Tuesday, April 19, 2011

Le mécène involontaire (que j’ai envie d’étrangler)



Grace à lui, je visite les arcanes de la langue d’origine du Premier Testament.

Grace à lui, quatre heures par semaine, je me plonge dans les réseaux de la grammaire délectable et si exotique de l’hébreu biblique, un voyage dans l’espace et le temps.

Grace à lui, je suis payée pour ces heures d’étude, partagée avec deux de ses étudiants avides d’apprendre que je soutiens dans leur effort.
Je ne l’ai jamais rencontré, mon bienfaiteur, mais je lui dois beaucoup. Pourtant, je dois l’avouer, la reconnaissance est ombragée de ressentiment.

Il est professeur assistant à la Seattle University of Theology. C’est sa première année d’enseignement. Ses étudiants vont devenir pasteurs ou prêtres, ils apprennent l’hébreu pour être en mesure de traduire eux-mêmes les versets sur lesquels ils prêcheront pendant leur ministère. Et il leur mène une vie infernale.

L’hébreu est une joie ! Un dépaysement délicieux vous assaille quand vous découvrez, émerveillé(e) les subtilités des noms en forme construite ou la joyeuse diversité des paradigmes des verbes trilitères - cette découverte vous mène à une vision neuve des versets de la Bible.

Hélas, cette classe doit apprendre par cœur vocabulaire et conjugaisons (test tous les lundis, devoir à rendre tous les mois) mais n’a pas encore approché le moindre verset biblique. Ils doivent traduire, le plus souvent de l’anglais à l’hébreu, des phrases fabriquées par l’aride G.Lambdin, auteur du livre de grammaire qu’ils apprennent, leçon après leçon, chapitre après chapitre. Et cela dure ainsi depuis le mois de janvier…


Les étudiants que je soutiens passent au moins 15 heures chaque semaine chez eux à essayer faire leurs devoirs avec courage et dévouement, tentant de ne pas être submergés par l’exaspération et le dégout de la matière. "Il veut bien faire" soupire l'un d'eux, "il veut construire une fondation solide..."

Mais finalement, en juin, que restera-t-il de leurs efforts ? Auront-ils envie d’entendre les chants dans la nuit que Dieu envoie à ses enfants découragés (Job 35 :10) ou les paroles de soutien destinées à celui qui est abattu (Esaie 50:4) dans leur langue originelle ? J’en doute…

Saturday, April 9, 2011

Tacoma, terre de contraste

Déjà avril… On dirait que le printemps s’installe par chez nous, non sans hésitation ou repentir. Par exemple, nous avons des moments de grand soleil et des averses simultanément, l’occasion de voir apparaitre des arcs-en-ciel spectaculaires.

Ou alors des chutes de neige matinales, comme jeudi matin. Tout a fondu rapidement, à la grande déconvenue d’une équipe de reporters de Q13, une chaine de news locales, qui ont tourné dans notre quartier dans leur camionnette en interrogeant les passants «Où est la neige ? Nous devons ramener des images !» Les chiennes prennent ces variations climatiques avec philosophie.

Le jardin aussi donne des indices de printemps. Bon, les rosiers sont encore timides (ou morts). Mais le buisson de myrtilles semble y mettre du sien. C’est encourageant.

Ce matin, en sortant de la maison, j’ai noté que le vent avait une odeur fraiche et salée. Nous sommes à deux heures de l’océan Pacifique, mais les vagues ne sont pas si loin grâce au Puget Sound, ce bras de mer qui entre profondément à l'intérieur des terres jusqu’à Tacoma. La semaine dernière, du bureau de Mary, notre conseillère financière qui est aussi une collègue pasteure, nous avons pu admirer une vue impressionnante du port de Tacoma. J'ai attrapé mon téléphone portable - mon appareil photo de secours. Comme le dit le slogan, aperçu sur des voitures du cru «Admit it, Tacoma, you are beautiful !»

Friday, March 11, 2011

Quant la Terre tremble…


Ce qui est arrivé hier au Japon est le scenario catastrophe que tous craignent par chez nous : un tremblement de terre dévastateur suivi d’un tsunami. Chacun prend d’autant plus à cœur ce qui vient d’arriver de l’autre côté de l’océan Pacifique que cela peut se produire d’un jour à l’autre ici. La côte ouest des Etats Unis forme un des bords de la «ceinture de feu» qui comprend aussi le Japon – une large circonférence de volcans correspondant à des plaques tectoniques qui glissent les unes sous les autres.

Les villes sur la côte, à deux heures de Tacoma, ont fermé les écoles. Chacun là bas s’est préparé à évacuer à l’approche des vagues du tsunami. Cela ne s’est pas avéré nécessaire. La marée a été plus haute que d’habitude et a malmené les bateaux dans les marinas, c’est tout. Un exercice grandeur nature en somme, ont commenté les officiels.


Tandis que l’aide internationale s’organise pour soutenir le Japon, des «vagues de prières» se transmettent d’un mur à l’autre sur Facebook.


•´¯`•.´¯`•.¸¸.•´¯`•.¸PRAYER WAVE¸.•´¯`•.´¯`•.¸¸.•´¯`•.¸ Going out to all those affected in the Pacific and everywhere else affected by the earthquake and tsunami.

Le dernier tsunami destructeur de notre région a eu lieu il y a 311 ans. La dévastation survenue au Japon – un pays pourtant préparé aux tremblements de terre – rappelle à chacun ici que nous ne faisons que marcher sur la surface de la Terre. Ses secrets et sa vie intérieure nous échappent.

Sunday, March 6, 2011

Clichés du dimanche matin


Couper en dés courgettes, oignon, pomme et céleri n’est pas forcement en tête de liste de mes activités préférées du petit matin. Mais le dimanche est un jour à part. C’est le jour où, à 6h du matin, je jette des ingrédients pêle-mêle dans le slow cooker, sous une pluie légère d’épices variées. Ça vaut le coup – une délicieuse odeur de plat mijoté nous accueillera au retour de l’église en début d’après-midi.
Apres avoir embrassé un mari ensommeillé et deux chiennes qui connaissent la routine de la journée, je mets dans le coffre d’une voiture (celle qu’Irvin prendra) un thermos d’eau chaude, un gâteau et du jus d’orange et je file avec l’autre véhicule à First Pres de Puyallup, l’église où j’ai fait mon stage cet été, pour leur culte contemporain de 9h du matin. Je chante avec leur «praise team» et on répète à 7h30.
Je ne suis pas toujours exactement à l’heure… mais j’arrive néanmoins raisonnablement éveillée (merci Gurosan) et nourrie. Ma création personnelle de petit déjeuner (muffin tartiné de beurre de cacahouète et fourré de jambon et de germes d’alfalfa) peut se grignoter en voiture – une recette qui, j’en suis bien consciente, ne peut que faire l’unanimité dans la désapprobation tant du coté américain que français. Les américains mangent le beurre de cacahouète avec de la confiture. Les français ne le mangent pas et ne se précipitent pas non plus dès l’aube sur l’alfafa et le jambon.
Le culte contemporain de First Pres est largement composé de chants de louanges que l’assistance reprend en cœur avec la praise team. Y figurent aussi une prière de confession et le sermon de Pastor Sue suivi d’une prière pastorale.

La praise team est composée d’une autre chanteuse (les volontaires alternent selon les semaines) une pianiste, un guitariste et un bassiste -une ambiance stimulante et la découverte d’un répertoire pour moi inédit. J’ai aussi le plaisir de bavarder avec les personnes connues et appréciées pendant mon stage cet été.

A la conclusion du culte, je roule vers la Church of the Indian Fellowship où Irvin vient de commencer à 10h l’étude biblique qui précède le culte. En prenant River Road, la route qui, comme son nom l’indique, suit le cours de la rivière Puyallup, j’y suis en 10 minutes.

Notre culte est beaucoup plus traditionnel et les hymnes datent pour la plupart du 19eme siècle – ils sont toutefois chantés avec enthousiasme par une audience dont une bonne part est née au 21eme siècle. Le groupe d’enfants qui compose notre école du dimanche s’agrandit régulièrement et j’assiste désormais une des monitrices qui enseigne le groupe des «grands».

Les enfants assistent au début du culte avant de s’éclipser pour leurs classes. Ils reçoivent d’abord un petit déjeuner chaud (petites saucisses et pancakes) avant de se diriger vers leur salle respective.

Avec les 8 enfants de notre groupe, nous parlons du texte de l’évangile de Jean – Marie verse un parfum de grand prix sur les pieds de Jésus. Un cadeau insensé. Donner un cadeau, recevoir un cadeau – quel sens y trouver ?
Toutes les générations se retrouvent ensuite pour la «coffee hour» : l’occasion de bavarder en buvant jus d’orange, thé ou café avec une tranche de gâteau ou un biscuit.

Quand Irvin et moi rentrons finalement à la maison, nous sommes accueillis par des chiennes joyeuses qui se réveillent de leur longue sieste matinale, et par les effluves appétissants émanant du slow cooker – curry de dinde aujourd’hui.
 Ces dimanches matins ont un aspect apaisant en dépit du chevauchement d’activités. Pendant ces quelques heures, on ne peut qu’être concentré sur le moment vécu.

Il sera temps, quelques heures plus tard, de revenir aux émotions désordonnées et aux projets complexes dont l’aboutissement est trop souvent reporté à un improbable futur proche – bref à la grande fresque décousue de ma vie.

Sunday, February 20, 2011

L’œil de Dieu a huit cotés.


En présence de pelotes de laine, en France, je pensais seulement : tricoter, aiguilles, mailles, multiples tentatives. Maintenant je pense aussi : God’s Eyes. Ces constructions géométriques et colorées, que l’on trouve aussi au Mexique et en Amérique du Sud, représentent en son centre l’œil de Dieu et le monde tout autour – à moins que ce ne soit le cosmos.

Les God’s Eyes sont notre deuxième étape au cours des séances d’artisanat à l’eglise. Ils se bâtissent sur deux bâtons en croix – quatre branches, quatre cotés, en alternant les couleurs. On peut trouver des instructions sur internet (http://www.allfreecrafts.com/nature/ojo-de-dios.shtml ). Pour se lancer dans des God’s Eyes plus complexes et contempler des créations étonnantes, le site de Jay Mohler est à voir. (http://www.ojos-de-dios.com/)
Samedi, je me suis lancée dans mon premier God’s Eye à huit cotés. On commence avec deux God’s Eyes simples, que l’on réunit ensuite. Le résultat est censé être circulaire et non  octogonal, comme ici. Mais ce premier essai ouvre des horizons…

Saturday, February 19, 2011

Les rêves n’ont qu’à bien se tenir !


Depuis le début de l’année, les membres de notre petite congrégation consacrent une bonne part de leurs weekends à une noble tache : créer des objets d’artisanat que nous pourrons vendre au profit de l’église. L’artisanat Natif Américain est beau et coloré ; quand on l’explore, on entre - comme dirait Baudelaire - dans une forêt de symboles exotiques et pourtant familiers.

Nous avons commencé par nous atteler aux «dream catchers». J’ai déjà eu l’occasion de parler de ces filtreurs de rêves qui interceptent les cauchemars [1].

Il s’agit de créer un entrecroisement au centre d’un cerceau qui peut être en bois, en métal recouvert de fines lanières de cuir ou constitué de branches d’arbres souples, comme le suggèrent les instructions que l’on trouve au lien suivant : http://www.nativetech.org/dreamcat/dreminst.html



Pour créer la toile qui filtrera les rêves, une cordelette fine et solide fait l’affaire. Nous utilisons une imitation de ‘sinew ‘ (tendons de bœuf) que nous avons trouvée chez un tanneur. Ce lien translucide et robuste est idéal pour notre usage.
Au fil de l’ouvrage, il est traditionnel d’ajouter une perle qui représente l’araignée. Des perles et plumes décorent l’objet. Le dream catcher à droite vient d’être terminé par Tony, un de nos Elders – aussi notre enseignant.  

Le dream catcher est limpide à réaliser tout en requérant une grande précision ainsi qu’une main ferme pour que la cordelette soit toujours bien tendue pendant la confection de l’objet - sous peine de voir la toile devenir un panier de basket miniature. Un sommeil heureux est à ce prix !

[1] Voir “Les gardiens du rêve” 12 juillet 2010

Thursday, February 10, 2011

Un ciel sans limite


Mercredi dernier, comme tous les deuxièmes mercredis du mois, j’ai passé la journée avec le Comite de préparation au ministère. J’appartiens à ce comité, qui me suit aussi dans mon parcours vers l’ordination.

Ce comité m’a permis de mieux connaitre et apprécier le groupe de pasteurs et d’elders (conseillers presbytéraux) qui donnent leur temps pour aider le discernement et le cheminement de ceux qui se sentent appelés à devenir pasteurs.

L’un d’entre eux, Eric Jacobsen, pasteur d’une grosse église à Tacoma, vient de perdre son père début janvier. Au printemps dernier, celui-ci a reçu un diagnostic de cancer du pancréas. Devant la gravité de son état et le peu de temps qui lui restait, il a refusé tout traitement. Il s’est ainsi senti en forme pendant les six derniers mois de sa vie jusqu'à quelques jours avant sa mort. «Toute notre famille a vécu avec lui tant de moments importants ces derniers mois… a commenté Eric. Nous avons vécu l’equivalent de plusieurs années.»

Dans ce même comité, Max dont j’ai déjà parlé en novembre [1] - il vient avec sa belle chienne Anna Murray – affronte à son tour un diagnostic difficile. Un mélanome découvert l’été dernier, déjà à un stade avancé, et cette semaine la révélation d’une tumeur au poumon. «C’est déroutant de se savoir si malade quand on se sent par ailleurs si bien, nous a-t-il dit. Déjà envisager la fin de la route…» Max a fêté ses 60 ans en octobre dernier.

Les médecins américains, on le sait, ne cachent pas la vérité à leurs patients, même si elle est fatale. Affronter la perspective d’un avenir limité – c’est presque insurmontable. Mais vivre chaque jour en connaissance de cause est peut-être à ce prix. Chaque jour a un ciel sans limite.

[1] Voir 12 novembre 2009 “le sourire de la chienne leopard"