un musée historique et un endroit de réflexion. 

Quand on commence la visite, on se retrouve devant deux larges portes et il faut choisir laquelle emprunter, selon que l’on a des préjugés ou pas.

Bien sur, la porte réservée aux personnes dénuées de tous préjugés n’ouvre sur rien. Chacun doit passer par l’autre, tant il est vrai que nous avons tous ces pensées spontanées et partiales d’une façon ou d’une autre.


Ce souvenir m’est revenu en tête le mois dernier, quand j’ai commencé à travailler pour University Place Presbyterian Church (UPPC), une église forte de 1400 membres située dans un quartier residentiel.

Comment se sent-on quand on appartient à une congrégation qui pourrait se suffire à elle-même et considerer qu’elle n’a besoin de personne ? Est-on tenté de rester parmi ses semblables en se détournant du monde extérieur ?

La réponse est non. Les membres de UPPC sont actifs dans de nombreux champs de mission, tant localement qu’internationalement. Durant le mois de décembre, cela m’a surpris. Surpris ? Je crois bien que j’avais des préjugés, mais cela n’a pas duré. Je suis passée de «surprise» à «impressionnée». Mes 6 mois dans ce poste devraient être intéressants.