Saturday, January 12, 2013

Ode aux mammographies


Est-ce le cas en France ? Aux USA, certains ont critiqué les mammographies récemment. En plus d’etre oppressantes, ce qu’aucune femme ne contestera, les ‘mammos’ seraient imprécises et génèreraient trop de résultats faussement positifs, créant des stress inutiles pour des patientes en pleine santé. 

Le fait est, je préfère affronter  plusieurs «faux positif» plutôt que de risquer de manquer un «vrai positif». En France, ma mère et, ma meilleure amie Béatrice, ont toutes deux reçu de tels diagnostics détectés suffisamment tôt pour leur permettre un traitement par radiation et non chimiothérapie. Elles sont aujourd’hui débarrassées du cancer - et en vie.

C’est ce que je me souhaite. J’ai appris cette semaine que moi aussi,  j’avais à faire avec un diagnostic positif. Le petit nodule de cellules précancéreuses détectées lors de ma mammo de contrôle en Novembre dernier cachait une tumeur longue d’un centimètre appelée «invasive ductal carcinoma». Le tout a été extrait le 31 décembre dernier et analysé. C’est ainsi que la tumeur a été trouvée. 

Ce matin, le chirurgien me disait pensivement «c’est un cancer étrange, inhabituel». J’en sais trop peu sur les cancers en général pour comprendre la différence entre un cancer étrange et un cancer «normal», si une telle chose existe. 

Mais j’ai conscience que j’entame un nouveau chapitre, une expérience inédite. J’étais (je suis toujours) un aumônier, écoutant les patients qui souhaitent me parler. Je vais me trouver de temps à autres à la place du patient. Je ferai de mon mieux pour faire en sorte que ce chapitre soit riche en enseignements, par exemple sur la façon dont je peux m’efforcer de dominer ma peur et faire face à l’inattendu.

Le chirurgien m’a dit, tandis qu’il m’envoyait à un cancérologue que je verrai ce soir pour la première fois «vous êtes aux commandes. Vous êtes  le conducteur de ce processus. Nous, médecins, travaillons pour vous. Ne laissez personne intervertir les rôles.» Ca m’a plu.

Et j’apprécie également d’avoir à affronter aujourd’hui une tumeur d’un centimètre et non, au milieu (par exemple) de l’année 2015, un monstre à têtes multiples. 
Grace à une mammographie. 

Tuesday, January 1, 2013

Traverser le torrent



Un rêve me conduisit à la prière. Je vis une passerelle – tel un sentier au-dessus d’un torrent, solide mais étroit, un endroit choisi et beau. Là, un ancien montait la garde, enjoignant les voyageurs à déposer leurs fardeaux avant de traverser. 

La vision est simple et claire. Laissons derrière nous le plus de choses possibles, de ce coté-ci du temps, avant de traverser vers demain. Parvenons à la fin de cette année sans regret, inquiétude, peur ou colère. Détachons-nous de ce qui doit être abandonné afin que nos pas aient la légèreté de l’espoir innocent, nos cœurs aussi libres que peut l’être l’émotion du premier amour. – Paroles du Reverend Steven Charleston, membre de la tribu Choctaw.

9 heures après la France, nous entrons à notre tour dans l’année 2013.
Bonne Annee à tous ! 


Saturday, December 29, 2012

La mort est douce


«La mort est la dernière étape sur la route de la liberté». Ce sont les paroles du pasteur et théologien Dietrich Bonhoeffer dont je viens de lire la biographie. C’est ce qu’il a dit à ses amis de prison lorsqu’il a été emmené pour son exécution, deux semaines avant l’arrivée des alliés. Il faisait partie du complot contre Hitler. 

Dans un sermon écrit plusieurs années plus tôt, il parle de la mort, offrant une perspective que l’on entend rarement.

«Quiconque croit en Dieu, quiconque entend parler du royaume du Ressuscité, ne peut ensuite qu’éprouver de la nostalgie, et attendre avec impatience d'être délivré de son existence corporelle. Que nous soyons jeunes ou vieux, cela ne fait pas de différence. Que sont 20, 30 ou 50 ans aux yeux de Dieu? Et qui d'entre nous peut savoir s'il est proche, ou non, de cette destination?

La vie commence seulement quand elle finit sur terre. Ici, c'est seulement le prologue avant que le rideau ne se lève. Que l'on soit jeune ou vieux. Qu'est-ce qui nous fait si peur quand nous pensons a la mort?

La mort est effrayante seulement pour ceux qui vivent dans sa crainte. La mort n'est ni féroce ni terrible. Si  nous pouvons etre immobiles et nous cramponner à la parole de Dieu, la mort n'est pas amère, a moins que nous ne soyons devenus amers nous-mêmes.

La mort est grâce, le plus beau cadeau que Dieu puisse donner à son peuple. La mort est douce. La mort est légère et réconfortante. Elle nous donne

un pouvoir céleste seulement si nous réalisons que c'est le chemin qui mène vers notre maison, le tabernacle de notre joie, l'eternel royaume de paix. 

Qu'est-ce qui nous fait croire que mourir est effrayant? Comment le savons-nous, sinon par l'angoisse humaine qui nous fait frémir en présence de l'évènement le plus céleste, le plus béni qui soit au monde? La mort est enfer, nuit et froidure si elle n'est pas transformée par notre foi. Mais c'est justement ca, qui est si merveilleux - que nous puissions transformer la mort.» 


Tuesday, December 25, 2012

Arbre de Noël 2012


Au fil des années, Irvin a accumulé une collection impressionnante de décorations de Noël. Une petite armée de sapins serait nécessaire pour la déployer. 
Cette année, il a décoré un petit sapin de ses dernières trouvailles : des ornements acquis au centre culturel d’Albuquerque, au Nouveau Mexique, donc influences par les tribus de la région, Hopi, Zuni, Navajos… 






et bien sur, nous en avons ajouté quelques autres, que nous avons depuis quelques années, qui célèbrent nos petites compagnes du quotidien. Joyeux Noël à tous !

 

Friday, December 14, 2012

Dear Sugar et le bateau fantôme

Parfois je pense à certains choix de ma vie, et ce que serait mon quotidien si, par exemple, je n’avais pas décidé, alors que j’étais étudiante à la faculté de theologie de Paris, de passer ma quatrième année aux Etats Unis, ou si, quelques années plus tôt,  j’étais restée au Barreau de Pontoise ou au Conseil de l’Ordre des médecins du Val d’Oise… 

Les lignes écrites par Dear Sugar me sont allées droit au cœur. Les conseils de Sugar (l’ecrivain Cheryl Strayed) qui paraissent dans le magazine digital Rumpus, et dont un recueil vient d’etre publié, ne ressemblent à aucun autre : des paroles lumineuses, le partage en langage souvent cru d’expériences personnelles, et en définitive des lignes pertinentes et pleines de sagesse…  

En réponse à un lecteur qui se demande s’il est prêt à devenir père, Sugar mentionne un poème écrit par le Suédois Tomas Tranströmer. «J’y pense chaque fois que je réfléchis à une question de ce genre, qui appelle un choix irrévocable… Chaque vie, écrit Tranströmer, a un bateau jumeau qui emprunte une toute autre route que celle que nous finissions par suivre. Il ne peut en être autrement. Les personnes que nous aurions pu être ont une vie différente, une vie fantôme, qui n’est pas la notre…» 

Sugar mentionne ses propres choix et conclut «Je ne connaitrais jamais, et vous non plus, la vie que finalement nous n’aurons pas choisie. Nous savons seulement que notre vie jumelle  est importante et belle  mais n’est pas notre vie. C’était le bateau jumeau sur lequel nous n’avons pas embarqué. Tout ce que nous pouvons faire, c’est le saluer du port… »


Wednesday, December 5, 2012

Appréhension et Esprit Saint


Comment va se passer cette journée? Qui vais-je rencontrer ? Un patient va-t-il mourir ? Lequel ? Vais-je être à la hauteur ? Quand je roule vers la «Hospice house», ces questions tournent dans mon esprit ; les premiers jours, elles étaient semblables à des abeilles contrariées, rapides et sans répit. Apres trois mois, les abeilles se sont amadouées, c’est l’hiver, elles vont d’un point à l’autre, transies et apaisées. 
Autrement dit, je suis plus calme. L’appréhension est toujours là, mais juste un motif dans le paysage et non plus un thème omniprésent. Je ne peux jamais prévoir les rencontres à venir, ou me préparer pour une question délicate ou une situation inattendue. La sérénité passe par l’acceptation de soi et par la confiance: je me répète que tout à l’heure, quand la question ou la situation se présentera, j’y ferai face. Et je ne serai pas seule.
Dans le gros classeur qui nous a été confié lors de l’orientation, j’ai trouvé une prière pour les moments qui précèdent une visite. Cette prière a été écrite par le chapelain Ray Kelleher. En voici la traduction : 

«Quelque chose d’important va se produire. Je pénètre dans un lieu sacré. Je vais rencontrer, incarné dans un etre humain vulnérable, le bien-aimé de Dieu. Je serai réceptif. Je ne sais pas d’avance les mots à dire, les pensées à méditer, ou quelles actions seront nécessaires, donc je fais confiance au Saint Esprit, qui me guidera de l’intérieur. Dans cet esprit de confiance, j’ouvre la porte, prêt à offrir ce qu’il y a de plus authentique et de meilleur en moi, dans le temps qui m’est imparti».

C’est la seule façon d’agir. Et je remarque, quand je me demande vers quelle chambre me diriger, ou à quelle personne parler, que bien souvent, je me trouve au bon endroit juste quand il le faut. J’aperçois une épouse en larmes au détour d’un couloir, et peut lui proposer la conversation dont elle a besoin dans la petite chapelle. Je m’assois avec un proche au chevet de sa femme et il réalise avec un cri que celle-ci vient de mourir. Plus tard, il me dira «heureusement que je n’étais pas seul…»

Je propose une couverture chaude à un patient dont je perçois la tristesse. Son cancer est hors de contrôle, et à tout moment, ce vieux monsieur émacié peut tomber et se casser. Il voudrait rentrer chez lui. Sa femme et les médecins peinent à lui expliquer que ce n’est pas possible. Il est assis dans un fauteuil dans la demi-obscurité – il refuse de s’aliter – et il n’arrive pas à se réchauffer. Il accueille la couverture, qui a été chauffée dans un four spécial, avec soulagement. Il n’aime pas parler de religions ou de ses émotions. J’arrange la couverture sur ses genoux et je pose mes mains sur les siennes, si froides. Nous passons ainsi de longues minutes, sans parler.
Il est le bien-aimé de Dieu. 

Sunday, November 25, 2012

Un pont vers l’infini



L’hospice house est un établissement confortable qui reçoit des patients dont l’espérance de vie ne dépasse pas 6 mois. (cliquer ici pour en savoir plus sur l’endroit)

En général, quand ces patients arrivent, ils sont proches de leur fin et ont besoin des soins intensifs dont l’objet est de leur rendre la vie aussi confortable que possible : atténuer la douleur, aider à respirer… La plupart des patients expirent dans les jours qui suivent leur admission.

Tant de choses que je ne peux pas espérer faire ici – et le comprendre m’a aidée à alléger mon appréhension initiale.

Ce que je ne peux pas faire : je ne peux pas guérir ces patients. Je ne peux pas dissiper le chagrin de leurs proches. Ce que peux faire : être là. Ecouter leur histoire, s’ils veulent la partager. Réfléchir avec eux au sens de ces journées. Prier avec eux s’ils le souhaitent. Et être là pour les deux moments les plus importants qui soient dans leur vie, deux moments mentionnés dans le «je vous salue Marie» appris quand j’étais catholique, dans ma jeunesse «...maintenant et à l’heure de notre mort…» C’est peu - et essentiel.

Parfois je pense à un aéroport quand je pense à l’hospice house. «Le passager à destination de l’au-delà est attendu pour un départ immédiat… »

Parfois je pense à un pont. Un pont vers une destination aux contours changeants, si souvent imaginés et totalement inconnus. Nous aidons les voyageurs à traverser le pont, nous soutenons leurs familles.

Un après-midi, j’aidais le fils d’un patient mort en notre présence quelques heures plus tôt à transporter ses affaires vers sa voiture. Il avait passe plusieurs nuits dans la chambre de son père. Tout en marchant à ses cotés, j’ai soudain réalisé que c’était à l’image de mon travail : accompagner les patients et leur famille, et les aider à transporter leurs bagages.

C’est peu – et essentiel.