Saturday, January 14, 2012

Mount Rainier s'éveille

Cette photo a été prise au petit matin mercredi dernier par Christie Galan. Christie travaille à l’église où j’ai fait mon stage l’an dernier à Puyallup et nous sommes «facebook friends». Quand elle ne prend pas des photos sublimes avec son téléphone portable, Christie est l’office manager (autrement dit la cheville ouvrière) de la congrégation, et je sais que je ne pourrai m’empêcher de comparer toute personne avec laquelle je serai amener à travailler avec son efficacité. Le Mont Rainier se montre toujours aussi photogénique - quand il se montre, entre deux nuages - et après avoir vécu dix ans dans sa proximité, je ne me lasse pas…
(N'hésitez pas à cliquer sur la photo pour la voir en taille réelle).

Thursday, January 12, 2012

Trois chapelains et un coyote


Une interview avec un aumônier est une étrange affaire…
Même si la parenté avec un entretien d’embauche est évidente – il s’agit après tout d’être engagé pour un stage rémunéré d’un an, la très convoitée residency qui commence en septembre – la conversation ressemble aussi au dialogue qu’on pourrait avoir avec un thérapeute. Le chapelain essaie de déterminer le regard que vous portez sur vous-même. Vous connaissez-vous bien, êtes-vous aussi capable et désireux d’en savoir plus ? Quand on entre dans une chambre d’hôpital pour parler à un patient, il est essentiel d’être conscient de ses propres bagages et de ses motivations profondes.

Lundi après-midi, j’ai ainsi conversé longuement avec les trois aumôniers de l’hôpital Saint Joseph à Tacoma. Trois interviews successives plus tard, tandis que, légèrement désorientée, je marchais vers ma voiture sur la colline de Tacoma, l’euphorie n’était pas loin. L’atmosphère avait été détendue et chaleureuse, je m’étais sentie appréciée…

Je sentais un optimisme prudent se profiler dans mon mental déshydraté d’avoir tant parlé. Jusqu'à ce que j’apprenne que seulement trois ou quatre personnes seraient sélectionnées, et que les étudiants déjà en stage à St Joseph seraient choisis en priorité.


En d’autres termes, ce n’est pas acquis d’avance. Ceci dit, je me garde de tout défaitisme anticipé. Mardi matin à l’aube, un coyote a traversé la route devant ma voiture. Un bel animal que je n’ai pas eu le temps de photographier, mais qui ressemblait à la photo ci-dessous. Il s’est retourné plusieurs fois vers moi avant de disparaitre dans les sous-bois, perplexe semblait-il. («ciel, un humain !») Irvin a souri quand je lui ai raconté la chose. Les Natifs ont un grand respect pour les coyotes. «C’est bon signe» m’a-t-il dit. Réponse en février.

Friday, January 6, 2012

N400

C’est le moment. N400 et moi nous sommes côtoyés depuis plusieurs années déjà. Année après année, je fais des promesses… C’est le moment de relever le défi.
 N400 est le nom du formulaire à remplir pour demander la nationalité américaine. Depuis 1999, année de mon arrivée aux USA, je suis une alien, terme officiel dont la résonnance galactique ne peut que me séduire.
 D’abord j’étais une alien étudiante, puis après mon mariage une alien dotée d’une green card, ce petit rectangle de plastique blanc fascinant : on y discerne des hologrammes insérés dans sa surface quand on le met sous une lampe. J’ai dû attendre plus de deux ans pour l’obtenir – la carte a été perdue par la poste, j’ai du recommencer le processus… Elle est valide jusqu’en 2016 mais il est temps de sauter le pas. 2012 sera mon année américaine.


Les raisons ne manquent pas : j’ai l’intention de continuer à vivre dans ce pays or je peux perdre ma carte verte si je séjourne en France trop longtemps ; les lois gouvernant les étrangers peuvent devenir plus restrictives. Ceci dit, ce qui me motive le plus, ce sont les élections présidentielles qui arrivent. Je veux pouvoir voter. Certains candidats m’effraient.


Donc j’ai téléchargé N400 et commencé à remplir les cases blanches. Certaines questions sont complexes. Combien de jours ai-je passé à l’étranger depuis que j’ai eu ma carte verte ? Je dois mentionner les dates de départ et de retour de chacun de ces voyages et cela depuis…2003 !


De quelles associations, sociétés et clubs fais-je partie ? Bon, ce n’est pas dur, pour le moment, la Presbyterian Church et Toastmaster International. Pas trop subversif, d’autant qu’a la ligne du dessous, je nie appartenir au parti communiste, à un parti totalitaire ou à une organisation terroriste.


Je nie aussi être une prostituée, une ivrogne, et aussi avoir jamais travaillé ou m’être jamais associée avec «le parti Nazi, ou toute unité militaire ou paramilitaire, camp de concentration ou d’extermination, camp de travail ou de transit». Je n’ai jamais eu plus d’un mari à la fois. Je n’ai jamais commis de crimes – même de crimes pour lesquels je n’aurais pas été poursuivie. Je peux, en toute conscience, répondre «non» à chacune de ces questions (je n’en invente aucune). Je devrais donc avoir la moralité requise.


Je vais aussi devoir montrer, examen a l’appui, que j’ai une connaissance suffisante de la constitution des Etats Unis. Et si tout va bien, dans quelques mois, je prêterai serment d’allégeance à la bannière étoilée sans sourciller… et sans pour autant me départir de ma nationalité française. De par une convention entre nos deux pays, la double-nationalité est possible.
 2012 commence bien.

Sunday, January 1, 2012

2012 – Resolution Day!

 
Ma première résolution en cette toute nouvelle année 2012 est de… renouer avec mon blog. Mon dernier message datait, me semblait-il, d’une semaine ou deux. Quoi, trois mois ont passé ??? Où donc a disparu l’automne 2011 ?

En tout cas 2012 est là, et devant moi l’immense perplexité d’un avenir qui peut emprunter tant de formes différentes. Le 2 novembre, le comité de préparation au Ministère m’a certifiée «prête à être ordonnée». Ce qui signifie que j’ai accompli les différentes étapes nécessaires pour devenir pasteur, du diplôme de théologie (dans mon cas, une maîtrise de l’Institut protestant de théologie de Paris et un Master of Art in Religion du Presbyterian seminary de Dubuque, assortiment éclectique) aux stages dans une église, l’an dernier à la First Presbyterian church de Puyallup, puis en tant qu’aumônier (chaplain) dans un hôpital, cet été. Sans oublier la psychological evaluation, où on m’a appris sans ménagement que j’étais une extravertie, moi qui suis une introvertie typique. Et bien sur les «ordination exams».


Bref, je suis estampillée prête. Mais l’ordination elle-même ne peut intervenir que lorsque j’aurai un «call», une offre d’emploi donc, provenant soit d’une église, soit d’un hôpital, si je choisis de devenir aumônier. Je me sens partagée entre ces deux chemins possibles, attirée par ces deux vocations. Ce qui est finalement une bonne chose : les options dans la région de Tacoma ne sont pas infinies, il est judicieux de se préparer pour l’un et pour l’autre.


Ce qui signifie, coté pasteur, que je vais accomplir un «training» d’une semaine, qui me préparera à être «interim pastor». Quand un pasteur quitte une eglise presbytérienne, que ce soit à l’issue d’un conflit ou non, cette église ne peut engager un nouveau pasteur immédiatement. Un pasteur intérimaire vient pour un an ou deux, assurant la transition et aidant, si nécessaire, à résoudre les conflits. Les congrégations des environs sont toutes pourvues d’un pasteur pour le moment. Mais un jour ou l’autre, elles auront besoin d’un interim pastor.


Et coté «aumônier», j’ai présenté ma candidature pour une residency, un stage d’un an rémunéré, qui me permettrait de compléter ma formation pour devenir chaplain à part entière. Cette residency ne commencerait pas avant septembre. J’ai une interview dans une semaine. Les places sont chères…


Bref, plutôt que l’embarras du choix, j’ai la crainte de voir les portes se fermer devant moi des deux cotés, tandis que la situation précaire de notre église, qui grandit mais reste vulnérable, se combine avec les déchirements de l’eglise presbytérienne, au bord du schisme (j’aurai l’occasion d’en parler). L’occasion de garder à l’esprit, plus que jamais, que nous sommes dans les mains du Seigneur et que c’est Lui finalement qui ouvre les portes et conduit vers les directions nouvelles…

A suivre... En attendant, bonne année à tous!


Saturday, October 1, 2011

Des hommes et des dieux.

Quelle est l’origine du mot prière ? Le dernier livre de Michael Lonsdale porte ce titre [1] . Cet ouvrage nous apprend sa racine latine, precaria, féminin de precarius – obtenu par prière. «Le précaire, c’est l’incertain, le fragile, le pauvre.»

Je viens de voir ce film qui a eu tant de succès en France. On connait la fin tragique de ces moines restés au sein de leur monastère de l’Atlas en Algérie malgré la menace grandissante du terrorisme autour d’eux. Le film nous présente les hommes, leurs hésitations, leur foi, leurs tourments, leurs prières au cœur de la situation intenable dans laquelle ils se trouvent. Et finalement la paix qui les entoure lors de leur décision de rester, peu de temps avant leur enlèvement et meurtre dans des circonstances qui n’ont jamais été éclaircies.

Parfois Dieu calme la tempête. Parfois Dieu nous calme au milieu de la tempête, ai-je entendu dire ici. La sérénité de ces hommes, malgré leur conscience du péril grandissant, dépasse la compréhension humaine et nous est transmise par ces images limpides.


«Pourquoi être martyrs ? demande, au cœur de son tourment, un des frères au Prieur Christian. Pour Dieu ? Pour etre des héros ? Pour prouver qu’on est les meilleurs ?


«Non, répond Christian. Martyrs, on l’est par amour. Par fidélité. Si la mort nous prend, c’est malgré nous… Notre mission ici, c’est d’etre frères de tous. Rappelle-toi, l’amour espère tout. L’amour endure tout.»
 Les martyrs, ce sont avant tout des témoins – c’est le même mot, martus, en grec. C’est ainsi que le parcours des moines de Tibhirine nous inspire et devient nôtre.

[1] Michael Lonsdale, “Priere”, entretiens avec Jacques Bonnadier, Editions Onesime, p.20

Des lamas dans le jardin


Notre région est encore un peu rurale et c’est un plaisir imprévu de croiser, au détour d’un chemin, des animaux qu’on ne s’attendait pas à voir. Par exemple, des lamas dans un grand jardin non loin de l’église – j’étais en route pour notre women bible study, et je me suis arrêtée pour les prendre en photo. Le lama le plus proche n’a pas daigné tourner la tête vers moi mais ses oreilles semblaient suivre chacun des bruits que je pouvais émettre.

Un autre jour, nous avons croisé un paon et un bélier.
Bien sûr de temps à autre, on aperçoit des biches ou un coyote, mais ils sont trop rapides pour mon appareil photo.

Cet été, un matin très tôt, j’ai vu sur le trottoir en face de notre maison un gros raton laveur qui s’éloignait. Il se retournait sans cesse vers une maison devant laquelle plusieurs corbeaux etaient réunis pour manger quelque chose. Je me suis demandé s’il s’était fait expulser ? La faune du voisinage serait-elle un monde impitoyable ?

Sunday, September 25, 2011

Aveugle et clairvoyant


Ce matin, j’étais de prédication : Irvin a enseigné un cours intensif d’introduction du Nouveau Testament a Phoenix ces deux derniers jours et est rentré tard hier.

J’avais choisi un texte tiré de l’évangile de Marc, où Jésus guérit le mendiant aveugle Bartimée (chapitre 10, v. 46-52). Un texte qui nous montre un homme privé de vue, mais qui comprend mieux qui quiconque la situation qui l’entoure. Il est le contre-point de la rencontre qui ouvre le chapitre 10, celle où le jeune homme riche refuse de suivre Jésus car il ne peut pas se départir de sa fortune.

 Bartimée appelle Jésus «fils de David», un titre messianique que personne d’autre n’utilise dans l’évangile de Marc. Il n’hésite pas à jeter son manteau pour rejoindre Jésus au plus vite, au milieu d’une foule et donc sans grand espoir de le retrouver. Son manteau – probablement la seule protection de ce mendiant contre le froid des nuits du Moyen Orient. Et quand Jésus lui dit finalement «va», lui décide de suivre celui qui vient de le sauver.

Oui, Bartimée a beaucoup à nous apprendre sur la clairvoyance perçue au cœur de l’obscurité. J’en ai pris de la graine : j’ai cru un instant que je ne pourrais pas lire à haute voix le texte de l’évangile, les caractères apparaissaient plus petits que jamais. Etre incapable de voir quand on s’apprête à interpréter un texte où le personnage principal est un aveugle, l’ironie de la situation ne m’a pas échappé. Il est temps de ne plus se voiler la face. J’ai besoin de lunettes…